Comte Couret, op. cit., p
Icrat est venu pour détruire même la ville de Dieu : Jérusalem.
Un génie malfaisant a surgi avec fureur, pousse par la folie, la haine, l'épée en main, détruisant avec les glaives meurtriers les villes divines, les bourgades.
[Manque la strophe H.]
Là [habitaient] des sei'viteurs du Christ de toute nation ; dès qu'ils AÏrcnt l'approche de l'ennemi, ils se réfugièrent dans la ville.
^ Pleurez les générations des chrétiens saints, de la sainte Jérusalem détruite.
Car un peuple saint occupait [Jérusalem] ; ayant abandonné SCS villes propres, ayant délaissé ses propres demeures, il habitait là pour l'amour du Christ.
Un aiguillon puissant, l'aiguillon du Fils de Dieu, le pressait, en effet, d'accourir hors de sa patrie dans la ville de Jérusalem.
[Le Christ] assuma le joug même de la mort et accepta d'être la brebis des mortels, ayant été attaché par des cloUs, sur une croix, pour sauver tout le genre humain.
Mais avec les signes de victoire, sublime, il surgit du sépulcre, ayant foulé aux pieds la puissance de la mort, aj-^ant délivré du trépas les mortels.
* O Christ, bienheureux protecteur, irrite-toi contre les Médes, parce qu'ils ont détruit la ville qui t'était douce.
Là, ayant renoncé à la loi du mariage, jeunes gens, femmes, habitaient la cité comme [si c'eût été] le ciel, apparaissant comme les anges de la terre :
[Tous], étranger, indigène de la viUe, poursuivant l'amitié de Dieu, chérissant la ville de Dieu, vivent en dehors des passions.
Aussi, dès qu'ils virent présent le Parthe avec les Hébreux ses amis, ils cou 'urent aussitôt et fermèrent de concert les portes de la ville.
Puis tous ensemble ils levèrent vers le ciel leurs mains très pures, criant vers le Seigneur Christ pour qu'il combattît en faveur de sa. propre cité.
< L'objet des vœux de tous les hommes qui vivent sur la terre a péri : ils ont subi le sort déplorable de la ville céleste.
Ija Prise de Jérusalem par les Perses 203
Au sommet de la moutagne, les habitants enfermés dans les murs sont sans crainte, et tous ceux qui participèrent à la lutte ne conçurent que de faibles alarmes.
Prennes, résolus, avec des grêles de jîierre et de traits, ils repoussèrent loin de leurs puissantes murailles le Mode qui s'approchait.
Alors le Perse, l'esprit furieux, en barbare que certes il était, après d'innombrables combats, eut recours aux machines de guerre.
Sous toute l'enceinte de la muraille, aj'ant placé la tlanmii.-, les mangonneaux, les corps de troupe, il renversa le fort rempart et s'établit dans la ville.
^ O Christ ! puisses-tu dompter par la main des chrétiens les enfants infortunés de la Perse qui enfante pour le malheur.
Brandissant le glaive meurtrier, il égorgea la multitude des mortels : citoj^ens saints, purs, vieillards aux cheveux blancs, enfants, femmes.
Accomplissant son cruel forfait, il pilla la ville sainte, et de la flamme ardente, il embrasa les Saints Lieux du Christ.
Ayant proféré des cris d'imprécation contre Dieu, le Dieu qui jadis souffrit en ce lieu même, et ayant ravi les saintes dépouilles avec cette proie, il s'éloigna...
[Manque la strophe 12.]
• O Clirist, donne-nous de voir bientôt, en représailles de la ruine des Lieux Saints, la Perse consumée par l'incendie.
Nous pouvons ajouter à ces lamentations un récit d'une tendance plus historique, rédigé à une date très voisine de l'événement par un moine du couvent de Saint-Sabas, près de Jérusalem, lequel paraît avoir été prisonnier des Perses. Ce récit aurait été traduit du grec en arabe, s'il fallait ajouter foi à une note du manuscrit qui le contient. (Bibl. nationale, fonds arabe, n" 262, — ancien fonds arabe, n" 154, fol 140-153.) Ce texte aurait évidemment beaucoup à gagner à la forte macération critique à laquelle il devra être soumis, jusqu'à ce que tous les détails qu'il contient aient été vérifici.
