‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 114 sur 133 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

d'un commissaire envoyé de gorcom a brile, pour solliciter l'affaire des captifs.

Cependant que ces méchants actes se commettent en la ville de Brile, les catholiques de Gorcom travaillaient avec grande diligence pour délivrer les captifs. Nous avons dit que le conseil de la ville de Gorcom avait envoyé quelques lettres au prince d'Orange, par lesquelles l'on le priait de commander et d'ordonner la délivrance des ecclésiastiques prisonniers. Il est advenu que le septième jour de juillet ont été apportées à Gorcom lettres du prince d'Orange, adressées à tous gouverneurs de villes et autres lieux, contenant mandement exprès de tenir tous ecclésiastiques en pareille sauvegarde, sûreté et privilège, que tout le reste du peuple, sous la foi publique, avec défense de faire aucun ennui ou fâcherie aux ecclésiastiques, religieux ou autres de quelque profession qu'ils fussent. Ces lettres sont mises es mains du capitaine Marin, comme gouverneur de la citadelle de Gorcom. Desquelles se réservant l'original, il envoie une copie authentique au comte de Lummé et ce par un jurisconsulte catholique, qui avait un grand désir et soin de la délivrance des prisonniers. Et, de fait, le lendemain de grand matin s'embarqua, et à force de rames s'en alla à toute diligence à Brile, portant lettres de commission du magistrat de Gorcom, avec la copie de celle du prince d'Orange; et arriva à Brile sur le soir, après que le deuxième examen des martyrs eût été parachevé. Il avait charge et mandement exprès de solliciter de la part du magistrat, et de tout le peuple de Gorcom, envers le comte de Lummé, pour la délivrance de tous

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les captifs, et principalement de maître Léonard, premier curé de la ville, duquel aussi la sœur, munie d'une ardente et incroyable affection et soin pour son frère, était prête de composer pour sa rançon la somme de dix mille florins, la prétendant recouvrer par tous les endroits que faire se pourrait. Ce député, introduit vers le comte, est sommé premièrement d'exhiber son passeport. Il l'exhibe, écrit et intitulé par le greffier de la ville en ces termes : Monseigneur et Maistre Marin Brant, mande à tous ministres, gouverneurs et officiers de la république quils laissent passer sûrement N. etc. Marin l'avait souscrit de sa main. Quand les gentilshommes, étant près du comte, eurent entendu ce titre, par lequel Marin se qualifiait maître et seigneur, mus et offensés de l'arrogance de cet homme de basse et abjecte condition, et principalement qu'ils soupçonnaient et avaient doute qu'il se voulût usurper la domination et gouvernement perpétuel de cette place, se montraient très mal contents, pour ce que par aventure aucuns d'eux avaient quelque prétention au gouvernement de cette ville. Dont il est advenu que la cause des captifs, que ce député devait recommander de la part du susdit Marin, ait été rendue beaucoup pire qu'auparavant. Il présentait aussi des lettres du magistrat, par lesquelles l'on témoignait que les captifs qui avaient été emmenés de Gorcom étaient tous fort gens de bien, de grande intégrité, et qui n'avaient jamais rien attenté contre la vie et biens d'autrui. Au contraire, qu'ils avaient toujours mérité du public et fait beaucoup de bons otTices à tous les citoyens, tant en général et en public qu'en particulier et privé. Il a aussi présenté la copie des lettres du prince d'Orange, s'adressant aux gouverneurs des villes, pour la protection, sauvegarde et sûreté des prêtres, religieux et moines. Il pressait encore davantage et s'aidait des mots exprès de la convention faite à la reddition de la citadelle de Gor-

com, par laquelle avait été promis aux assiégés, par serment solennel, qu'ils auraient tous la vie sauve, tant ecclésiastiques que séculiers, sans aucune exception. Mais à tout ce qui fut exactement et différemment exposé par le susdit député, le comte répondit d'une colère et véhémence d'esprit cruel et inhumain, en ces termes : Qu'il avait dès longtemps juré la ruine et la mort de tous moines et prêtres, qui seraient amenés en la ville de Brile, et qu'il avait résolu par ce rao3^en de venger la mort des comtes d'Egmont et de Horn, et de plusieurs autres seigneurs et gentilshommes du Pays-Bas, que le duc d'Albe avait inhumainement et tyranniquement fait mourir. Du reste qu'il ne faisait point de cas des lettres et ordonnances du prince d'Orange, qui n'avait aucun commandement sur lui, et qu'il était aussi grand maître que lui, en son Etat et gouvernement. Bref, qu'il ne reconnaît ni le prince d'Orange ni autre quelconque supérieurau commandement duquel il doive être soumis. C'était presque là le sommaire de sa réponse, en laquelle il n'a fait aucune mention des conventions faites à la reddition de la citadelle de Gorcom. Et non sans cause aucuns ont cru que rien n'a tant fait d'empêchement à la libération des captifs que le mandement du prince d'Orange. Car glorieux et superbe qu'il était, n'a pu souffrir que l'on lui parlât de supérieur. Il y avait même différentes opinions entre les gentilshommes, qui étaient à la suite du comte de Lummé. Un, surnommé Treffoing, étant requis par les prières et promesses de ceux qui procuraient et sollicitaient la cause des martyrs, travaillait certainement d'une grande affection et diligence pour leur libération. Au contraire, un certain Brederode ne put jamais être gagné ni fléchi, soit par prières ouargent, pour assister aune cause si juste. Davantage, les volontés et intentions de ceux de Gorcom, qui étaient venus à Brile, étaient aussi contraires. Car les catholiques,

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comme aussi les parents des martyrs (au nombre desquels je mets premièrement les deux frères du gardien) ont fait tout ce qu'il leur a été possible pour exempter tous les captifs du danger de mort. Mais au contraire ceux qui étaient de la faction des Gueux, renversaient par leur vigilance et sollicitation tout le travail et diligence des catholiques, ne tendant à autre effet que de bientôt faire mourir les captifs. Et à cette cause ces bons et affectionnés évangéliques avaient entrepris ce voyage de Gorcom à Brile, et délaissé leurs affaires particulières et domestiques. Desquels citoyens je trouve indigne d'écrire les noms, encore qu'ils me soient assez connus.

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