‹ Les martyrs (volume 2)Chapitre 59 sur 117 · Serrno ccix, c. ii, § 3 In nataliS. Cj'priani · texte numérisé non relu

Serrno ccix, c. ii, § 3 In nataliS. Cj'priani

6. British Muséum (mss. addit. 12174 édité par J. Corluy, Acla sancti Mort. Abdu'l Masich, aramaice et latine, dans Analecta bollandiana

xcvi Les Martyrs

li'yyà.po: (Singara, aujourd'hui Sindjar, à quinze kilomètres de Mossoul) un petit juif ayant nom Ascher, dont le père se nommait Lévi, personnage très opulent. Ce Lévi confia à ses fils la gérance de son bien ; Ascher, alors âgé de onze ans, gardait le troupeau de vaches qu'il amenait à l'heure dite à l'abreuvoir, où il se rencontrait avec de petits bouviers de son âge. On se réunissait tous ensemble eton dînait ; les petits chrétiens etles petits mages faisaient bande à part et Ascher restait tout seul, car il n'y avait pas d'autre Juif que lui. Il mourait d'envie de dîner avec les petits chrétiens, mais ceux-ci n'y consentaient pas, ils ne voulaient admettre que des chrétiens parmi eux, car ils se redisaient entre eux de belles histoires du Christ et les combats des martyrs qu'ils avaient entendus raconter à leurs parents. Un jour que l'heure du dîner approchait, tous nos petits enfants réunis, Ascher vint et dit : — Mes frères, je vous en supplie, je mangerai avec vous, ne me chassez pas.

— Quand tu auras reçu le baptême d'eau au nom du Christ, tu mangeras avec nous ; jusque-là c'est défendu.

— Voici de l'eau, rien n'empêche qu'on me baptise.

— Mais si, il faut un prêtre, et cela se fait à l'église.

— Mais l'église est loin, les prêtres aussi ; on aura peur de mon père et de mes frères ; vous, baptisez-moi ici.

« On le déshabilla, on le mit dans l'eau et tous ensemble dirent : « Au nom du Père et du Fils et du Saint- Esprit, que le serviteur du Christ soit baptisé, et toi,

t. V (1886), p. 5 suiv. ; le texte syriaque a été réimprimé par le P. Bedjan, Actamart. etsanct.,t. I, p. 173. Sur la question de l'orthodoxie de ce jeune martyr, voj'. CoKury, loc. cit., p. 8. — Cf. Rubens Dtjva.l, La littérature syriaque {i8^)dj, p. 145, uote 1. Ces actes dont ^ous donnons ici un résumé n'ont pas encore été traduits en français.

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ô Christ, notre Dieu et le Dieu des prêtres, supplée sur cette eau toutes les paroles que disent les prêtres en baptisant, et fais que ton serviteur soit bien baptisé, » On le fit plonger trois fois dans l'eau, ainsi qu'ils l'avaient vu faire, puis on l'en tira, tout le monde l'embrassa, on le promena en triomphe afin d'imiter la procession des néophytes, et on l'habilla avec les habits les plus propres. Alors on s'assit et on dîna, tous les honneurs allaient à lui comme à un jeune marié le jour de ses noces ; l'enfant était radieux ; on lui donna un nom, on l'appela Abdu'l Masich, ce qui veut dire : Serviteur du Christ. Puis ou recommanda bien à Abdu'l Masich d'être fidèle à sa nouvelle profession ; alors un des garçons qui portait des boucles d'oreilles en or dit à ses camarades : « Mes frères, vous savez que les juifs ne percent pas l'oreille aux hommes ; mais si cela vous va. nous allons percer les oreilles d' Abdu'l Masich, afin qu'il persévère dans le christianisme et qu'il se détache entièrement du judaïsme. Nous lui passerons une de mes boucles d'oreilles en or. Cela nous sei'a un gage et une étrenne et un témoignage de sa persévérance. » Tout le monde cria : « Cela va bien ; » on perça l'oreille droite et on y passa une boucle d'oreille, puis chacun retourna bien content avec son troupeau, mais non sans quelque inquiétude de l'accueil que Abdu'l Masich recevrait de ses parents. Quand sa mère le vit et sut ce qui s'était passé, elle se lamenta ; mais, sans perdre de temps, elle cacha le petit afin que son père ne le vît point. Cela dura pendant un mois : l'enfant partait de bon matin et rentrait à la nuit ; le jour se passait avec son troupeau et ses compagnons, la nuit dans la cachette, et le père, surchargé d'occupations, ne songeait même pas à remarquer cette

