‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 121 sur 133 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

COMME UN PRÊTRE FRERE MINEUR s'eST AUSSI RENDU A LA PARTIE DES GUEUX.

Il y a encore ici un autre grand défaut et banqueroute faite à Dieu, bien plus triste et déplorable que l'autre, et digne d'être récitée. L'un des Frères mineurs, nommé Guillaume, et Français de nation, comme l'on était sur le point de le pendre, appelant en son langage des soldats aussi français, leur dit qu'il était prêt de quitter la foi catholique selon leur volonté, pourvu que par ce moyen l'on le délivre du danger imminent. Aussitôt qu'il eut proféré ces malheureuses paroles, les soldats lui coupent la corde, par laquelle il était lié par le bras avec un autre, et lui ayant jeté un manteau sur les épaules, mis un chapeau sur la tête et une hallebarde en la main, de peur qu'il ne fût reconnu, ils le tirent clandestinement hors du lieu du supplice. Or quand ce misérable qu'il est fut séparé, de sa propre volonté, de la sainte compagnie de ses frères, il tombe soudainement, comme destitué de la divine assistance et protection, en un profond abîme de maux et péchés. Car peu après, ayant fait un malheureux échange de compagnie, il s'en alla avec les soldats de la faction gueuse et se mit aux gages des rebelles. Et après avoir fait beaucoup de méchancetés dignes des Gueux, enfin deux mois et demi après, le vingt-huitième de septembre, étant convaincu de larcin, il fut pendu et étranglé. Dieu, juste vengeur de l'impiété et abjuration faite à la foi catholique, l'ayant ainsi

permis et ordonné. Un ou deux des autres plus jeunes captifs, ayant une naturelle frayeur de la mort plus véhémente que les autres, priaient les soldats qui étaient près d'eux qu'ils leur coupassent les cordes dont ils étaient liés et qu'ils leur aidassent à les faire secrètement échapper. Mais cela advint sans faire préjudice à la confession de la foi catholique ; aussi ne l'impétrèrent-ils pas. Et pour cela aucun ne se doit émerveiller que nous les avons écrits au nombre des martyrs, encore qu'étant proches du supplice ils eussent quelque désir de vivre et désirassent être délivrés.

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