'i04 Les Mariyrt
PBISF. DE .TÉRUSALKM PAR LES PERSES.
Nous commencerons avec l'aide de Dieu et sa belle assistance Il écrire l'histoire de la destruction de Jérusalem.
Un saint moine raconta comme suit la conquête de Jérusalem, la prise de la Croix, et le pillage des vases des églises :
Les Perses firent prisonniers le patriarche et beaucoup de sujets à l'époque où la mauvaise conduite des habitants en fait de libertinage et d'adultère était devenue générale, la crainte de Dieu bannie des cœurs de la foule, et le mensonge et la trahison fréquents. Ainsi Dieu, qui ne désire pas la perte des pécheurs mais leur salut, fit régner sur les habitants, comme verge correctrice, les Perses. Ceux-ci battirent l'armée romaine, s'emparèrent des provinces de la S5Tie et conquirent ville par ville, contrée par contrée, jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés au cœur de la Palestine, à Césarée, la mère des villes. Là, ils donnèrent un sauf-coqduit aux habitants et se rendirent à Arsoûf et sur toutes les côtes, et, comme un tison de feu, ils s'emparèrent de toutes les cités jusqu'à Jérusalem. Ils tuèrent des gens innombrables comme le prophète a dit : « Dieu m'a châtié, mais il ne m'a pas livré à la mort. » Qui ne pleurera sur la capture des prêtres et la destruction des églises ? Ensuite ils prirent les saints moines, ce qui était la cause du salut du monde, comme le monde avait été sauvé par la prise du prophète Daniel et de ses trois jeunes gens. Lorsque l'ennemi eut amené ces moines devant le gouverneur, celui-ci ordonna de les enchaîner, afin d'apprendre par eux quel serait le sort de la ville ; en effet, tous les jours il posait cette question : « 0 vous, les moines, aurai-je la victoire sur cette ville ou non ? » Les moines répondaient : « O toi, le malheureux ! ton effort est vain, parce que Dieu protège cette ville. »
En A'Oj'ant le sanctuaire et les couvents autour, les grands dignitaires perses désirèrent la paix ; le patriarche de même, Zacharie, voulait la paix pour sauver les sujets et pour consen'er ces endroits saints, parce qu'il connaissait les péchés du peuple ; mais les habitants de la ville se rassemblèrent et lui dirent : « Ceci n'est pas bien, peut-être es-tu l'ami des Perses, car, autre-
La Prise de Jérusalem par les Perses 205
ment, comment voudrais-tu faire la paix avec des gens qui ne craignent pas Dieu ? » Le patriarche, en entendant leurs paroles, pleura sur la perte des sujets, et. par crainte, leur dit : « Vous connaissez mieux ce que vous avez à faire. » Puis il pleura et dit : « Je suis innocent du sang de ces hommes, Dieu est puissant, peut-être anéantira-t-il la force de l'ennemi. »
Comme les habitants n'avaient pas accepté la paix, le patriarche conseilla autre chose : il demanda à un moine du couvent de Davalis de réunir les troupes romaines qui étaient à Jéricho. Quelques jours après, les moines (emprisonnés', voyant par la pensée que la ville ne pouvait manquer d'être détruite, poussèrent des gémissements et couvrirent leurs visages, et, lorsque les Perses eurent posé de nouveau la question, répondirent : « Pour nos péchés, Dieu nous a livrés en vos mains. » Alors les Perses les relâchèrent et ils entrèrent dans la ville. Les habitants dirent aux moines : « Pourquoi ne nous avez-vous pas dit que la ville serait détruite? » Ceux-ci répondirent : « Nous ne sommes pas des prophètes ; seulement, lorsque les Perses nous eurent fait sortir de nos grottes, ils nous conduisirent à Jérusalem, et là nous vîmes sur chaque citadelle de la ville un ange qui tenait dans la main une épée de feu; c'est ainsi que nous sûmes que Dieu était avec nous. Mais lorsque vous avez abandonné l'obéissance de Dieu et que vous avez commis de mauvaises actions. Dieu vit la méchanceté de vos actes et fit tomber le feu sur Sion et le meurtre sur la population, et un ange descendit du ciel, se rendit auprès des anges qui se tenaient sur les citadelles, et leur dit : « Allez-vous-en, car Dieu a livré cette ville dans la main de l'ennemi ! » Pourtant Dieu ne nous a pas abandonnés, il nous a seulement châtiés, comme l'a dit le prophète David : « J'ai supporté avec patience le châtiment du Seigneur, et celui-ci a eu pitié de moi ^); et ailleurs : « Heureux l'homme qui supporte avec patience les calamités, car il prendra la couronne de la vie ! » Les moines enseignaient aux habitants la bonne parole et dissipaient la tristesse de leurs cœurs.
