Apolog., 16 ; Ad Nationes, I
2. Cf. De Rossi, Roma (Roma. 1877, in-folio), t. III, p. 353-304 .. la relazione sua con la pitturs descritta da Tertulliano, è la distin-
Lxvi Les Martyr»
Après avoir rapproché les faits qui expliquent les directions de plus en plus divergentes prises par 1 Église et par la Synagogue, il faudrait comparer les tendances intellectuelles et morales; mais ici, bien que le sujet soit immense, il peut être résumé en peu de phrases. Tandis que le christianisme devieul de plus en plus hellénique dans ses formes littéraires et romain dans son type social et politique, les restes du judaïsme s'enfoncent dans une science abrutissante où la puérilité des idées et l'incohérence du langage marchent de pair. On peut s'en faire
une idée en comparant, non les traités et le style la
besogne serait infinie, — mais les sujets abordés par les talmudisles et par les Pères de rÉglise.
La controverse des talmudistes roule sur le point de savoir « combien de poils blancs une vache rousse peut avoir sans cesser d'être une vache rousse » ; « s'il est permis de tuer un pou ou une puce le jour du sabbat ; s'il faut tuer les animaux du côté du cou ou du côté de la queue ; si le grand prêtre doit mettre sa chemise avant sa culotte » ; assurément les titres seuls des ouvrages des Pères n'ont rien de commun avec ces extravagances. A ce régime la cervelle se racornit assez vite et s'atrophia à peu près complètement, privée qu'elle était de l'air et de la lumière que lui eussent apportés la discipline grecque, source de toute culture. Rien de plus opposé que la pratique chrétienne. Ce qui nous reste des écrits de Méliton, de Tertullien, de saint Cyprien, de Clément d'Alexandrie, d'Origène, d'Eusèbe Pamphile, révèle
zione ehe sopra ho formolato tra le iinmagiui onocefale e le umane auribus usininis, mi persuadono la vera lezione essere évoxoiTrjç (asinicoitu genitus), oon jVOXOirjXïjÇ (asinarius sacerdos).
Préface lxvii
des lectures immenses et sur tous les sujets. Origène est comme le confluent de toutes les sources intellectuelles de son temps ; au lieu de l'imiter, les rabbis s'isolent dans une épaisse et hautaine ignorance. Lire un livre étranger est un crime * ; la Thora doit retenir toute pensée, accaparer toute étude, car elle renferme toute science, toute philosophie, et dispense du reste *. La conséquence d'une pareille aberration apparut clairement après quelques générations. Tandis que les chrétiens s'efforçaient de pénétrer plus avant dans la science des dogmes dont les textes canoniques recelaient le secret, les Juifs, persuadés qu'il ne s'agissait plus désormais que d'éclaircir la morale, réduisaient leur travail à une casuistique subtile et creuse qui tirait de chaque syllabe, et de chaque lettre d'une syllabe, une exégèse dont l'obscurité le disputait à la niaiserie '. Si Ton compare l'œuvre littéraire des Pères avec celle des rabbis, on constate que la place qu'y tiennent les commentaires de l'Ecriture sainte est absolument sans proportion. Origène, et peut-être Hippolyte, sont probablement les seuls des Pères antérieurs au concile de Nicée qui aient entrepris un commentaire méthodique des livres canoniques, tandis que chez les talmudistes, depuis l'impulsion et la réforme de Rabbi Aquiba,
1. Aql'iba. dans Talm. de Babyl. Sanhédrin, 90a. Cf. Origène, Contr. Cels., II, 34.
2. Voyez sur la persistance de ces principes parmi les Juifs de Pologne la vie si extraordinaire de Salomon Maimon (1754-1800;, Sulomon Maiinons Lebensgeschichte (Berlin, 1792-1793) ; Maimonia, par Sabattia-Joseph Wolff ^Berlin, 1831) ; Arvède Barise, Un Juif polonais, dans la Revue des Deux-Mondes (15 oct. 1889), p. 770-802
3. Mischna, Sota, V, 1, 4 ; VIII, 5 ; Talm. de Babyl. Pesachim, 22 b.
Lxviii Les Marhjrs
toutes les écoles, celles de Meïron, de Safat, de Gischala, d'Alma, de Casioun, de Kafr-Baram, de Kafr-Nabarta, d'Aitiniouka, se croient tenues de refaire une Mischna, comme les scolastiques du moyen âge débuteront tous par un commentaire du Mailre des sentences. On découvrait d'ailleurs à chaque reprise de nouveaux trésors d'après cette méthode, qui, selon l'expression talmudique, « de chaque trait d'une lettre tirait des boisseaux entiers de décisions * » ; bref on était parti de la Thora et on abordait à la Kabbale. Un autre péril, inhérent aux conditions d'exclusivisme absolu dans lesquelles les écoles juives s'étaient placées, était la désuétude et bientôt après l'inaptitude à employer les arguments de raison. Toute controverse se trouvant dirimée par un texte de la Bible, les talmudistes esquivaient la discussion en la clôturant par un argument d'autorité. La méthode était valable entre gens qui ont la même foi -, elle devenait insuffisante s'il s'agissait de convaincre les esprits qui repoussaient cette autorité même au nom de laquelle on prétendait les réduire. Ici encore, les chrétiens, plus avisés, avaient, en accueillant la discipline grecque, soumis leur esprit à l'épreuve d'une sagesse qui s'efforçait de convaincre au lieu de rétorquer, et de remplacer les citations par des raisons. Il semble qu'Israël avait rempli sa destinée, qu'il le sentît et voulût désormais se réduire à l'impuissance. «Partout, dans le premier âge de l'humanité, dit Fustel de Coulanges ^, on avait conçu la divinité
1. Talm de Babyl., Menachoth,29b. Cf. DerembouIig, La Palestine du temps des Thaltnuds, p. 399 ; Journal asiatique, févr.-mars 1867, p. 246 suiv.