CHAPITRE XIII
d'une autre enquête tenue avec les principaux
DES prisonniers.
Or, au jour suivant, qui était le 8 de juillet, l'on a fait interrogatoire et examen bien plus âpre et exact qu'au
Or, au un
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précédent, non toutefois de tous, mais seulement de ceux qui semblaient les plus capables, parce que l'on pensait que ceux-là, étant vaincus et repoussés de leur opinion, les autres se rangeraient à leur avis et jugement. Ces choisis et séparés, pour être plus exactement enquis, furent les curés Léonard et Nicolas, et puis des frères mineurs, le gardien, le vicaire et Godefroy de Mervelle, et avec eux les deux religieux de Prémontré. Ces sept donc étant liés, sont derechef menés en la prison, à la maison de la ville, où ils sont représentés en la chambre du conseil pour être examinés. Cela fut après midi, d'autant que ceux qui avaient la charge et commission de faire cet examen, auraient meilleur courage à entrer en un tel combat après avoir bien et joliment banqueté. A cet examen furent députés deux ministres, pour le faire derechef en la présence du comte de Lummé, accompagné de quelques gentilshommes de sa faction. Etait aussi présent Jean Duvenvorde, bourgmestre et trésorier de la ville, homme qui n'était pas des plus méchants, ni de mauvais entendement. Le greffier aussi fut commandé d'y être, pour recevoir et écrire en diligence les dits et réponses des prisonniers. Il y avait aussi deux frères germains du gardien, à la sollicitation desquels ce second examen avait été ordonné. Car ils espéraient par ce moyen recouvrer leur frère avec ses compagnons : encore qu'ils eussent appris par plusieurs expériences qu'il ne voulait être délivré sans eux, encore que sa possession de la foi catholique lui fût permise libre et franche. Le premier et le principal chef de tous les articles fut de savoir ce qu'ils sentaient du pape de Rome, et s'ils n'étaient pas prêts et résolus d'y renoncer. Car Lummé (comme presque tous les hérétiques) le haïssait mortellement, et n'était guère moins passionné à l'encontre de tous ceux qui révéraient le pape comme père, chef et prince souverain de l'Eglise. Quoi qu'il en soit, il avait conclu (comme le bruit courait)
de faire mourir tous ceux qui tenaierrt cette opinion. Ces examinateurs commis ne se donnaient pas tant de soin d'attirer les prisonniers à leur secte, à savoir la calvinienne, que de les induire à renoncer à leur chef. Car leur maître, qui est Satan, savait assez que cela seul est suffisant pour la ruine et perdition des âmes, et qu'il ne se souciait pas beaucoup quelle secte ou religion l'homme suive, pourvu qu'il ne se trouve pas en la société, à laquelle le sauveur a commis un pasteur et chef en terre, afin que sous son autorité, et par son ministère, la sincérité de la foi et la dilection des fidèles plus exactement gardée puisse empêcher toute ocasion, et couper la racine à toute sorte de schisme et erreur. A laquelle Église et communion des chrétiens quiconque est trouvé contraire, à quelque religion, ordre ou qualité de vie que ce soit, le prince des ténèbres assurément le tient sous le joug de son empire et domination. Or, quant à ceux qui avaient la commission de vaquer à cet examen, l'un était marinier de Gorcom, nommé Cornille, excellent ivrogne, lequel, outre la haine et malveillance qu'il avait conçue en général contre tous les catholiques, en avait une particulière et capitale contre les pasteurs et moines de Gorcom. Et encore qu'il fût du tout ignorant en la langue latine, toutefois son audace et impudence, avec sa promptitude de langue, accoutumée à invectives et médisances, l'avaient rendu assez capable pour entre les rebelles et ennemis de l'Eglise servir de ministre et prédicant. Quand celui-là voyait, en examinant ces martyrs, n'être possible de faire aucune brèche à leur constance, il disait et réitérait souvent ces mots : « Pendez-les seulement, pendez-les », imitant en cela l'exemple de ceux qui s'écriant demandaient que le prince des martyrs et président des combats, Jésus-Christ, fût mis à mort, et disaient : « Crucifiez-le, crucifiez-le. » L'autre était André de nom, qui paraissait un peu plus savant, mais guère plus sage
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et avisé. Il avait été pasteur de l'église de Sainte-Catherine, à Brile. Mais lorsque la ville fut occupée par les Gueux, lui qui était homme léger, pour éviter le péril de son corps et de ses commodités, a changé de prince et de religion, et s'est offert aux nouveaux hôtes pour ministre et prédicant de la nouvelle secte. Pour cette occasion, il sollicite les prisonniers, tant par son exemple encore tout récent que par telles paroles qu'il peut, de renoncer à l'autorité du pape, et en ce faisant, il leur promet qu'ils seraient délivrés du danger de mort, qui leur était très imminent. A ces belles promesses et doux attraits le père gardien Nicolas répondit avec une grande liberté d'esprit et force de courage, en la présence du comte et de tous les assistants : « Comment est-il possible qu'il puisse entrer en mon entendement que, poussé de l'amour de cette vie, je laisse ma foi vraie et catholique, pourembrasser votre fausse et hérétique opinion? » Le curé Léonard, aussi commandé de renoncer à l'autorité du pape, l'a constamment refusé, disant pour réponse ces mots : « L'on dit communément entre vous que la foi doit être libre, et qu'il n'est raisonnable de forcer aucun, ni faire aucune violence pour la religion. Pour quelle raison donc me voulez-vous contraindre, contre les règles de votre secte, que je laisse et quitte, contre ma conscience, la foi quejusques à présent j'ai maintenue et suivie? Quant à moi, je suis prêt de soutenir contre vous ma religion, à la charge que si vous me pouvez convaincre d'erreur, je me rangerai à votre avis, comme aussi par semblable raison, si nous obtenons la victoire, vous serez tenus de souscrire à notre religion, dont j'ai bonne confiance, pourvu que le temps et le lieu nous soit libre et opportun. Car je ne le pense pas ici être assez commode et à propos. » Voilà ce qu'a dit le pasteur Léonard.