INVASION DES ORIENTAUX
L'amour de Dieu l'emporte sur toutes les grandeurs terrestres et rend les hommes intrépides àla manière des cohortes incorporelles des anges, ainsi qu'on l'a vu souvent. Les hommes qui avaient en eux l'amour de Dieu ne s'inquiétaient pas, — comme font les lâches et paresseux, pour la mort, la ruine, le massacre des êtres chéris,
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la captivité — de sortir du domaine paternel et d'aller en esclavage dans les contrées étrangères. Ils considéraient comme nulles toute espèce de souffrances ; unis à Dieu, afin de n'en être plus séparés, le préférant seul, en esprit, ils estimèrent qu'il leur suffisait au delà de toutes les grandeurs. Ils regardaient l'apostasie comme la mort et le martyre comme la vie éternelle. Nous avons vu de nos yeux, eu ces jours, l'Arménie déployer un semblable héroïsme.
Dès que Vartan eut vu la discorde euvahir son pays, il ne s'en effraya pas comme un lâche ; et quoique connaissant l'irrésolulion de plusieurs personnages ses alliés, il reprit courage et l'inspira à ses soldats. I^lnsuite, du consentement des satrapes de l'union, il occupa leslocalités de résidence royale et donna ordre à toutes les troupes de se rassembler à Ardaschad ; il remplaça les apostats qui avaient suivi le prince de Siounie, leurs frères, leurs fils et leurs neveux, et les mit chacun à latête d'une troupe, afin de reconquérir tout le pays.
Ils hâtèrent leur marche et arrivèrent tous sur le terrain choisi, d'abord [les Vartaniens] et ceux qui leur étaient restés fidèles, avec chaque corps de troupe et ayant fait tous leurs préparatifs.
[C'étaient :] Nerschapouh Ardzrouni ; Khorénc Khorkhorouni, général ; Ardag Balouni ; Valan Amadouni et la troupe de Vahévouni ; Chathoul Timaksian ; Arschavir Arscharouni ; Schmavon Antzavatzi ; Dadjad Kentouni ; Adom Kenouni ; Khosrov Kapéghian ; Garèn Saharouni ; Hemaïag Timaksian ; et Kazrig, aussi Timaksian ; Nersèh Khadchpérouni ; PharsmaneMantagouni ; Arsène Entzaïatzi ; Aïroug Selgouni ; Vrcn Daschiratzi ; Abersam Ardzrouni ; Schah, écuyer du rôi ; Khours Serouanlzdiank et les Khoghiankh ; les Agéalzikh ; les Derbadouni ; les tioupes des Reschdouni et tous les officiers royaux avec leurs troupes particulières.
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Tout ce monde s'avançait dans la plaine d'Ardaz ; cela faisait au total 60.000 hommes, tant infanterie que cavalerie. Les saints prêtres Léonce et Joseph les accompagnaient avec heaucoup d'autres prêtres et religieux qui prirent part, parmi eux, à la bataille. Ils ne se considéraient pas comme combattant de leur personne ; mais par leurs vertus spirituelles, ils souhaitaient devenir, par la mort, les émules de ces vaillants guerriers.
Le général, d'accord avec les satrapes, harangua l'armée : (( Je me suis battu souvent et vous étiez avec moi ; plusieurs fois nous remportâmes ensemble de belles victoires, quelqueTois aussi nous fûmes vaincus ; mais nous fûmes plus souvent vainqueurs que vaincus. Nous nous battions alors pour la gloire du monde et pour un roi mortel ; les poltrons étaient notés d'infamie et mis à mort cruellement ; les braves rendaient leur nom illustre et recevaient des présents du roi mortel.
« Nous avons tous le corps cousu de cicatrices ; nous étions braves et nous en fûmes bien payés.
«Je tiens cette bravoure pour inutile et ces princes pour lidicules, tout cela n'étant pour nous qu'obstacle. Si pour un roi mortel nous fûmes si braves, que ne ferons-nous pas pour un roi immortel, le Seigneur des vivants et des iTiorts, le juge de nos propres actions ? Si vieux que nous arrivions, il faudra mourir et paraître devant le Dieu vivant, dont nous ne nous séparerons plus.
