‹ Les martyrs (volume 2)Chapitre 98 sur 117 · LE 26 MM · texte numérisé non relu

LE 26 MM

Les historiens bj'zantins - qui ont rapporté la pnse de Jérusalem par les Perses de Chosroès II, le 26 mai 614, se sont montrés d'une sobriété qui contraste avec leurs habitudes. Quelques documents sont venus depuis ajouter des détails d'une valeur historique fort variée à ceux que nous connaissions ^. Le plus important est une Elégie ou Ode anacréontique qui a pour auteur saint Sophrone, patriarche de Jérusalem *,

1. La date 614 est admise par Dulaurier, d'Avril, Drapeyron, LoNGPÉRiER, Œuvres, t. I, p. 127-128, tandis que Lebeau, t. XI, livre LVI, et Victor Guérin, Jérusalem, p. 132, adoptent la date 615 ; S. Vailhé, La prise de Jérusalem par les Perses en 61i, dans la Revue de l'Orient chrétien, t VI, p. 643-649.

2. Cf. Chronique pascale. Théophane, Zonaras, Cedrexcs, Euty- CHius et le moine Antiochus ; Couret, La Palestine sous les empereurs grecs, in-8», Grenoble, 1869, p. 242-244.

3. Dulaurier, Recherches sur la chronologie arménienne, in-4», Paris, 1859, t. I, contenant plusieurs passages de la chronique de l'évêque arménien Sépèos, trop maltraitée par M. Delf -, Essai sur les anciens pèlerinages à Jérusalem, suivi du texte du pèlerinage d' Arculphe, in-8". Paris, 1870, p. 235. note 2. Tels quels, les fragments de Sépèos ont été heureusement mis à profit par L Dr?eyron, L'empereur Héraclius et l empire byzantin au VII^ siècle, in-8°, Paris, 1869, p. 13, 102, 103. 131.

4 Laurent de Saint- Aignan , Vie de saint Sophrone. patriarche de Jérusalem, dans les Mém de l'Acad. de Sainte-Croix d Orléans, t. V. Comte Couret, La prise de Jérusalem par les Perses, en 61i. ElégUs du patriarche saint Sophronius et récit contemporain du même événement, par un moine du couvent de Saint-Sabas, dans la Revue de l'Orient chrétien, 1897, t. II, p. 123-164. Pour le ràU de Sophrone

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contemporain de l'événement. Mais de cette Elégie, composée entre 620 et 628, il ne subsistait jusqu'à ces dernières années qu'un seul vers, le premier *, jusqu'à ce que le comte Rian eût retrouvé le texte intégral dans un manuscrit du Cabinet des Titres delà Bibliothèque nationale ^. Le texte et la traduction ont été publiés par M. le comte C.ourct •^. La pièce se composait jadis de 96 vers, elle n'en compte plus aujourd'hui que 88, répartis en 22 quatrains, dont chaque première lettre suit l'ordre des lettres de l'alphabet ; mais les lettres H et îi manquent, ce qui entraîne la perte de huit vers.

L'Elégie nous apprend, ainsi que le faisait, plus de deux siècles! auparavant, une dame espaj(nole en pèlerinage aux lieux saints *, i que la population de Jérusalem comptait dans ses rangs des fidèles fort dévots et assidus aux offices de l'Eglise. Nous savons en outre, grâce à elle, que la ville assiégée par Romizanès ne se rendit pas sans combat. « Enfin, notre Elégie détruit la curieuse mais invraisemblable légende des deux prises successives de la ville racontées avec tant d'assurance et si peu de véracité par la fallacieux Sépêos et, d'après lui, par le distingué M. Ludovic Drapeyron. A en croire le chroniqueur arménien, les Perses seraient entrés une première fois dans Jérusalem en vertu d'une capitulation amiablcment consentie ; ils auraient

pendant le siège pnr les Arabes, rf. Hixinirr dr Jérusalem et d'Hébron, depuix Abraham jusqu'à la fin du AF"= siècle de J.-C. Fragments de la Chronique de Mondzir. éd. Dyn, traduits sur le texte arabe, par Henri Sauv.ure, in-8', Paris, 1876, p. 36-43.

1. F. MA.TRANOA., dans Patr. Gr. t. LXXXVII, part. 3, col. 3799, col. 47.

2. Archives de COrient lalin, l. II, l'" partie, B. §. 2 : Inventaire sommaire des mss. relatifs à l'histoire et à la géographie dei'Orient latin, p. 135, ligne 23, in-8', Paris, 1884. Une édition à peuprès inconnue de l'Elégie fut donnée par L. Ehruard et Stddemund, S. Sophronii anacreonticorum carmen XIV, dans le Programm des Katholischen Gymnasiums S' Slephan in Strasburg. V Schuljahr, 1886-1887, in-4'', Strassburg, 1887, p. 16-20 ; reproduite par C. Coubet, op. cit., p. 139.

3. Vide supra. Nous renvoyons à ce travail pour l'étude de tout ce qui touche au poème, au manuscrit qui le contient, etc.

4 D. M. Férotdj, Le véritable auteur de la Peregrinatio Siloiae, dans la Revue des questions historiques, 1903.

La Priao de Jérusalem par les Perses 201

respecté la ville et se seraient éloignés en laissant une faible garnison dans le Préfoire et la Tour de David. Croyant ce départ irrévocable, les habitants se seraient soulevés, auraient arboré de nouveau le labarum bj'zantin et massacré la petite garnison persane. Les Perses, encore peu éloignés, campés peutêtre à Mécfiatta, sur la route de l'Euphrate, ou sur la frontière ég^/ptienne, seraient revenus à grands pas, auraient assiégé et pris d'assaut Jérusalem et l'auraient pillée et incendiée pour la punir du manque de foi de ses citoyens... Tout cela est un rêve, ou plutôt un récit fabuleux reposant peut-être sur le souvenir indécis de propositions de paix réellement faites à Jérusalem par les Perses avant le siège, propositions qui, malheureusement, furent rejetées, sur le conseil équivoque de quelques anachorètes du désert de Judas '. »

VKRS DE SAINT SOPHRONI0S, PATRIARCHE DE JERUSALEM, SUR LA PRISE DE JÉRUSALEM, EX MlîTRE ANACRÉONTIQUE, SELON l'oRDRE DE l'aLPHARET.

Sainte ville de Dieu, sol puissant des saints, très grande Jérusalem, quel gémissement t'apporterai-jc ?

Le flot [des larmes qui coulent] de mes 3'eux est bien faible pour un si grand deuil ; le gémissement de mon cœur est peu de chose pour une si craelle douleur.

Cependant, dissimulant le cours de mes larmes, je pousserai des cris et des lamentations, je composerai un chant sur tes malheurs, parce que tu as rencontré un tel sort.

Le Mède perfide s'est avancé de la Perse funeste, guerroyant contre les villes, contre les bourgades, guerroyant contre l'empereur de Rome.

• Enfants des chrétiens bienheureux, venez pour gémir sur Jérusalem aux collines élevées.

Marchant en avant contre la Terre Sainte, [l'ennemi] scé-

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