CHAPITRE XXIV
COMME PÈRE GODEFROY DE MERUEL, SIRE LEONARD ET SIRE GODE- FROY DUNEUS FURENT PENDUS.
Mais venons aux autres, à Godefroy de Meruel, qui, comme on l'élevait en haut pour être pendu; imitant Texemple du Sauveur, s'écria : « Mon Seigneur, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. » Le curé Léonard exhortait toujours ses compagnons. Et comme on l'approcha du supplice, il dit que la mort ne lui était aucunement ennuyeuse, mais qu'il avait encore sa mère vivante, à raison de quoi il se sentait humainement émouvoir, d'autant qu'il savait indubitablement que sitôt que sa mort viendrait à sa connaissance, elle, d'une affection maternelle, serait outre mesure attristée. Comme le curé Léonard, prêt à monter à l'échelle, tardait un peu, l'on dit que Godefroy Duneus (que nous avons dit ci-devant avoir autrefois eu quelque maladie du cerveau) lui dit : « Pourquoi, maître Léonard, n'allez-vous plus vite au banquet qui nous est préparé? Car nous ferons aujourd'hui grande chère au ciel avec Dieu et l'Agneau. » Or,
Les Martyrs de Gorcum 349
comme le même homme pieux montait joyeux à Téchelle après tous les autres, pour être exécuté, certains soldats, plus humains que leurs compagnons, ayant pitié de lui, dirent l'un à l'autre : « Ah ! que cet homme ne soit pendu, car il est du tout innocent, et n'est pas bien à soi. » Mais lui au contraire, enflammé d'un grand désir du martyre et impatient d'un plus long retard, dit : « Je vous prie, hâtez-vous de m'associer avec mes frères, car je vois les cieux ouverts. » L'on dit aussi qu'il tint tels propos à ces soldats : « Je prie, pour l'amour de Dieu, ceux qui penseront avoir reçu quelque offense de moi, me la vouloir pardonner. ))Et comme il eut été étranglé, il semblait que les ministres de ce supplice en aient eu quelque regret. Car ils disaient que, s'ils l'eussent conservé vif, il eût renoncé à la superstition papistique et eût suivi leur opinion, à cette raison qu'il leur avait demandé pardon. Mais cette demande qu'il leur avait faite ne provenait pas de ce qu'il doutât de sa foi, pour la manutention de laquelle étant assez solidement confirmé, a constamment persévéré jusques au dernier soupir.