<( Je vous prie, camarades, dont plusieurs me dépassent parla bravoure et la naissance, — puisque vous avez choisi de vous-mêmes un commandant, — recevez mes paroles avec bonté, qui que vous so^'^ez, inférieurs ou supérieurs. Que nul ne s'enfuie, effraj^é par la multitude des ennemis ; ne tournez pas le dos devant l'épée d'un homme ; puisque le Seigneur laisse la victoire entre nos mains, nous briserons leurs forces, afin que la vérité triomphe ! Si nous mourons dans la bataille, eh bien,
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mourons de bon cœur. Mais à réclat du courage ne mêlons pas les douceurs du repos. Je n'ai pas oublié — et vous non plus, quelques-uns du moins s'ensouviennent, — que nous avons trompé pendant un temps ce prince injuste, et nous le surprîmes affaibli, comme si nous avions accompli des ordres iniques. Le Seigneur connaît nos pensées, il sait notre persévérance. Vous savez que nous avons essayé de rendre la paix à ceux que nous aimons et qui sont dans la peine.
« C'est à cause d'eux que nous combattîmes le tyran, afin de garder les lois divines transmises par nos pères, lois sur lesquelles rien ne peut prévaloir ; ainsi nous ne pouvions par amour de la vie échanger Dieu pour les hommes.
« Dieu fut avec nous en deux ou trois batailles ; on nous jugea braves et l'ennemi fut mis en déroute. Nous avons massacré sans pitié les mages, désinfecté plusieurs provinces de l'ordure idolâtrique, nous avons méprisé l'ordre du roi et apaisé la tempête. Les flots amoncelés se sont aplanis, l'écume a disparu, la colère est tombée. Celui qui tonnait plus haut que les nuages, abaissé au-dessous de son orgueil, vient conférer avec nous. Celui "qui voulait triompher de l'Eglise doit combattre avec l'arc, la lance et l'épée. Celui qui estimait notre foi un simple vêtement ne pourra pas plus la changer que la couleur de notre peau, et cela jusqu'à la fin. C'est que les fondements de notre foi sont assis sur la pierre, non sur terre, mais en haut, dans le ciel, d'où les pluies ne tombent pas, d où les vents ne soufflent pas, où les torrents n'inondent point. Nos corps qui sont sur la terre prennent racine, par la foi, dans le ciel. Là, personne ne touche à l'édifice du Christ.
« Soyez fermes en notre infaillible chef qui n'oubliera jamais les actes de votre valeur. Il est clair, camarades, que Dieu exécuta toutes ces choses par le moyen de 1h
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nature ; par là, aussi, on voit manifestement la force de Dieu. Si nous nous sommes acquis delà gloire en tuant, à cause des lois divines, et si, au nom illustre de nos races, nous avons préféré TEglise, si nous attendons la récompense du Seigneur, — ce prix est réservé suivant Taffection du cœur et il est précédé par les actes, — combien cela se vérifiera-t-il davantage si nous mourons pour avoir rendu témoignage au Christ pour lequel soupireraient les habitants du ciel , si c'était chose possible !