Il y avait dans le couvent de Saint-Sabas un autre moine qui s'appelait Johau. Il avait un disciple qui lui dit : « O mon pèrel je sais avec certitude que tout ce que tu demandes à Dieu il te le donne; mais je suis ton unique disciple, je te prie
donc de me faire connaître si la ville sera détruite et les habitants faits prisonniers. » Le moine répondit : « Qui suis-je. moi, le pécheur, pour que tu me demandes une chose pareille ? » Mais le disciple insista en pleurant, et le moine lui dit : « Je te fais savoir, ô mon fils, que j'ai vu, il y a cinq jours, comme si un homme m'avait transporté devant le Golgotha, et la foule criait : « O Seigneur, aie pitié de nous ! » Puis j'ai vu le Christ qui se tenait sur la croix, pendant que Marie intercédait en faveur des créatures ; mais lui disait : « Je n'écouterai pas leur prière, parce qu'ils ont profané mon sanctuaire ! » Nous nous écriâmes alors en pleurant : « Aie pitié. Seigneur ! » et nous montâmes vers le temple de Constantin. Moi je levai la tête pour regarder du côté de la croix. »
Or, pendant que le moine racontait tout cela à son disciple, les Perses vinrent et le tuèrent ; le disciple eut le temps de se sauver. Puis il revint, pleura la mort de son maître, et l'ensevelit dans le cimetière des saints.
Quant aux armées romaines, elles s'étaient enfuies, et le moine resta seul, mais Dieu le protégea, et il put arriver jusqu'à Jéricho.
Les Perses, en apprenant que les habitants ne voulaient pas la paix, se ravisèrent et dressèrent des machines de guerre contre les citadelles. Le commencement du combat eut lieu le treize du mois dans l'an quatre du règne d'Héraclius, et se prolongea pendant vingt jours ' ; puis les murs furent détruits par /es machines de guerre, et les Perses entrèrent dans la ville avec une grande colère. Les sentinelles s'enfuirent et se cachèrent dans les montagnes et les grottes ; beaucoup d'entre eux cherchèrent un refuge dans les églises, où les Perses entrèrent comme des lions, en grinçant des dents et en tuant tous ceux qu'ils y rencontraient, sans miséricorde. — Et le sanctuaire céleste pleurait sur ie sanctuaire terrestre, et la preuve en est dans ce qu'il y avait, ce jour-là, dans la ville, de grandes ténèbies, comme cela eut lieu lors de la crucifixion du Pur [Sauveur]. — Et ils égorgeaient
1. Celle dale cliH'ère entre le mois de mai (26) et le mois de juillet £hez les récents historiens du siège.
La Prise, de Jérasaiem par les Perses 207
les vieillards comme on égorge les bêtes ; toate la communauté but cette coupe ; ils fauchaient les humains comme on fauche la paille ; les églises de Dieu étaient détruites, et l'ennemi crachait sur les sacrifices qui se trouvaient sur les autels et foulaient aux pieds les croix. Le châtiment atteignit les prêtres, et la mort frappa les vieillards et les petits enfants ; le sang coulait comme un torrent, et la désolation était grande à Jérusalem. Etant donné que les épées des Perses étaient tirées contre ceux qui n'ont jamais trompé et trahi, elles frappaient les prêtres sur les autels, et celui qui élevait le sacrifice vers le ciel était tué sur-le-champ.
