‹ Les martyrs (volume 2)Chapitre 63 sur 117 · RA/////////SANCTA ECCLESIA «<» LUCDVNENSI [A · texte numérisé non relu

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[ID CALENDAS AVG]

1. A. DE lioissiEU, Inscriptions de Lyon, in-4», Lyon, 1846, p. 556 ; E. LE Blast, Inscrip. chrét. delà Gaule, in-4», Paris, 1856, t. I, n" 41. Je n'entrerai pas dans le détail d'une réfutation des interprétations différentes de celle que j'adopte. La conjonction et (ligne 6) est d'une lecture certaine ; il faut donc rendre compte de deux actes successifs et le deuxième étant postérieur au premier. Je ne m'explique pas au moyeu de quel artifice on peut intervertir le contexte et lire : ... novem, et probatus annoruni decem positus est ad «anc/os, imaginant ainsi un catéchuménat de dix-huit années suivi d'un baptême «n extremis. Je sais qu'il est difficile de rien fonder sur l'expression ad sanctos (Voy. D. Cabrol, Dictionn. d'archéol. et de liturgie, au mot Ad sanctos), et néanmoins, s'il fallait l'entendre d'une sépulture dans l'église même, ainsi que je crois pouvoir le faire d'après ces mots : « découvert en 1736 dans les ruines de Saint-Just », je n'hésiterais pas, étant donnée la discipline générale de ce temps sur ces lortes de sépultures, à y voir un grave indice venant corroborer la preuve que je crois saisir de la présomption populaire de sainteté qui accueillit la mort du vieux tribun et introduisit son procès canonique de c«noni$ation.

ex Les Martyrs

Flavius Florii) [filius'j.ex tribunis, qui vixit annos octoginta et septem, militavè{t) anni (s) triginta et novem positu{s) est ad sanctos et probatus annorum decim et octo. Hic commemora- [tur] sancta {i}n e{c)clesia Lugdunensi a{nte) [primum] d{ienï) caîcndas aug{usti) '.

Le sens littéral de l'inscription me semble être celui-ci : Flavius... fut enterré auprès des saints, et, après une vindicatio qui dura dix-huit ans, ce saint homme fut jugé digne de recevoir la consécration officielle du titre qu'une présomption générale lui avait attribué par avance.

On voit par ces exemples qu'il peut n'être pas inutile de rappeler la position prise par l'Eglise de Rome dans les questions si souvent passionnantes de la gloire posthume des saints. Le long espace de temps sur lequel s'étend notre recherche nous permet de sortir de la critique empirique ^ et d'apercevoir l'idée générale qui dirigea cette Eglise ; c'est elle seule qui doit solliciter notre attention et justifier notre confiance.

Un grand nombre de personnes « partent de cette supposition

1. Variantes : lign. 1. Flavius Florf. (P. Colonia) ; Flaoîus Flori (Lebecf^ ; — lign- 9 : in Muratori, Thesaur.,p. mdccclxxv, n» 1 ; — lign. 10-11, Le complément est fourni par le P. Colonia. Notre interprétation du titulus est, au jugement du R. P. Delehaye, d'une « extraordinaire hardiesse )) et d'une « invraisemblance B avérée. (Anal, boll., 1904, p. 328). Sur le R. P. Delehaye et divers membres du groupe critique dont il fait partie, voir plus haut, pages xvi-xix.

2. FusTEL DE CouLANGEs, Note inédite, dans P. Guihaud, Fustel de Coulanges, in-12, Paris, 1896, p. 18, note 1 : d A en croire certains esprits, il faut borner le travail à un point particulier, à une ville, à un événement, à un personuage, tout au plus à une génération d'hommes. J'appellerai celte méthode le spéclalisme. Elle a ses mérites et son utilité. Elle peut réunir sur chaque point des renseignements nombreux et sûrs. Mais esl-ce bien là le tout de la science? Supposez cent spécialistes se partageant par lots le pagsé de la France ; croyez-vous qu'à la fin ils auront fait l'histoire de France ? J'en doute beaucoup. Il leur manquera au moins le lien des faits : or ce lien est aussi une vérité historique. Je ne sais même pas si chacun d'eux aura bien rempli sa partie, car je ne suis pas bien sdr que l'on puisse connaître exactement une génération d'hommes si l'on ne connaît pas celle qui précède, ni même une institution si l'on n'a pas étudié l'institution dont elle découle. »