« Ce don, en effet, n'est pas accordé à tous, mais à celui qui y est préparé par le Dieu miséricordieux. Et il ne vient pas du mérite des œuvres, mais du distributeur impartial, comme il est dit dans le divin Testament : « Là où les péchés abondent, la grâce divine surabonde ». Cette prophétie s'accommode bien à notre cas ; car plus nous avons paru irréligieux devant les hommes, plus nous paraîtrons justifiés devant les hommes, les anges et le Père de tous. En ce jour où les hommes apprirent que nous avions commis ce sacrilège, beaucoup d'yeux pleurèrent dans notre sainte Eglise et beaucoup pleurent encore. Nos camarades furieux nous menacèrent et voulurent nous tuer, nos serviteurs nous délaissaient, ceux qui étaient éloignés et qui avaient entendu parler de notre apostasie, ignorant nos desseins, pleuraient sur nous, et, ignorant la vérité, nous jetaient le blasphème. Je dirai plus : non seulement les hommes, mais les anges détournèrent leur face, afin de ne point nous regarder avec colère. Ainsi donc le temps est venu de repousser loin de nous toute tache d'infamie; car, comme des malades de corps et d'esprit, nous étions plongés dans la tristesse; aujourd'hui, joyeux et satisfaits, nous sommes revenus à la vie et nous voyons le bon Sauveur marcher devant nous. Notre chef n'est pas un homme, mais le généralisirime des martyrs. La crainte est un doute de la foi. Loia
de nous notre ancienne faiblesse, loin de nous la crainte, loin de nos pensées et de nos cœurs. »
Le général parla ainsi devant toute larmée, il encouragea ensuite chacun en particulier, il réconfortait et pourvoyait à tous les besoins de la pauvreté. Il offrait du sien ou de celui de ses compagnons au soldat à qui manquait quelque chose ; l'un n'avait pas d'armes, on lui en donnait; un autre n'avait pas d'hnbit, il en recevait; à qui manquait de cheval on en fournissait un. Les hautes paies déridaient tout le monde, et lui même semblait tout joyeux. Rappelant les coutumes militaires, il racontait des histoires de braves, parce que, tout enfant, il était déjà versé dans les saintes Ecritures. Il lisait l'histoire des Macbabées et commentait les événements: comment, en combattant, ils avaient, grâce aux lois divines, résisté à Antiochus, et quoiqu'ils aient péri, leur gloire avait survécu jusqu'à nos jours sur la terre et dans le ciel. Il racontait comment la race de Mathathias s'était séparée de son alliance, s'était soumise aux ordres du roi, avait construit des temples, offert des victimes immondes, s'était séparée de Dieu et avait reçu des saints alliés un terrible châtiment. Mathathias et les gens de son parti ne se découragèrent pas, ils se fortifièrent davantage et entreprirent les rudes travaux d'une très longue guerre. En disant cela et en faisant choix d'un campement, il disposait les troupes et rassemblait de tous côtés la cavalerie.
Bien des jours après, le général des Perses arrivait avec toute l'armée des idolâtres. Il entra en Arménie parles provinces de Her etdeZaravant. Il dressa aussitôt son camp et le retrancha, on creusa des fossés, on éleva des épaulements, on planta des palissades, on s y lortifin comme dans une ville en achevant les prépaïatifs. Il envoyait des partis aux environs et cherchait à faire le dégât dans les cantons.
A ces nouvelles, les troupes arméniennes choisirent
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Arantzar, de la famille des Amadouni, noble, prudent et brave, qui se porta en avant avec 2000 hommes, battit l'ennemi, lui massacra une multitude de soldats et poussa les fuyards dans leur camp. Il rentra sain et sauf ; celte journée fut pour l'armée arménienne un jour de fête.
Cependant Vasag méditait quelque embûche nouvelle. II envoyait de faux prêtres et expédiait par leur moyen des messagers sur l'ordre du roi et affirmait par serment qu'il professait de nouveau le christianisme. Il ne put rompre l'union, surtout parmi le clergé dont les membres ne s'étaient pas éloignés de l'armée.