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absence. Pendant ce temps il arriva que les parents de plusieurs des petits bouviers tirent leur pèlerinage à l'un des monastères delà montagne, à l'occasion de la fête de saint Babylas et de ses compagnons; à leur retour, ils eurent de belles histoires toutes nouvelles sur les martyrs à raconter aux enfants qui vinrent les redire à l'heure du repos, et le petit Abdu'l MaSich se sentait tout enflamme du désir de faire ce qu'il ne pouvait qu'entendre.

Un jour qu'il faisait paître son troupeau, passa un évêque, de ceux qui vont de ville en ville' ; l'enfant courut à lui, s'agenouilla et dit: — « Seigneur, bénis-moi, signemoi du signe de la croix et achève mon baptême.

— Comment m'as-tu connu? Je ressemble au premier venu.

1. Ce personnage parait être pêriodeiite (TiepioÔEUtaî = circumeimtes). Les périodeutes étaient des prêtres nomades qui se transportaient d'un lieu sur un autre d'après les besoins des groupes disséminés de fidèles. Leur existence est attestée par un document de l'année 307 (Epist. S. Phileae Thinuitensis ad Meleciuni. Migne, P. G , t. X, col. 15G6) ; nous voyons qu'ils avaient la charge de pourvoir aux besoins spirituels des chrétientés qu'ils visitaient et, au témoignage de saint Philéas, leur ministère y suffisait, puisque le 57« des canons dits de Laodicéc prescrit de ne pas établir d'évèques dans les localités de moindre importance, mais d'y envoyer des périodeutes (M.'iNSi. Concil. ampl. coll., t. II, p. 574); C. de Smedt, S. J., L'organisation des Eglises chrétiennes au ui" siècle (Paris, 1891, in-S"), p. 18 Cf. Ai5a7T) ledit. FuNK, xi, 3 6). C'était à eux sans doute de visiter les chrétientés isolées et de plus en plus excentriques à mesure que. suivant le mot dOrigène, la Providence dilatait chaque jour les frontières de la religion. Contr. Cclsnni, m, 15; viii, 44 ; et en effet on voit des chrétientés dans les plus infimes bourgades. Voy. Denys d'Alexandrie dans Eusèbe, Hist. eccl., vi, 42 ; A'uovo bullettino di arch cristiana (1895), p. 68-73, pi. vm, et Theologischc Literuturzeilunf/, t. XIX ^1894), p. 37 et 162. Voyez Ps. Clément, Epistulae binae de tnrginitale (édit. Beelen, Epistula 2», cap. i, p. 70-71 et suivantes. Cf. J. M. Cotte- RiLL, Modem criticism and Cleinent'% epistles fo Vivgins lEdinburg, 1488, in-8o\ passim.

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— Celui qui m'a révélé à toi et qui a dirigé ton chemin pour aller à moi et pour qui je suis prêt à mourir. »

L'évêque étonné répondit : « En effet, j'ai eu l'ordre d'aller à toi et de te bénir avant ton triomphe. » Il mit la main droite sur la tête de l'enfant et lui imposa le Saint- Esprit : « Va, dit-il ensuite, va dans la force de l'Esprit, que ton Seigneur se complaise en toi et prépare-toi à endurer les souifrances du Christ. Quant aux jeunes garçons qui t'ont baptisé, ils seront conviés à de hautes destinées, » Le vieillard continua son chemin et l'enfant raconta à ses camarades tout ce qui lui était arrivé. Ceci se passait un vendredi, et le lendemain, jour de fête solennelle chez les juifs, son père donnait un grand dîner. Pour la circonstance il envoya ses gens prévenir ses fils de revenir avant le commencement de la fête. On était à table lorsque Lévi aperçut la boucle d'oreille de son fils: « Ascher, dit-il, qui vous a trompé ? Qu'est-ce qu'on vous a fait? Vous voilà comme un esclave, le savez-vous?