Lorsque les Perses apprirent que beaucoup de gens s'étaient cachés dans les lieux secrets, ils proclamèrent que tous ceux qui se montreraient auraient la vie sauve. Alors ceux qui s'étaient cachés reparurent ; mais beaucoup d'entre eux étaient morts de ténèbres [d'angoisse?], de faim et de froid, au point que les lieux où ils étaient devinrent empestés. Le Cadi s'informa de leurs occupations, et chacun d'eux le renseigna sur ce qu'il faisait. Il prit alors les meilleurs d'entre eux et les envoya en Perse, et mit ceux qui restaient dans un étang (citerne ?) qui se trouvait hors de la ville à une distance du vol d'une flèche, où il plaça des gardes, afin de les surveiller. Le nombre de ceux qui étaient réunis dans l'étang était si grand qu'ils s'écrasaient les uns les autres ; les femmes étaient entassées sur les hommes à cause du manque de place, comme les bestiaux qu'on mène à l'abattoir, et la douleur les brûlait comme le feu. Ainsi mouraient-ils sans être tués et cherchaient-ils la mort comme l'homme cherche la vie ; ils criaient : « 0 Seigneur ! fais-nous voir ta miséricorde et sauve-nous du châtiment dans lequel nous nous trouvons, car la mort nous est préférable à la faim et à la soif ! )) Et, en effet, Dieu exauça leur prière.
Les Juifs, en voyant que les chrétiens étaient livrés aux mains des Perses, s'en réjouirent et conçurent une mauvaise pensée. Profitant de la grande influence qu'ils avaient sur les Perses, ils s'avancèrent vers l'étang et dirent : « Quiconque veut devenir Juif, qu'il monte vers nous : nous le rachèterons des Perses 1 » Mais personne ne se montra, ce qui fâcha beaucoup les Juifs ; aussi achetèrent-ils beaucoup de chrétiens qu'ils
égorgèrent comme des bestiaux — les chrétiens étant joyeux de mourir pour le nom du Christ — et renversèreut-ils les églises. Voici comment a été détruite la ville de Jérusalem. Cependant nous nous réjouissons et disons : « Nous avons mérité tout ce qui nous est arrivé, que le nom du Seigneur soit béni à tout jamais ! car il n'a pas abandonné nos âmes dans la perdition, il nous a seulement ramenés à la pénitence. Nous nous rappellerons toujours l'état où nous étions. »
Ecoutez encore :
Il y avait un couvent près de la montagne des Oliviers. Les Perses y entrèrent et en firent sortir quatre cents nonnes, vierges, ils se les partagèrent entre eux et se livrèrent à la débauche. Un jeune homme perse se rapprochait d'une nonne, celle-ci lui dit : « 0 jeune homme ! laisse-moi ma virginité, et je te donnerai une huile qui te servira à la guerre : partout où tu te frotteras avec cette huile, l'épée ne laissera pas de trace. » Le jeune homme consentit à prendre l'huile, tout en satisfaisant au désir de la nonne. Alors elle lui dit : « Frotte ton cou avec cette huile, et laisse-moi te frapper avec l'épée, afin que tu saches l'exactitude de mes paroles. — Non, dit-il, frotte le tien ! » Or c'était ce qu'elle voulait : elle préférait mourir que de perdre son innocence. En efiet, le jeune homme prit l'épée, la frappa, et, voyant sa tête tomber par terre, il dit . « Cette nonne aimait son àme et préférait la couronne du martyre. » Les autres nonnes qui étaient avec elle, en apprenant son acte, l'imitèrent, se livrèrent à la mort et subirent le martyre ' .
Les Perses firent sortir ensuite le patriarche de Sion. Celuici s'assit alors dans la montagne des Oliviers, au milieu des prisonniers, à qui il dit en soupirant : « Tout ce qui a été écrit au sujet de Jérusalem s'est accompli ! » Les prisonniers levèrent leurs mains vers le ciel, en s'écriant : « O Seigneur, aie pitié de ton sanctuaire. Jérusalem, de tes autels et de tes églises I Retiens ta colère et regarde comme tes ennemis se réjouissent ! O Seigneur, ne nous châtie pas avec ta colère, mais avec ta mi-
1 . Il paraît toutefois assez peu probable qu'elles aient réédité sur quatre cents soldats la suptrcherie passrtblfinenl enfantine de lem compagne.
