CHAPITRE XVIII
GOMME LES FRERES DU PÈRE NICOLAS l'oNT VOULU PERSUADER DE RENONCER AU PAPE.
Vers la nuit emmené de la prison en ce logis susdit, ses frères le font asseoir à table : lesquels, afin d'accomplir promptement et en diligence l'effet pour lequel ils étaient assemblés, le pressent en premier lieu par supplications et douces paroles. Ils le sollicitaient par tant de raisons et remontrances qu'ils lui pouvaient représenter, et même par arguments dialectiques, tendant à lui persuader la renonciation requise. Et entre autres choses qu'ils lui proposaient libéralement lui offraient leur maison et table, afin qu'il fût déchargé de tout soin de sa nourriture et vêtements, d'autant qu'ils savaient bien qu'il ne voudrait jamais exercer la fonction de prédicant auprès des sectaires, ni entreprendre autre charge quelconque auprès d'eux, dont il se pût entretenir. Ils ajoutent à leurs offres qu'ils sont prêts à lui apprendre l'art du trafic pour avoir moyen de se nourrir (comme ils disaient) et entretenir honnêtement le reste de sa vie. Le martyr de Jésus-Christ répond aux paroles et offres de ses frères qu'il leur savait bon gré, et se ressentait grandement obligé envers eux d'expérimenter et voir l'effet de l'affection fraternelle qu'ils lui montraient, et
de ce que si libéralement ils lui offraient tout ce qui lui serait nécessaire à l'avenir. Mais néanmoins qu'il aimait bien mieux pâtir pour la gloire de Dieu, et en cette résolution endurer promptement la mort, qu'il faut aussi bien par nécessité de nature subir et passer une autre fois que de s'éloigner ou divertir d'un seul point de la fois catholique, tant soit peu de parole ou d'effet. Et comme ses frères travaillaient par toute manière à lui persuader leur intention, il répond : « Que voulez-vous de moi davantage, mes frères? Trouvez-vous raisonnable, je vous prie, que pour l'amour de vous je me retire de mon Dieu et mon Seigneur, et que je me transporte au parti du diable ? Pour conclusion, tenez pour assuré et très certain qu'il n'y a homme en tout le monde pour l'amour duquel je puisse être mû et induit à faire ce dont vous me requérez. Que Dieu me soit ainsi propice que je le dis. » Ils lui répondent : « Mais non, mon frère, nous ne demandons pas que vous renonciez à Dieu, mais seulement au pape, lequel indubitablement n'est pas Dieu, mais seulement homme. » Et le pressant derechef, en disant : « Êtes-vous si fol et mal avisé de vouloir mourir pour lui, qui ne voudrait à votre occasion endurer mal au bout de son doigt ? Quel gré ou obligation vous en aura-t-il quand vous aurez souffert la mort pour lui? » Ils alléguaient ces considérations et autres semblables, avec le plus grand artifice et véhémence que la chair et le sang leur suggérait, afin de gagner et rendre flexible ce saint homme, ne considérant pas ce qui était de l'esprit de Dieu, mais au contraire formant un scandale à leur frère en la voie de Dieu. Mais Nicolas, fondé sur la pierre, honorant le vicaire et lieutenant en terre, ne put jamais être vaincu ni fléchi par ces mouvements et suggestions, plutôt serpentines que fraternelles, lesquelles n'ont pu faire envers lui qu'il ait voulu, tant peu que ce soit, pianquer à la sincère, entière et libre confession de la foi
Les Martyrs de Gorcum 337
catholique, apostolique et romaine. Mais il répondait encore plus constamment, et résistait à ses frères, leur représentant des raisons et moyens, qu'il puisait de la fontaine et trésor de la science, que Dieu lui avait élargie, par lesquelles leurs subtilités et spécieux prétextes étant repris et réfutés, la vérité fut confirmée avec plus de force et solidité. Car il ne pouvait pas ignorer ce qu'il avait lui-même enseigné aux autres, à savoir, que ce n'était pas assez, pour demeurer en la voie de salut, qu'il confessât et crût la sainte Eglise, qu'il appelle aussi catholique, s'il ne la reconnaît et désigne en particulier par une certaine spécification, en laquelle il doit tâcher d'être trouvé, comme au corps de Jésus-Christ, un vrai et vif membre.