Le bienheureux prêtre Léonce en ayant reçu l'ordre de ses saints collègues, notamment du pieux Joseph et de tous les grands, des prêtres et des généraux, parla ainsi :
« Souvenez-vous de vos premiers pères qui,avantla venueduFils de Dieu, vécurent en des âges différents. Aussi quand l'esprit malin nous expulsa du lieu divin, nous tombâmes sous un joug impitoyable, pour avoir apostasie lâchement et volontairement. Nous avions provoqué sur nous la force créatrice dans la fureur de sa colère et nous avions excité le juge miséricordieux à tirer de ses créatures une terrible vengeance, tellement qu'il ordonna à la mer du ciel de se répandre sur notre continent ; et, en éclatant, la croûte solide de la terre opéra en sens contraire. Les cieux et la terre devinrent des instruments de torture pour venger impitoyablement nos fautes. Le seul juste, Noé, fut trouvé parfait parmi les hommes; il apaisa la fureur de la colère suprême et il fut un principe de régénération pour la propagation de la race humaine. Abraham aussi se montra courageux dans l'épreuve, et en recevant les dons de Dieu il en offrait de ses mains un gage que Dieu accepta comme un symbole. En effet il voyait en lui l'inénarrable venue du Fils de Dieu l'emprisonnement de celui qui ne peut être captif et l'immo-
lation de l'immortel qui anéantit avec sa mort le pouvoir de la mort. Car si par la mort la mort fut anéantie, ne regrettons pas d'être les compagnons du Christ dans la mort, afin qu'avec lui, pour qui nous mourons, nous soyons aussi glorifiés.
« Souvenez-vous, braves gens, du grand Moïse, qui, avant d'être homme, montra dans son enfance le saint mystère du martyre. La maison du roi d'Egypte fut réduite sous sa servitude et le nourrit, malgré lui, avec le lait; et, au moment de délivrer le peuple de la captivité, il devint l'instrument du ciel et de la terre et fut même tenu pour dieu par l'Egypte ; car où le saint mystère triomphait, il sevcngeaitenpersonnedesEgyptiens,et, quandla divine révélation était en lui, par le moyen de sa verge il accomplissait d'étonnants prodiges. Par son saint zèle, il frappa l'Egvptien et l'ensevelit, et, à cause de cela, Dieu lui'imposa un grand nom, et il le mit à la tête de son peuple. C'est un fait mémorable que, par l'effusion du sang, il fut nommé juste, et appelé le plus grand de tous lesprophètes, ayant tué, non seulementles ennemis étrangers, mais encore ceux du dedans qui, dans le désert, avaient délaissé Dieu pour le veau. S'il vengeait ainsi par avance la venue du Fils de Dieu, nous qui fumes témoins oculaires et qui avons joui au suprême degré des dons célestes de sa grâce, nous devons être encore plus les vengeurs de la vérité. Celui qui s'offrit lui-même a la mortpour nos péchés, nous a délivrés de la terrible condamnation; aussi livrons-nous à la mort pour en recevoir le prix immortel et nètre pas inférieurs à ces vengeurs.
« Souvenez-vous du grand prêtre Phinée, qui, pendant la guerre, suspendit 1 impureté causée par le meurtre et établit par un serment le sacerdoce. N'oubliez pas le saint prophète Elie qui témoignait son indignation en découvrant l'idolâtrie d'Achab, et qui, dans son zèle empressé, massacra de ses mains huit cents individus,
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fit brûler par un feu inextinguible deux chefs de cinquante soldats, puis, ayant accompli la justice divine, fut enlevé de la terre au ciel sur un char merveilleux. Vous avez eu plus grand encore ; on ne vous envoie pas d'en haut un char, mais le Seigneur des chars cl des chevaux, se manifestant avec une grande force el au milieu de ses saints anges, donne des ailes à chacun de nous, afin que vous soyez ses compagnons de roule et les habitants de ses demeures.