La Prise de Jérusalem par les Perses 209
séricorde ! En effet, nous avons péché, mais ne nous punis pas, afin que tes ennemis ne disent pas : a Où est votre Dieu? où est votre Croix? » Le patriarche leur fit signe de se taire, et il dit: « Béni soit le Seigneur qui vous a infligé cette correction ! Notre- Seigneur Jésus-Christ aété sur la croix pour notre salut: ne vous affligez pas et ne désespérez pas, car vous avezlarme qui ne se gâte point, c'est la sainte Croix ; ainsi celui qui soufl"rira avec patience jusqu'à la fin aura son salut, car les anges, les martyis et les saints sont avec nous, ils combattront pour nous et demanderont à Dieu notre grâce. Béni soit Dieu qui ne nous a pas abandonnés ! que son nom soit loué à tout jamais ! Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit : Ne craignez point ceux qui tuent le corps ; craignez ceux qui tuent le corps en même temps que l'âme. Priez donc Dieu avec cœur, peut-être vous sauvera-t-il de l'ennemi, car sa miséricorde est grande comme le sable de la mer si vous vous affligez un peu. »
Après avoir achevé de parler, le patriarche se tourna du côté de l'Orient, fit la prière et dit : « Béni soit Notre-Seigneur Jésus-Christ ! » puis il étendit les mains et dit : « Que la paix soit sur toi, ô Sion Que la paix soit sur toi, ô Jérusalem I J'espère en Dieu que je te reverrai une autre fois.» Les Perses vinrent, prirent le patriarche et l'entraînèrent comme on entraîne l'agneau à 1 abattoir; lui se tourna et dit: « Adieu tous les Lieux saints ! Amen ! » Tous les prisonniers répondirent : « Amen », et descendirent de la montagne des Oliviers pour se diriger vers le chemin de Jéricho et du Jourdain.
Il y avait parmi les prisonniers un saint homme, diacre d'une Eglise nommé Eusèbe. Il avait deux filles très jolies, dont l'une avait dix ans, et l'autre huit ans. Les Perses prirent les deux jeunes filles et leur ordonnèrent de se prosterner devant le feu; mais le père leur faisait signe de ne point le faire. L'ennemi se fâcha, tira son épée et tua l'aînée, qui prit la couronne du martyre t ensuite il fit venir la cadette, qui refusa également bien qu'elle fût déjà efî'rayée de la mort de sa sœur : elle fut aussi tuée. Le père en était très joyeux, et il se mit à se moquer de l'ennemi et lui dit : « Tu as été fort avec des enfants, mais tu ne pourras rien contre le père. » Alors l'ennemi donna l'ordre d'allumer un feu , de ligotter le malheureux père et
UBS MMtTYRS. — T. IV, H
le fit jeter dans le feu ; ainsi se consomma son martyre.
Il y avait aussi parmi les prisonniers deux frères qui s'aimaient beaucoup ; ils étaient nés dans la même heure et avaient tous les deux douze ans. Or, les Perses les séparèrent l'un de l'autre. Un jour, un des frères vit de loin un prisonnier et se mit à crier : « Je te conjure de me dire si tu es .Térusalémite I — Oui », répondit-il. — Ce prisonnier était à cheval en compagnie de ses gardiens qui marchaient au galop : « Arrête, ditil, afin que je puisse voir ton visage, cela me consolera. — Je ae suis point maître de moi-même, lui répondit-il ; va, mon frère, que la paix de Dieu .soit sur toi I Dieu me fera voir ton visage une autre fois. »
Les Perses nous enfermèrent, en arrivant sur la terre persane, dans une grande maison au seuil de laquelle ils avaient mis la Croix du Christ, et nous firent sortir de manière à la fouler aux pieds, en tuant ceux qui refusaient de marcher ; en effet, la plupart des prisonniers furent tués et devinrent martyrs. Le patriarche Zacharie demanda aux Perses d'accorder aux prisonniers un moment de répit pour qu'ils pussent se reposer, ce qui lui fut accordé. Alors il réunit les diacres et les moines, se mit au milieu d'eux, .se prosterna du côté de l'Orient — les diacres et les moines en firent autant — et ordonna de réciter trois psaumes : le psaume cent, le psaume vingt et un et le psaume dix-neuf ; puis il s'arrêta, se mit à pleurer, et