LES POLÉMIQUES
Les plus célèbres parmi les Pères de l'Église n'ont pas cru devoir se dispenser d'apporter à cette polémique l'appoint de leur intervention. Saint Justin, Tertullien, saint Cj'prien, Origène, saint Augustin, combattent et réfutent les objections ou les blasphèmes de leurs adversaires. Avec une moindre autorité, d'autres écrivains soutiennent la même cause, l'épître de Pseudo-Barnabe en est préoccupée comme l'auteur du traité : De sollemnitatibus.
Malheureusement nous ne possédons aucun écrit sorti d'une plume juive, de simples citations doivent nous en tenir lieu. Il serait puéril d'attacher à certaines pièces, dont le Dialogue de Justin contre Tryphon nous oflre le type, une valeur historique. Ces compositions sont, en général, destinées à fournir au controversiste chrétien une victoire éclatante sur son adversaire qu'il réduit au silence ou à l'abjuration. Ainsi en est-il du Colloque de Jason et de Popiscus * , du Dialogue de V altercation
1. Cf. S. Cyprien, 0pp. (éd. Baîuze-Maran), p. 400 : Epîstola ad Vigiliuru episcopum. — Origène, Contr. Ce/siim, 1. IV, § 52 ; S. Jérôme, lib. II Comment . inEpist. ad Galafas. c, m, v. 14.
Préface xxiii
entre VEglhe et la Synagogue^ , de celui de Simon et Théophile ^.
L'ancienne Église d'Afrique, à laquelle nous devons tant de lumières sur les origines du christianisme, nous fournit une indication que le savant E. Le Blant n'a eu garde de méconnaître. Dans ce pays, où les Juifs pullulaient 3, un évêque, toujours préoccupé de fournir aux fidèles les armes nécessaires aux luttes quotidiennes*, rédigea une sorte de manuel destiné à instruire les chrétiens sur les points qui faisaient le fond des polémiques. Telle fut la destination des Testimonia contra Jadaeos, sorte d'arsenal où les textes bibliques sont alignés suivant la préoccupation qui inspire le recueil : démontrer le devoir de la foi dans le Christ. L'antiquité de ce recueil dont la composition se place avant 250 ^, semble convier à y chercher un état exact de la polémique judéo-chré-
1. Dialogus de altercatîone Ecclesîae et Synagogae. « Après un passage de ce texte, attribué à saint Augustin, où l'on parle du signe du Christ inscrit sur les étendards des légions romaines, il est noté que le Juif est exclu de toutes les dignités, ainsi que de l'armée: » Judaeum esse comitem non licet ;senatum tibi introire prohibetur ; praefecturam nescis ; ad militiam non admitteris » i saint Augustin, éd Migne, t. VIII, p. 1132,. Rapprocher de ce texte la Constitution de l'an 418, inscrite au Code Théodosien (1. XVI, lit. VIII, c. xxiv). Note de Le Blant. loc. cit., p. 3, note 2.
2. Die altercatio Simonis jiidaei et Tbeophili christiani, § 30, loc. eit , p. 43, ligne 13.
3. PiTRA. Spicil. Solesm., t. I, préface, p. xx-xxi. Cf. E. Noelde- CHEN, Tertullian's Gegen die Juden. p. 3-14.
4. E. Le Blant. Les Persécuteurs et les Martgrs, 1893, Paris, in-S", ch. IX. La préparation au martyre.
5. Je donne cette date d'après la chronologie adoptée par P. Mon- CE.\TJX Chronologie des œuvres de saint Cyprien, dans Revue de Philologie, t. XXIV, 1900, p. 350 Voyez un inventaire raisonné de la littérature chrétienne primitive inspirée par cette polémique, dans A. HLuiNACK, Texte und Untersuchungen, I bd,, hf. 3, 1883, p, 74 sq.
XXIV Les Martyrs
liennë au iii' siècle de notre ère. Cette opinion est d'âulant plus vraisemblable que les controversistes qui ont précédé, comme saint Justin, Tertullien, Origène, et cëui qUi ont silivi, comme Comitiodién, saint Augustin et l'auteur du Colloque entre Jason et Fapiscus, ont fait usage des mêmes textes et argumenté avec les mêmes preuves sur les mêmes sujets.
Gè sont les sources mêmes de la foi qui étaient mises éiï question, puisque les Juifs niaient le dogme de la Trinité : « Voyez que je suis le Seigneur, et il n'est pas d'autre Dieu que moi ' ». disaient-ils en faisant appel aux livres de leur loi. Les autres attaques, si elles n'étaient un sujet douloureux pour des chrétiens, devraient nous paraître simplement odieuses oU puériles. Oti voit mettre ail jour des arguments tjui n'ont leur place que dans les discussions des gens de la condition la plus avilie. Jésus, disaient donc les Juifs, est né d'un commerce adultère, sa mère fut chassée par celui qu'elle avait trompé, on allait jusqu'à nommer son amant-. La vie sainte de Jésus n'échappait pas à la calomnie et à l'outrage grossier. Les épithètes d'imposteur 3, de semeur d'incrédulité* et d'impiété', de magicien*^, de fléau du monde '', lui étaient adressées. Les outrages qu'on lui avait prodigués sur la croix étaient renouvelés. Pourquoi, demandait-on, n'a-t-il pas disparu de la croix^? Pourquoi a-t-il dû fuir