La Cité antique (15' éditiou, 1895), p, 459 &uiv
Préface lxix
comme s'attachant spécialement à une race. Les Juifs avaient cru au Dieu des Juifs ; les Athéniens à la Pallas athénienne, les Romains au Jupiter capitolin. Le droit de pratiquer un culte avait été un privilège. L'étranger avait été repoussé des temples; le non-Juif n'avait pas pu entrer dans le temple des Juifs ; le Lacédémonien n'avait pas eu le droit d'invoquer Pallas athénienne. Il est juste dédire que, dans les cinq siècles qui précédèrent le christianisme, tout ce qui pensait s'insurgeait déjà contre ces règles étroites. La philosophie avait enseigné maintes fois, depuis Anaxagore, que le Dieu de l'univers recevait indistinctement les hommages de tous les hommes. La religion d'Eleusis avait admis des initiés de toutes les villes. Les cultes de Cybèle, de Sérapis, de quelques autres avaient accepté indifféremment des adorateurs de toutes nations. Les Juifs avaient commencé à admettre l'étranger dans leur religion, les Grecs et les Romains l'avaient mis dans leurs cités. Le christianisme, venant après tous ces progrès de la pensée et des institutions, présenta à l'adoration de tous les hommes un Dieu unique, un Dieu universel, un Dieu qui était à tous, qui n'avait pas de peuple choisi et qui ne distinguait ni les races, ni les familles, ni les Etats. » Et voilà qu'à ce moment même, Israël prit une mesure inouïe qui consacrait sa déchéance et proclamait son impuissance définitive. Après avoir montré une ardeur souvent intempestive pour le prosélytisme, après avoir gagné des adhérents partout, dans l'Asie antérieure, l'Arabie, l'Ethiopie, le Pont, la Syrie, à Rome, le judaïsme, comme s'il fût arrivé à bout de force et de charité, prit en horreur ses anciennes recrues. Non seulement il ne cherchait plus à en faire, mais il témoignait aux nouveaux frères une défiance offensante,
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leur rappelait avec une insistance choquante les dangers et les embarras sans nombre auxquels ils s'exposaient en s'affiliantà une nation bafouée*. Bientôt, pour venir à bout des bonnes volontés acharnées, on supprima Tinstitution des prosélytes, on accueillit avec insolence les demandes qui se produisaient encore, on traita les derniers représentants comme des traîtres ; enfin, on proclama que les « prosélytes étaient une lèpre pour Israël * » et que la défiance à leur égard devait s'étendre jusqu'à la vingtquatrième génération '.
On alla plus loin. Israël s'ingénia à se séquestrer luimême, multipliant les excommunications *, rédigeant cet étrange code des « dix-huit mesures » destiné à rendre le Juif inabordable. Défense désormais d'acheter, même les choses les plus nécessaires, chez les païens, défense de parler leur langue, d'accueiller leur témoignage et leurs offrandes, défense d'offrir des sacrifices pour l'empereur Et les « dix-huit mesures » prirent une telle autorité qu'on en vint à soutenir qu'aucun pouvoir n'avait le droit de les abolir *. Pour porter ces décrets le judaïsme avait bien choisi son temps, car c'était au moment où le monde commençait à recevoir les disciples de Jésus-Christ qui leur avait dit : a Allez et instruisez tous les peuples". »
1. Talm. de Babyl., Jebamoth, 47 a ; Masséketh Girim, init. (édiU
KlRCHHEIu).