en leur faisant voir le fleuve persan, il dit : « Sur le fleuve de Babylone nous étions assis et nous pleurions au souvenir de Sion. Que notre main droite soit desséchée si nous t'oublions, 6 Sion ! » Tout le monde se mit à pleurer. Puis il donna l'ordre de réunir les enfants de 5 à 12 ans qui étaient au nombre de 3000, et leur dit de crier à haute voix ; « O Seigneur, aie pitié ! » pendant que lui-même levait les mains et les yeux vers le ciel et disait : « Sauve-nous, ô Seigneur ! Nous sommes venus nous-mêmes, et nous avons fait venir ces agneaux pour prier : exauce-les et pardonne-leur, car leurs cœurs sont purs, et ne regarde pas nos péchés. Rappelle-toi, ô Seigneur I ces enfants, tes églises, la ville sainte de Sion et ce que les ennemis ont fait avec ta Croix! Rappelle-toi où est le tombeau (de Jésus), car lui a (la propriété) de pardonner à tes serviteurs et d'avoir pitié d'eux ;
La Prise de Jérusalem par les Perses 211
il est vrai que nos actions ne sont pas bonnes devant toi. Exauce, ô Seigneur, la prière de tes serviteurs, qui sont dans le désespoir ! Nous sommes devant l'ennemi, et toi tu viens en aide à tous ceux qui cherchent un refuge auprès de toi. » Aussitôt que nous et nos enfants eûmes adressé cette prière à Dieu, le roi des Perses s'écria qu'il n'imposait à personne l'adoration des idoles. Ainsi tenons ferme la Croix, car elle est notre force, et demandons assistance à Notre-Seigneur Jésus- Christ !
Le roi des Perses assembla ses conseillers, les mages, les sorciers et les astrologues, et leur dit : « Certes, la puissance du feu nous a livré la grande ville des chrétiens, Jérusalem, et la Croix devant laquelle ils se prosternent ; regardez donc ce que vous avez à faire avec les chrétiens, et, si vous arrivez à les convaincre, je vous donnerai de beaux présents. » Puis on fit venir devant le roi le patriarche, qui regardait la Croix pour implorer son secours. Un mage dit: « Je sais ce que tu as fait hier et ce que tu veux faire aujourd'hui. » Le patriarche dit alors au roi : « Il ne convient pas à tes serviteurs d'être frivoles devant toi et de mentir. » Le roi jura devant le leu que si le mage mentait, il ordonnerait de le tuer, mais que s'il disait la vérité, il ferait tuer le patriarche, le chef des chrétiens. Ce dernier prit alors le bâton que le mage tenait dans la main et leur dit : « Ton épée est-elle dans ton bâton ou non ? » Le mage fut embarrassé dans la réponse et se tut. Le roi donna l'ordre de le tuer. A partir de ce temps, personne parmi les mages n'osait plus approcher de la Croix par crainte.
Un moine nommé Siméon séduisit une jeune fille des servantes du roi. Cette jeune fille était une chrétienne qui honorait la Croix et respectait beaucoup le patriarche, à qui elle envoyait de grands présents. Puis elle mit au monde un garçon, et lorsque celui-ci eut l'âge de quinze jours on donna à cette fille beaucoup d'argent et on lui apprit à dire que le patriarche avait eu commerce avec elle, et que l'enfant était de lui. Le patriarche, en apprenant cela, prit l'enfant dans ses bras, fît un signe de croix sur sa bouche, et lui dit : « Au nom de Jésus- Christ, dis à cette foule s'il est vrai que je suis ton père 1 » L'enfant répondit ; « Non, tu n'es pas mon père I » Tous les
assistants furent émerveillés, et le respect du roi pour le patriarche s'augmenta ; il le considérait comme son fils.
Un homme des nobles de la royauté apprit au patriarche que sa femme était stérile; celui-ci pria pour lui et lui donna un liquide en disant : « Ordonne à ta femme de boire ceci et de s'en laver le visage » ; mais la femme, en apprenant que cela venait du patriarche, le fit jeter. Lorsque son mari revint, il trouva deux branches odorantes qui avaient pousé à l'endroit où le liquide avait été jeté : ainsi apprirent-ils que, si elle l'avait bu, elle aurait eu deux enfants. La femme se repentait, mais elle continua d'être stérile.