Préface cxi

erronée que l'existence on le culte d'un martj^r dépend nécessairement de l'authenticité de ses Actes. C'est une idée fausse, et dont il faut se défaire, que la question de l'authenticité d'un texte hagiographique peut avoir une portée dogmatique ; le fait historique lui-même de l'existence du martyr n'est pas lié à l'authencitité de ses Actes. Le décret, dit de Gélase, promulgué par un pape, prouve que, dans l'antiquité, on traitait à Rome les Actes des martyrs avec beaucoup de liberté et de critique. Pourquoi cela serait-il peu catholique à l'heure actuelle ? * » Ce décret était parfaitement oublié jusqu'au moment où Rossi, entravé dans ses recherches et suspecté dans son orthodoxie à cause du dédain qu'il témoignait aux Actes des martyrs romains, se décida à venir en donner lecture à Pie IX 2. Le voici en propres termes : « Quoique personne ne puisse établir un autre fondement que celui qui existe, qui est Jésus-Christ, cependant ad aedificationem, la sainte Eglise romaine n'interdit pas de recevoir les écrits qui suivent après ceux de l'Ancien et du Nouveau Testament que nous venons d'énumérer » {Suivent les titres de dix-huit ouvrages ; on lit ensuite) : Item, les gestes des saints martyrs qui éblouissent par les nombreuses souffrances des tortures et les merveilleux triomphes des confessions. Qui peut douter parmi les catholiques qu'ils aient

1. A. Ehrhard, Die altchristUche Literatur und ihre Erforschung von 1S8U-Î900. — Erste Absteilung. — Die Vorcaeiiische Literatur (1900;, p. 539-592, cité dans Analecta bollandiana, t. XX, 1901, p

2. Desjardins, Second rapport de M. D... à S. Exe. M. le Ministre de l'Instruction publique et des Cultes, sur une mission scientifique en Italie. — Ch. n. Les Catacombes, dans Revue des Sociétés savantes, t. IV, 1858, p. 212. « Le premier principe de sa méthode [à M. de Rossi] a été de se montrer d'une excessive sévérité dans le choix des instruments à consuher. Il a écarté avec soin tout ce qui ne lui inspirait pas une confiance absolue et il a commencé par mettre à l'index delà science les Actes des martyrs considérés jusqu'à présent comme 1« meilleur ou plutôt le seul guide des catacombes, et il a pu fort heureusement justifier, vis-à-vis du gouvernement pontifical, la proscription qu'il faisait de ce recueil en mettant sous les yeux du Saint- Père une bulle du pape Gélase qui, considérant les Actes des martyrs eomme apocryphes, en défendait la lecture dans les églises. »

cxii Les Martyrs

grandement souffert dans les combats et qu'ils n'aient tout enduré non par leurs propres forces, mais à l'aide de la grâce divine ? Cependant, et pour se conformer sur ce point à la coutume ancienne et à la rare prudence, on ne les lit pas dans la sainte Eglise romaine, parce qu'on ignore les noms de ceux qui les ont rédigés et parce qu'on y lit des choses étrangères ou peu convenables à ce genre d'écrits, que les infidèles ou le» particuliers [les ignorants ?] y ont introduites. Par exemple, les passions de Cyricus et de Julitte, celle de Georges et d'autres encore de même genre composées par des hérétiques. Pour cette raison, et afin de ne fournir aucun prétexte au sarcasme, on ne lit pas [les Actes] dans l'Eglise romaine. Quant à nous, nous vénérons en toute dévotion, en union avec la susdite Eglise, tous les martyrs et leurs glorieux combats qui sont mieux connus de Dieu que des hommes *. »