— Sois sans crainte, Maître ; je sais tout cela ; mais je suis devenu esclave du Christ, je suis chrétien. »

Son père sauta sur lui, le souffleta et le lança au milieu des invités en le rouant de coups de pied. Tout le monde se leva et implora pour l'enfant : « Pardonnez-lui, il est jeune, il n'a pas suce qu'il faisait. Il ne faut pas se fâcher aujourd'hui, le dîner serait gâté. C'est jour de fête, pas de fracas. » On se remit à table et on s'essaya à flatter l'enfant et à le faire manger. « "Vous ne savez donc plus, leur disait-il, qu'un chrétien ne mange pas avec les juifs? » Le père bondit de nouveau pour le frapper, mais on l'arrêta. « Viens, cher, lui dit-on de nouveau, dîne, ton père pardonnera et nous ne dirons rien de ta faute qu'on attribuera à l'ignorance ; mais obéis, viens et dîne. » Mais il

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s'obstina et il essaya même de discuter avec eux ; c'en était trop, et le père saisit un couteau sur la table. Mais, voyant cela, les domestiques laissèrent fuir l'enfant, qui courut à travers champs, toujours poursuivi par son père jusqu'à la fontaine dans laquelle les camarades l'avaient baptisé. La nuit tombait, le sabbat était commencé ; le père l'atteignit comme il venait de s'agenouiller et offrait sa vie à Dieu ; il le saisit, renversa la tête et coupa la gorge ; l'enfant continuait de dire : « Christ, mon Seigneur, je remets mon âme entre tes mains » ; et ses paroles sortaient avec soû sang.

C'est contre des violences semblables à celles que j'ai rapportées que le Droit romain a porté des décisions qui nous laissent entrevoir l'étendue de l'abus que les Juifs faisaient de leur force. Le titre IX^ du livre I"" du Corpus Juris est presque tout entier consacré à la prévision et à la répression du délit de violence de la part des juifs contre les chrétiens. Un édit de Tan 408 rappelle aux gouverneurs de province qu'ils ont le devoir d'interdire aux juifs de se livrer au sacrilège plaisir de brûler une croix et d'imiter les cérémonies chrétiennes ; en 412, on rappelle que le juif doit être à l'abri des vexations pour motif religieux, on ne doit brûler ni les synagogues ni les maisons, pas plus que brutaliser les personnes ; mais le juif ne doit pas s'enorgueillir de la protection qu'on lui accorde et se venger sur les chrétiens des mauvais traitements qu'il a pu subir. Il est incontestable que, depuis la paix de l'Eglise, les chrétiens eurent parfois la main un peu lourde dans leur répression ; en s'abattant sur les juifs, il arriva plusieurs fois qu'elle les meurtrit plus que la charité ne l'eût voulu et même plus que la justice ne l'eût permis; cependant, parmi les documents que j'ai

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étudiés jusqu'ici, je n'ai pas rencontré un seul cas dans lequel les chrétiens aient joué le rôle de provocateurs ; frappés, ils ont frappé à leur tour.

Socrate, Cassiodore et Jean de Nikiou nous ont conservé le récit d'un guet-apens organisé par les juifs d'Alexandrie, en l'année 415. Un jour, l'on vit au théâtre un chrétien de la ville, ami du patriarche Cyrille, et fort vertueux, nommé Hiérax. Dès que les juifs l'aperçurent, ils crièrent : « Il vient ici pour troubler le spectacle », et sur-le-champ le préfet fit saisir Hiérax et on le battit publiquement au théâtre. Cette première violence fut suivie d'une autre. Les juifs mirent en faction par une belle nuit, dans toutes les rues de la ville, des coquins bien armés ; quand tout le monde fut à son poste, ils lancèrent des gens à leur solde criant : « Au feu, l'église Saint- Athanase brûle, au secours les chrétiens, au feu ! » Ceux-ci, ignorant le piège, se jettent dans les rues, on les y assomme, et il y eut, disent les auteurs, un grand nombre de victimes ' .

Je terminerai cette énuraération par un souvenir qui dépasse en atrocité tout ce que l'on vient de lire.

Dès les premiers temps de l'ère chrétienne, et probablement à la suite des désastres infligés aux Juifs par Pompée, Vespasien et Hadrien, on constate une infiltration juive dans le royaume des Himyarites qui comprenait tout l'angle sud de la péninsule arabique jusqu'à Moka et Aden ; nous voyons des colonies juives à Teïma

1. Socrate, Hist. eccl, 1. VII, c. \m ; Chronique de Jean, ivêqne de Nîkiott (édit. Zotenberg), dans les Noticex et extraits des ms-i de la Bibl. nationale, t. XXIV. p. 125-127 ; J. Nealb, Patriarchate of Altxandria (London, 1847, in-S»), t. I, p. 227.