'< Que dire de plus à votre courage indomptable, puisque vous èles plus savants que moi dans les saintes Ecritures ? David, enfant, abatlil d'une pierre la grande colhne de chair et tint pour peu de chose la terrible épée du géant, il dispersa les Iroupcs des étrangers, sauva l'armée du massacre et délivra le peuple de l'esclavage ; il devint l'aîné des rois d Israël et fut nommé le père du Fils de Dieu. On le nomma ainsi ; mais vous, vous êtes vraiment les enfants de Dieu et les héritiers du Christ, engendrés que vous êtes dans le Saint-Esprit. Que nul ne vous enlève votre héritage, ou, vous rendant étrangers bâtards, ne vous chasse déshérités. Rappelez-vous tous les braves chefs d'Israël, Josué, Gédéon, Jephté et tous les autres croyants ; ils massacrèrent les païens, purifièrent la terre de l'idolâtrie, et à cause de leur ferme croyance qui ne vacilla jamais dans leur résolution, le soleil et la lune, qui n'ont pas d'oreilles, entendirent et exécutèrent leur ordre, la mer et les fleuves, contre leur règle, ouvrireut un chemin devant eux, et les hautes murailles de Jéricho tombèrent sur une simple parole. Et tous les autres qui, par la foi, opérèrent des prodiges, à différentes époques, furent loués par les hommes et pardonnes par Dieu.
« En vérité, le Seigneur est le même dès le commencement jusqu'à présent, dans l'avenir et dans les siècles des siècles, et même au delà des siècles. Il n'est ni nouveau ni
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ancien, il ne rajeunit ni ne vieillit, son immuable nature ne change pas, ainsi qu'il le disait par la bouche des prophètes : « Je suis, je suis, je suis le même dès le commencement jusqu'à l'éternité ; je ne cède à personne ma gloire m ma puissance aux idoles. » Sachant cela, mes frères l ne doutez pas; mais, résolus et la foi affermie, courons a l'ennemi soulevé contre nous. Nous avons une double espérance ; soit que nous mourions, soit que nous donnions la mort, la vie est également à nous. L'Apôtre nous dit qu'au lieu de l'allégresse qui s'otîrait à lui, « Je ChristJ s'humilia jusqu'à la mort et à la mort de la croix. Ainsi Dieu l'exalta davantage et lui donna un nom supérieur a tous les noms, afin qu'au nom de Jésus-Chnst, tout genou fléchisse, dans le ciel, sur la terre et en enfer. »
« Car celui qui est vraiment uni au Fils de Dieu, voit spirituellement la lumière invisible des rayons du soleil intellectuel, qui, à toute heure et chaque jour, illumine toutes choses, arrête les regards perçants et clairvoyants par une lumière qui n'est pas douteuse, et, pénétrant les cieux, les fait s'approcher d'une vue inaccessible afin d olfrir l'adoration de l'unique vertu distincte en trois personnes. Celui qui a gravé les degrés de Dieu et qui en s élevant est arrivé à la cour céleste, en a vu toute la beauté, celui-là seul hérite d'une joie durable et dune consolation sans mélange.
« Ne nous abaissons pas, respectables seigneurs ! en descendant de nouveau sur cette terre après avoir touche de telles hauteurs ; mais, y ayant fixé notre demeure, confirmons-nous dans cette sublimité. Si nous considérons les basses régions de cette terre, elles nous apparaissent remplies de corruption et d'impureté Quelles misères ne rencontre-t-on pas sur cette terre ? les infortunes des pauvres et leurs afflictions, les lourds impots des percepteurs, les vexations des gens inhumains, la tairo et la «oif suivant les besoins de notre nature. Et encore
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les glaces de l'hiver, les feux de l'été, les infirmités imprévues et les maladies mortelles. Les hommes sont tourmentés sans cesse au dehors par la crainte, par l'épouvante au dedans ; ils souhaitent la mort avant le temps et ils ne la rencontrent pas. Beaucoup la cherchent et, lorsqu'ils l'ont trouvée, ils s'en réjouissent. Ceux que la richesse semble faire heureux et qui jouissent avec bonheur de cette vie fugitive, qui, par vanité, s'enorgueillissent des choses périssables de ce monde, sont aveugles en comparaison de la véritable vie. Quelmal manquedonc parmi les hommes ?0n mêle avec les richesses ce qu'on enlève au bien des pauvres ; on confond le mariage avec la souillure de la chair, et ces choses auxquelles on prend plaisir, les hommes leur offrent un tribut d'adoration comme à Dieu, dans leur profond égarement sur la véritable vie. Tout ce monde n'esl-il pas cependant la création du Créateur de toutes choses ? Ce qu'ils adorent et ce qu'ils honorent est vraiment une partie de la matière; or les fractions de chaque partie sont de viles créatures, puisque si une partie de ce monde est corruptible, il faut que tout le reste se corrompe avec elle; et même dans chaque partie on doit apercevoir la dissolution Le bien est connu de tous, et, pour celui qui sait comprendre, il est meilleur que les parties. S'il en est ainsi, dans tous les cultes que professent les païens, les adorateurs sont pires que les éléments privés de raison à qui ils rendent follement hommage, parce qu'ils n'adorent pas ILtre-Dieu qui prit la forme de l'homme, et ils offrent leur adoration aux créatures. Au tribunal impartial, il n'y a pas de rémission pour ce péché. Abandonnons donc les conseils ténébreux de ces égarés, estimons-les les plus malheureux et les plus misérables des hommes, d autant plus qu'ils se sont aveuglés volontairement et sans nécessité : aussi ils ne trouveront jamais le chemin dé la vérité.
