SoÉTONE, Domit
Préface lxv
dans l'Empiré vivant « à la manière juive » ; on les nomrna les professi et les improf essi. A partir de ce moment, l'équivoque cessa, il y eut des juifs et des nonjuifs ; les vexations de Domitien avaient fait tomber l'indécision, ce jour-là la circoncision reçut un coup fatal. Désormais, aux yeux des chrétiens, cette prétendue marque d'honneur prend une valeur nouvelle : « Ce signe, dit saint Justin en argumentant contre Tryphon, ce signe vous a été donné afin que vous soyez séparés des autres nations et de nous-mêmes, et que vous souffriez seuls ce que vous souffrez maintenant avec justice, pour que votre pays fût rendu désert, que vos villes fussent livrées aux flammes, que des étrangers mangent vos fruits en votre présence, et que personne d'entre vous ne puisse monter à Jérusalem. »
On ne peut songer à reconstituer l'histoire complète des vexations mutuelles entre Juifs et chrétiens, car il y a dans tous les partis des individus dont les actes ne doivent pas être imputés à la cause qu'ils servent et au groupe auquel ils appartiennent ; il est difficile, en effet, de faire rejaillir sur la communauté juive de Carthage un outrage fait aux chrétiens de cette ville vers le temps de Tertullien, qui l'a raconte ^ Un Juif apostat, devenu valet d'amphithéâtre, fit circuler dans Carthage une grande caricature peinte représentant un personnage à longue toge et à longues oreilles, le pied fourchu, tenant un livre à la main avec cette épigraphe :
DEVS CHRISTIANORVM ONOKOITHC *