Ord 4; Tract, viii, dist
7. Ord 3 ; Tract, viii. Sur les maximes qui s'enseignaient de vive voix, voyez Langen Hermanx, La loi Judaïque du secret tLeipziz,1893).
XLir Les Martyrs
opposaient les leurs. Ils racontaient à ce propos ce trait édifiant. Un héros de la guerre de l'indépendance du temps d'Hadrien, le juif Akiba, fut saisi par les Romains et livré au supplice : « Il subissait son châtiment devant Tyrannus Rufus, le méchant, lorsque arriva le temps de lire le Schéma (c'est-à-dire la récitation d'un passage du Deutéronome, ch. vi, versets 4-9). Il commença à le réciter en souriant. Rufus lui dit : « Es-tu sorcier, « ou bien méprises-tu la douleur? Akiba dit : Puisse cet f< homme rendre le dernier soupir ! Je ne suis pas sor- « cier et je ne méprise pas la douleur ; mais, pendant «■ toute ma vie, j'ai récité ce vers : « Tu aimeras l'Eter- « nel ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de « tous tes moyens », et je me suis demandé quand je « pourrais remplir ce triple commandement : j'ai aimé « Dieu de tout mon cœur, je l'ai aimé avec toute ma for- « tune, mais je n'ai pas pu prouver mon amour avec <» toute mon âme. Maintenant le moment de l'aimer de « toute mon âme est arrivé, en même temps que le temps « de la récitation du Schéma, sans que ma pensée ait été « distraite ; je l'ai donc récité en souriant. » Akiba avait peine fini que son âme s'était envolée *. »
Le Talmud a recueilli d'autres récits de « martyres » destinés peut-être à contrebalancer la gloire des chrétiens. Je citerai quelques-uns de ces traits, afin de montrer combien facilement on pouvait, d'après la confession des témoins, arguer de l'égal mérite des religions. Mais il faut faire observer toutefois combien les prin-
1. Schwab, Traité des Berakotb,'p. 172.— Cf. E. Le Blant, Les Actes des Martyrs (,1882), p. 100 ; Derenbourg, Histoire de la Palestine, 1. 1, p. 418,419, 420,421,436.
Préfacé ilAti
cipes différaient même quand l'héroïsme était semblable. Ce fut principalement sous le règne d'Hadrien que le judaïsme compta des martyrs. II y en eut en grand nombre en Judée, en Galilée, dans toute la Syrie '. Parmi eux il s'en trouvait d'aussi admirables que le vieil Eléazar, comme furent, par- exemple, les deux frères Julianus et Pappus, qui préférèrent la nlort à une apparente violation de la loi -. En présence de cette perspective qui reparaissait devant eux, les Juifs s'adressèrent à leurs écoles de casuistes, atin d'en apprendre les préceptes qu'on peut enfreindre pour éviter la mort et ceux pour lesquels on doit soufl'rir le martyre, distinction dont les chrétiens ne paraissent pas s'être jamais avisés. Les docteurs consultés jugèrent qu'en temps de persécution on peut renoncer à toutes les observances, sauf à maintenir la prohibition de Tidolâtrie, la fornication (c'est-à-dire les uriioris prohibées) et le meurtre ^ ; on formula la conduite à tenir dans une devise : « Résis-
1. La tradition juive a conservé à cette époque le noni de « époque de la persécution » ou(( du danger ». Graetz, Geschichte der Judcn, t. IV, p.464etsuiv. — Derenbourg, La Palestine d'après les Thalmuds, p. 421, 436. — Sifra sur Deutéron., § 307; Talm. de Bahyl.,Aboda-Zara 17 b, 18 a ; Berakoth, 61 b ; Sanhédrin, 12 a, 14 a ; Cbulin, 123 a ; Midrasch, Eka, u, e ; Midrasch sur Prou., i, 13 ; sur Ps. ix et xvi ; sur Cant.,n, 7. — Graetz, /oc. cit., t. IV, p. 175-177,464-465. — Midrasch des dix martj'rs, dans Jellineck, Beth hanimidrasch, 1" partie, p. 64- 72 ; 6'' partie, p. 19-55 et p. xvii-xi.\, et d&ns A nnuario délia soc. ital. per gli studi orient ., 2' année, p. 190-192 ; publié aussi pur Mœbius (Leipzig, 1854;.
2. Talm. de Jérusalem, Sanhédrin, ui, 5 ; Megilla. i, 6 ; Taanith, II, 13 ; Schebiit, iv, 2; Talm. deBabyl. Taanith, 18 b ; Pesahim, 50a; Megillath Taanith, 12 adar, et scholies ; Bereschit rahba, ch. 64 ; Sifra sur Lévitique, xxvi, 10.
3. Talm. de Jérus., Schebiit, iv, 2 : Sanhédrin, in, 6 ; Talm. de Babyl., Sanhédrin, 77 a ; Maimonide, Hilkoth yesodé hattora, oh. v, ^1,2. Cf. Renan, L'Église chrétienne, ch. xii, p. 214-219.
XLiv La Martyrs
ter aux ordres de l'empereur, c'est un suicide '. » Le texte des Livres saints servit de canevas aux plus inconcevables escobarderies. Il était écrit : l'observation de la Loi produit la vie -, or celui qui meurt pour la Loi va contre la Loi, donc l'homme doit conserver sa vie afin de se mettre en mesure, la persécution passée, d'observer ja Loi'. Cependant les rabbis s'accordèrent généralement à enseigner qu'il faut préférer la mort à la violation du moindre commandement en public* et que le devoir d'enseigner l'emporte sur toutes les obligations*. L'école qui traitait principalement ces questions fut celle de Lydda ^, qui compta d'ailleurs ses martyrs qu'on appela « les tués de Lydda » '^. « Ce qui rendait singulièrement cruelle la situation de ces martyrs, c'était, comme Va très finement observé Renan ^, ce graiîd doute sur la Providence qui obsède le Juif dès qu'il n'es tpJus prospère et triomphant. Le chrétien, suspendu tout entier à la vie future, n'est jamais plus assuré de sa foi que quand il est persécuté. Le martyr juif n'a pas les mêmes clartés. « Où est maintenant votre Dieu? » est la question ironique qu'il croit toujours entendre de la bouche des païens. » Le nombre