Par exemple le récit des Actes, xm
XL J^-'Cf Martyrs
renonça à l'héroïsme et abandonna aux chrétiens intransigeants le monopole du marljTC • ! On se mit tout entier dès lors à la rédaction des Talmuds, principalement après que la répression d'Hadrien (134) eut détruit à tout jamais les espoirs révolutionnaires. Il se forma ainsi autour de la Thora un second code, la Mischna^^ qui, sous prétexte d'éclairer la Loi, l'avait aveuglée, étouJBfée, car désonnais « il ne s'agissait plus réellement de bien comprendre la volonté du législateur; il s'agissait de trouver à tout prix dans la Bible des arguments pour les décisions traditionnelles, des versets auxquels on pût rattacher les préceptes reçus ». « De cette préoccupation sortit, dit Renan, un lourd monument de pédanterie, de misérable casuistique et de formalisme religieux, quelque chose de barbare et d'inintelligible; un mépris désolant de la langue et de la forme, un manque absolu de diction, de talent, font du Talmud un des livres les plus repoussants qui existent ^ ». Ainsi, tandis que le christianisme éclairaitet, pour ainsi dire, cristallisait sa doctrine dans la forme lumineuse des génies grec et romain, le judaïsme aboutissait au fond d'un trou, dans le symbolisme de la Kabbale et les calculs du Notarikon, et ceci ne devait pas faciliter la controverse.
Elle était en effet fort ardue et les chrétiens préféraient argumenter contre un païen que contre un Juif. C'est toujours la Loi qui fait la pierre d achoppement. « Si quelques Juifs, dit saint Justin, prétendant croire en Jésus- Christ, veulent obliger les fidèles gentils à observer la Loi,
1, Mischna, Megilla, rv, 9. — Derenbodhg, loc. cit., p. 354-355.
2, Justin, Dial, 39. Cf. Origèke. Cont. Cels., V, 25-41.
3, Rbnan. Origines du CArujdani'srne, t. VI, p. 145 etsuiv.
Préface xli
je les rejette absolument... Ceux qui, après avoir connu et confessé que Jésus est le Christ, abandonnent sa foi à la persuasion de ces obstinés, pour passer à la loi de Moïse, quelle que soit la raison qui les y porte, il n'y a point de salut pour eux, si avant de mourir ils ne recon naissent leur faute * ». Origéne enseigne la même doctrine ". A mesure que s'accuse la déchéance intellectuelle d'Israël, les chrétiens signalent sa déchéance morale et surnaturelle ^ et le conflit tend à revctirune forme persécutrice. Les femmes qui manifestent des velléités de conversion sont fouettées à l'intérieur des synagogues, ou lapidées *, et l'apologiste Justin dit aux Romains en parlant des Juifs : « Ils nous traitent en ennemis, comme s'ils étaient en guerre avec nous, nous- tuant, nous torturant, quand ils le peuvent, tout comme vous faites vousmêmes ^ ». Tout ceci est conforme à la doctrine des Talmuds, dans lesquels on lit : « Que le juif ne fasse ni bien ni mal à 1 infidèle Mais quant au chrétien, qu il n'y ait moyen ni industrie qu'il n'emploie pour lui enlever la vie ® ». Si c< un juif voit un chrétien près d'un précipice, il est tenu de l'y pousser ' ».
La rivalité reparaissait sur tous les terrains. Les chrétiens célébraient la vaillance de leurs martyrs, les Juifs