IBS MABTTRS. — T. IT.

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à Khaïber, Yathrib (Médine), et sous le règne de Constance (337-361), nous apprenons l'existence de groupes chrétiens pour lesquels une ambassade impériale (vers 356) vint réclamer la liberté de conscience. Vers la fin du cinquième siècle, un certain Silvanus, évéque des Himyarites, avait son siège probablement à Nedjrân, ville de l'intérieur assez éloignée de Safar, capitale du royaume, où se trouvait une autre Eglise.

La situation politique du pays était alors fort troublée par les compétitions dynastiques ; un membre de l'ancienne famille royale, nommé Dhou-Nowas, juif de religion, comme ses ancêtres, s'empara de vive force de Safar, dont il massacra la garnison et le clergé, et transforma l'église en synagogue. Le négus d'Ethiopie prépara contre Dhou-Nowas une expédition sur laquelle nous ne savons presque rien ; les chrétiens n'étaient pas menacés par le nouveau roi, néanmoins une lettre de Jacques de Saroug adressée aux fidèles de Nedjrân les plaint vivement d'avoir tant à souffrir de la part des juifs et les console de son mieux. Mais bientôt la situation s'aggrava.

En 523, Dhou-Nowas mit le siège devant Nedjrân qu il voulait réduire, afin de ne pas laisser ce point d'appui au négus dont il redoutait l'invasion. Comme le siège traînait en longueur, le prince himyarite proposa une capitulation qui fut acceptée, exécutée et violée aussitôt. Dhou- Nowas se fit livrer tout le numéraire que possédaient. les chrétiens, puis il fit exhumer l'évêque Paul, mort depuis deux ans, et on brûla son cadavre. On essaya alors de faire apostasier les hommes ; ils refusèrent et on en fit mourir un certain nombre; les femmes et les jeunes filles fui ent massacrées. Damné, femme du prince des Nedjrà-

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nites, fut épargnée ; elle parcourut la ville, le visage découvert, et souleva une émeute de toutes les femmes survivantes, avec lesquelles elle marcha sur le palais, réclamant la mort pour elle-même et pour ses deux filles. Les gardes la saisirent, on la coucha par terre et on égorgea les deux filles de telle sorte que leur sang coula dans la bouche de leur mère, puis on la tua. Avant de mourir, la plus jeune des petites filles, elle avait douze ans, courut vers Dhou-Nowas et lui cracha à la figure*. L'émir des Harîth-ibu-Kaab, qui s'était enfermé dans la ville pendant le siège, fut mis à mort avec les gens de sa tribu ; ils étaient trois cent quarante soldats.

Le massacre avait commencé par le clergé. On creusa une fosse immense que l'on emplit de matières enflam-

1. On avait cru que les auteurs de cette persécution étaient jnifis ; en 1889, M. Halévy essaya de démontrer qu'ils étaient ariens. [Les sources relatives à la persécution des chrétiens du Nedjrân, dans la Revue des études juives, t. XVIII, p 16-42 et 161-178). Mgb Dcchesne réfuta cette opinion par l'examen des textes de Procope, Jacques de Sarug, Jean d'Asie, et Siméon de Beth-Arsam {même Revue, t. X, 1900, p. 220 suiv., et réponse de Halévy, t. XXI. p. 73). Tous ces textes s'accordent à imputer aux juifs les massacres du Yémen. Cependant le récit de Jean d'Asie permettrait l'hésitation sur la question de 1« religion de Dhou-Nowas ; cette incertitude est enlevée par la lecture du manuscrit syriaque n» 234 de la Bibliothèque nationale ; on y lit, fol. 226 : (cf. Analecta bollandiana, t. X, 1891, p. 58-59) : « Un roi juif régnait sur le pays des Homérites. »

Pour la valeur de l'opinion qui rejette la responsabilité du massacre en partie sur les ariens, voy. Deramev dans la Revue de l'histoire des religions, t. XXVlII.p. 14-42, et Anal, holl , 1894. p. 169, et L Dn- CHESNE, Les Eglises séparées, ch. vn, p. 300 suiv. Pour le texte, voy. RuBENs DuvAL. La littérature syriaque, p. 148 suiv. et p. 190-199 ; Anal, boll., t. X, 1891, p. 479 ; t. XVIII, 1899, p 431.

