‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 119 sur 133 · COMME LES PRISONNIERS ONT ETE PENDUS, ET PREMIEREMENT LE PÈRE GARDIEN · texte numérisé non relu

COMME LES PRISONNIERS ONT ETE PENDUS, ET PREMIEREMENT LE PÈRE GARDIEN

Les prisonniers étant menés hors la ville, Ton cherche un lieu commode pour l'exécution. L'on vient enfin au monastère de Rugge, appelé de Sainte-Elisabeth, qui avait été possédé par les chanoines réguliers de l'ordre de Saint- Augustin, mais depuis naguères démoli et ruiné par la rage et récente furie des Gueux. Il y avait en ce monastère un grand corps de logis, en forme de grange, propre à mettre et serrer des glayons, dont l'usage est fréquent en ce pays-là. En cet édifice y avait deux poutres, l'une de travers, un peu longue, l'autre plus courte, qui semblaient à ces soldats fort propres pour y pendre et attacher les captifs. Lesquels à l'instant amenés en ce lieu, et arrêtés là, attendant de recevoir la mort pour la défense de la foi catholique, recommandèrent par mutuelles prières et oraisons leur dernier combat à Dieu. Là chacun (selon la mesure de sa doctrine et le talent qu'il pouvait connaître avoir reçu de la grâce de Dieu) se représententl'un à l'autre devantles yeux de l'entendement, l'espérance du royaume céleste et de la rémunération éternelle qui était proche, et s'exhortent par mutuel office à souffrir constamment la mort. Ils sont incontinent dépouillés tous de leurs habits, et mis tout nus. Le premier de tous est le vénérable père Nicolas, gardien. Il embrasse et baise tous ses frères l'un après l'autre, et par ses dernières paroles il les exhorte et prie de combattre virilement et avec une ferme constance pour la foi catholique, jusques au dernier soupir, persistant en l'amitié fraternelle qu'ils ont eue en cette vie, et demeurant

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jusques à la mort en même foi et esprit ; que la dernière heure ne sépare ceux qui jusques à présent ont été joints par une sainte société. Que le temps est proche qu'ils doivent recevoir de la main de Dieu la désirée récompense de leur combat et la couronne de félicité. Il les admoneste de ne perdre par une couardise et lâcheté les couronnes qui leur sont préparées et près d'être mises sur leurs têtes, mais qu'ils les acquièrent et empoignent par le mépris de la mort. Pour conclusion, qu'ils le suivent de même courage et allégresse, qu'ils le verront marcher le premier. En disant ces paroles, il monte joyeux et allègre à l'échelle, continuant toujours ses exhortations, jusques à ce que le conduit de la voix étant étouffé, il eût perdu la parole et rendu son âme à Dieu. Lequel étant pendu et étranglé, Hiérôme, son vicaire, et Nicaise Hefius, avec les curés Léonard et Nicolas, font des bons offices, en exhortant et confirmant leurs compagnons, et munissant l'issue de leur vie. Car, comme, quelques hérétiques là présents, et entre autres un prédicant calviniste, qui d'une intention serpentine était venu là pour épier et séduire les patients sur leur fin, s'adressaient principalement aux plus jeunes religieux, desquels ils s'efforçaient par divers artifices d'ébranler la foi, leur proposant la vie sauve et autres récompenses, s'ils renonçaient à la religion, ceux que nous avons nommés qui étaient les plus doctes s'opposaient aux ministres hérétiques, et prenaient la défense de la cause pour ces plus faibles et moins expérimentés. Ils rejetaient par leurs sages et doctes réponses, comme d'un bouclier, les insidieux dards de leur doux langage. En quoi le père Nicaise a eu grande peine. Car autant de fois que les hérétiques les tentaient par interrogatoires et questions diverses, s'ils voulaient renoncer au pape, et on leur sauverait la vie, le père Nicaise, prenant la parole, leur disait : « Ils ne le veulent pas, ils n'en feront rien,

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ils n'accepteront jamais les oÊfres que vous leur faites : ils ont résolu de vivre et mourir avec nous. » Telles et semblables choses ont été lors dites et faites par le susdit père Nicaise.

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