1. E. Prenschen, Analecta. Kurzere Texte zur Geschichte der alten Kirche und des Kanons, in-8», Leipzig, 1893, p. 151 : Nolitia scripturarum seu librorum canonicorum. V. 16, Item gesta sancloruni martyrum, qui multiplicibus tormentorum cruciatibus et mirabilibus confessionum triumphis inradiant. Quis catholicorum dubitet, majora eos in agonibus fuisse perpessos nec suis oiribus sed Dei gratiae adjutoriu universa tolérasse ? Tamen ideo secundum antiquam consuetudinem et singularem cautelam in sancta Romana Ecclesia non legunlur, quia et eorum, qui conscripsere, nomina ignorantur et ab infidelibus uel idiotis superflua aul minim apta, quam rei ordo fuerit, inserta leguntur. Sicut cujusdam Cyri et Julittae, sicut Georgii aliorumque eiusmodi passiones ab haereticis perhibentur composilae . Propter quod dictum est, ne vel leois ad subsannandum oriretur occasio : in sancta Romana Ecclesia non leguntur. Nos tamen cum praedicta Ecclesia omnes martyres et eorum gloriosos agones, qui Deo magis quam hominibus noti sunt omni deuotione veneramus. Cf. C. A. Credner. Zur Geschichte des Kanons, in-S». Halle. 1847, p. 149-290 ; A. Thiel, De decretali Gelasii,etc.. iii-S», Brunsbergae, 1866 ; J. Friedrich, Zufei unedierte Konzilien aus der Merowingerzeit mit einem Anhang ùber das Decretum Ge/asiï, dans Sitzungsberichte der Kônigl. Akad. z. Mûnchen, 1867, philosoph.-histor. Klasse. A. Roux, Le pape S. Gélase I"". Etude sur sa vie et seu écrits, in-8». Paris, 1880 ; J. Friedrich, Ueber die Unechtheit der Decretale de reeip. et non recip. libr. des Papts. Gel. I, dans Sitzungsb d. Kônigl. Akad. z. Mûnchen, 1888, philos -histor. Klasse, p. 54-86 ; Th. Zahii, Geschichte des N. Testamentlichen Kanon», II, ia-S", Erlangon, 1890 p, ''SM-^f^T

Préface eain

Un autre document romain, antérieur de peu d'années à celui que nous venons de citer, en confirme les dispositions ; c'est une lettre du pape saint Grégoire ler adressée au patriarche d'Alexandrie Eulogius au mois de juillet de l'année 598, aux termes de laquelle il ressort que non seulement la lecture, mais l'existence des passions était ignorée, ou peu s'en faut, à Rome à la fin du vi« siècle : « Si j'excepte, écrit le pape, ce que les livres d'Eusèbe contiennent au sujet des gestes des saints martjTS, il ny a rien d'autre, à ma connaissance, sur cette histoire, dans les archives ni dans les bibliothèques de la ville de Rome, qu'un seul volume qui contient peu de chose *. » Quoique la rédaction du décret du pseudo-Gélase soit postérieure au pontificat de Grégoire ler, on est fondé à croire que la discipline qu'il révèle est assez ancienne ; elle se maintint pendant plusieurs siècles, et ce ne fut qu'assez tard, lors de la constitution de l'office de matines, qu'on donna, à Rome, aux Gesta martyrum une place parmi les lectures. Il se peut que nous ayons une allusion à cette innovation dans une phrase du pape Hadrien : « Les saints canons, dit-il, ont fait assez d'estime de passions des martyrs pour en permettre la lecture à l'Eglise au jour de la célébration des anniversaires ^. * Les saints canons mentionnés ici sont ceux de l'Eglise d'Afrique introduits au vi" siècle par Denys le Petit dans son Codex canonum dont on faisait encore usage à Rome au temps du pape Hadrien.

Les plus anciens témoignages que nous possédions du culte des martyrs se bornent à en rappeler la célébration : le premier détail liturgique nettement circonstancié que nous rencontrions nous est fourni par la passion de saint Pione, martyr de Srayrne, en l'année 250. Nous y lisons que le vieux prêtre fut arrêté le jour même où il célébrait l'anniversaire du martyre de saint Polycarpe ; or la veille de cette fête avait été célébrée par

1. S. Grégoire I*', Epixt., 1. II, epiat. i, édit. Monum. Germaniari JxFFÉ, Regesia pontifîcum Romanorum abcondita Krclesia adanniim post Christum natum MDXCVIII, in-4'', Lipsiae 1885, n° 1517 ; A. DoFOCRCQ, Etude sur les Gesta martyrum romains. in-S», Parie» 1900, p. 78 sq.

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