Après un long séjour sur la terre perse, le patriarche écrivit à ceux qui étaient restés à Jérusalem un message dans lequel il leur adressa des recommandations, des exhortations et des consolations *, afin qu'ils ne se disent pas en eux-mêmes que les prisonniers avaient péri.
Il y avait un homme nommé Thomas qui racontait que, en ensevelissant ceux qui avaient été tués, lui et sa femme les avaient comptés. Il dit :
De V Autel Saint-Georges, il y en avait 7 ; de la Maison de la Foi, 18 ; de Djabab (?A 250 ; de Véglise Sainte-Sophie, 866 ; du couvent Kesman et Damien, 2,112 ; de la Croix, 70 ; de la Maison de la Résurrection, 212; de la place publique, 32 ; de la rue Samanarka (?) 723 ; de la Maison Saint-Mars, 1407; du côté occidental de Sion, 197 ; de El-Ibrounatik {'h, 2,107 ; delà Maison Saint-Jacob, 1700 ; de Golgoiha, 308 ; de Kabaîl (?), 8,111 ; de Bakharoun (?), 1,708; de la Source de la Consolation, 2313; de Namilla (?), 24,518 ; de la Ville d'Or, 1,202 ; du couvent Saint- Joh, 4,250 ; de Hercanien-leRoi i?i, 167 ; de la montagne des Oliviers, 1,207 ; de la petite place publique, 102 ; de la grande place publique, 417 ; de Véglise Saint-Séraphin, 38 ; et devant le Golgotha, 80 ; des grottes, des montagnes et des iardins, 6.807 ; de la ruine de David, 2,210 ; de l'intérieur de la
1. Zachariae hierosolymitani epistola, P. G., t. LXXXVI, col. 3230-
La Prise de Jérusalem par Les Perses 213
ville, 265 ; de Vendroit où se trouve la miiraille, 1.800. Le total ries tués par les Perses à Jérusalem était de 62.455 *.
La grande Croix fut rendue à Jérusalem par Héraclius. Le roi des Perses fut attaqué par son propre fils, qui le tua et régna à sa place. Héraclius, l'empereur romain, vint en Perse, tua des milliers d'hommes, prit beaucoup de villes et délivra les prisonniers ; les Perses fuyaient devant lui.
Dix-neuf ans plus tard, régnait en Perse un homme qui était en paix avec Rome ; c'est lui qui envoya à Héraclius la glande Croix et beaucoup de présents. Ce qui est étonnant, c'esl que Dieu avait gardé l'arche sainte des Israélites et n'avait pas abandonné la grande Croix. Gloire à Dieu à tout jamais ! Puisse sa miséricorde, la puissance de la grande Croix, l'intercession de la Vierge, la mère de la lumière et tous les saints être avec nous. Amen.
Note. — M. le comte Courel donne en note une traduction de ce paragraphe due au R. P. Rhéthoré, O. P. ; la voici :
« De Y Autel Saint-Georges, il y en avait 7 ; de la Maison dr la Pénitence, 18; deEl-Habab (?), 250; deïauteld'El-Yinat (?)• de l'église Sainte-Sophie, 399 morts ; du couvent Qazman et Damien (SS. Cosme et Damien), 2,112 ; de la Croix, 10 ; de la Maison de la Résurrection, 212 ; de la place publique, 32 ; do quartier Semounqa (?), 723 ; de la Maison de Saint-Marc, 1,407 ; du côté occidental de Sion, 197 " ; de El-Ibroabatiki (Fontaine Probatique), 2,107 ; delà Maison de Jacques, 1,100 ; du Golgotha, 308 ; de El-Qabâïl (?;, 8,111 ; de El-Bakhâroun (quartiers des parfumeurs??), 1.078 ; de la Fontaine de Silouan (Fontaine de Siloë), 2.313 ; de Mamilla (Birket et cimetière Mamilla), 24,518 ; de la Ville d'Or (la Porte Dorée?), 1,202; du couvent de Saint- Jean, 4,250 ; de Djerqounioun le Roi (?), 167 ; de la montagne des Oliviers, 1,207 ; de Matroumàt de la Résurrection '*, 83 ; de