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« Mais nous qui voyons d'un œil clairvoyant la lumière céleste, que les ténèbres extérieures ne nous frappent point, bien que la vraie lumière ait paru pour ceux qui étaient dans les ténèbres. Les aveugles furent privés de la vue ; vous qui avez été reçus par la foi, vous êtes des enfants et non des étrangers, des amis et non des ennemis, participants et héritiers de la suprême cité intellectuelle. Là est le conducteur de notre salut ; il fut le premier ici à combattre vaillamment et ses dignes compagnons, les apôtres, furent enseignés par lui. Ici, vous aussi, vous vous êtes montrés doublement sanctifiés par la foi contre Tennemi invisible et munis de cuirasses contre les exécuteurs des entreprises sataniques. Dune manière ou d'une autre, hâtez-vous pour remporter la victoire des deux côtés, comme le Seigneur l'a remportée dans le monde. On le vit mourir et il devint alors le héros le plus accompli de la vertu : il provoqua l'ennemi, soutint le combat, dispersa ses adversaires, recueillit le butin, racheta les captifs et distribua ses récompenses à tous ceux qu'il aimait, suivant leurs mérites.
« Vous savez tous qu'autrefois, quand vous alliez à la guerre suivant la coutume, les prêtres restaient toujours dans les camps, et au moment du combat, vous recommandant à eux avec des prières, vous les laissiez en lieu sûr. Mais aujourd'hui les évêques, les prêtres et les diacres, les chantres et les lecteurs, chacun d'eux rangé suivant leur ordre, armés d'épées et préparés au combat, veulent avec vous affronter et attaquer les ennemis de la vérité. Ils ne redoutent pas la mort, ils aiment mieux la recevoir que la donner. Ils ont deux vues : avec les yeux de la foi, ils voient lapider les prophètes, et avec les yeux du corps, ils volenl votre valeur, surtout si ces deux vertus se manifestent en vous. Vous aussi vous avez vu les souffrances des saints apôtres et
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le massacre des saints martyrs qui, par leur mort, ont raffermi la sainte Église. L'effusion de leur sang fut une gloire pour les habitants du ciel comme pour ceux de la terre : ainsi que jusqu'au second avènement, on continue la même œuvre de valeur, en supportant les mêmes souffrances. >>
Ainsi parla le prêtre Léonce ; il termina en rendant gloire à Dieu et dit: Amen. L'autel étant prêt, on célébra les mystères. On prépara aussi les fonts, et s il se trouvait dans l'armée quelque catéchumène, il recevait le matin le baptême et l'eucharistie. Ils se puriûèrent donc comme à la solennité de Pâques. Puis l'armée entière, avec une joie immense et au comble de l'allégresse, s'écria :
Que notre mort ressemble à celle des justes ; Que notre sang coule comme celui des martyrs ; Que Dieu accepte noU-e sacrifice volontaire ; Qu'il ne livre pas son Eglise aux mains des païens.