On trouve la même vaillance chez sainte Eulalie (cf. Prudence, Peristeph. III, v. 126-128', et chez un prêtre perse septuagénaire! dont les Actes ont été publiés par âsséïiani, Acta Martyrum Orien' talium, t. I, p. 161-210.

ciT Lt* Martyr»

mécs et on poussa pêle-mêle prêtres, clercs, moines, vierges consacrées ; quatre cent vingt-sept personnes périrent là. Le souvenir de ces horreurs dura longtemps. Mahomet, dans le Coran, parle de la fosse ardente où les martyrs furent précipités et voue les bourreaux aux flammes de l'enfer.

L'évêque de Beth-Arsam et un écrivain anonyme, probablement l'évêque de Rosapha,nous ont conservé un épisode d'une grâce exquise. On conduisait mourir une jeune femme, et pendant la route elle donnait la main à .son petit garçon, âgé de quatre ou cinq ans, qui trottinait comme il pouvait. Quand on fut arrivé et tandis qu'on garrottait sa mère, l'enfant vit Dhou-Nowas, le juif, assis snr son trône en vêtement de cérémonie ; il courut à lui et lui embrassa les genoux. Le roi l'éleva jusqu'à lui et l'embrassa : « Dis-moi, petit, veux-tu aller avec ta mèie ou rester avec moi ?

— Je vais avec maman, elle m'a dit : Viens, nous lierons martyrs. J'ai dit : Maman, qu'est-ce que c'est, martyr? elle m'a dit : C'est mourir et puis c'est vivre. — Laisse-moi aller avec maman, je vois les hommes qui partent avec elle ; et il cria : Maman, Maman 1

- Connais-tu le Christ ? dit le roi.

— Je crois bien.

— Comment le connais-tu ?

— Je le voyais tous les jours à l'église quand j'allais avec maman ; veux-tu venir ? je te le montrerai.

— Qui aimes-tu mieux, le Christ ou moi?

— Le Christ, puisque je l'adore.

— Et qui aimes-tu mieux, ta mère ou moi ?

— C'est maman ; mais laisse-moi retourner avec elle.

Préface cv

— Pourquoi l'as-tu laissée et m'as-tu embrassé les genoux ? Tu ne sais donc pas que je suis juif ?

— Je croyais que tu étais chrétien," et je suis venu te demander de laisser maman tranquille.

— Eh bien, je suis juif; mais si tu veux demeurer avec moi, je te donnerai des noix, des amandes et des figues.

— Laisse-moi aller avec maman, je ne veux pas de tes cadeaux, juif.

— Reste ici, tu seras mon enfant à moi.

— Non, tu sens mauvais, et maman sent bon.

— Voyez, dit le roi à son entourage, oh ! la mauvaise racine f »

Un des assistants dit à l'enfant : « Veux-tu que je te conduise chez la reine ?

— Non. »

Et comme il vit qu'on emmenait sa mère et qu'on la brûlait, il cria : « Je veux maman. »

Mais on le retint de force ; alors le petit se jeta sur le roi et le mordit à la cuisse ; mais on le remit à un courtisan : « Emmène-le, dit le roi, élève-le et fais-en unjuif ! » Comme on passait près du bûcher de sa mère, il s'échappa et courut se jeter dedans, il y fut consumé ^

Le nombre de ceux qui furent massacrés s'éleva à quatre mille. Tous les enfants au-dessous de quinze ans,

1. J'ai suivi ici principalement la relation de l'évoque de Rosaiiha ; l'évèqiie de Beth-Arsam dit que l'enfant fut emmené hors delà présence du roi et épargné. Devenu grand, il vint en députation à lluiistantinople où Jean d'Asie le connut ; il s'appelait Baïsar. Du inoin!> affirmait-OQ que c'était bien le même personnage, mais lui n'en convenait pas. Cf. Acta Saact., 24 octobre, t. X d'oct,, p, 740. Voir les variantes en comparant le récit que nous donnoas parmi les tiocumenti.

cvi Les Marfgrs

filles ou garçons, furent donnés en qualité d^esclaves aux âmes damnées du roi. Il y en avait douze cent quatrevingt-dix-sept.

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