‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 123 sur 133 · COMME LES SOLDATS ONT TRAITÉ LES CORPS DES MARTYRS PENDUS · texte numérisé non relu

COMME LES SOLDATS ONT TRAITÉ LES CORPS DES MARTYRS PENDUS

Jusques à cette heure nous avons parlé du supplice des martyrs, lesquels tous ont été pendus en une longue poutre, excepté quatre, d'autant qu'en une autre auprès était pendu Godefroy • Duneus, entre le gardien et le frère lai, nommé Cornille. Le quatrième, qui était frère Jacques, religieux de Tordre de Prémontré, a été pendu à une échelle. Du reste, les bourreaux, fort négligents

en leur office, laissèrent en beaucoup d'eux l'exécution imparfaite, ayant été peu soigneux que ceux qu'ils avaient pendus fussent bien étranglés et mourussent plus tôt Car l'un avait la corde jusques en la bouche, qu'il mordait comme un frein ; à l'autre on Tavait mise et serrée sous le bord du menton ; un autre l'avait bien à Tentour de la gorge, mais la corde n'était assez serrée. Au moyen de quoi, le conduit par où l'on respire était plus lentement étouffé, et plus longtemps ils languissaient en extrême tourment. De sorte qu'aucuns d'eux, entre lesquels était le vénérable Nicaise, qui avait la corde jusques dedans la bouche, furent trouvés encore respirants au lendemain, qu'il faisait clair jour. Le frère lai Henri en a été témoin oculaire, lequel les soldats, par moquerie ordinaire à ces gens de guerre, avaient le jour suivant mené avec eux, ayant l'arquebuse sur l'épaule, jusques au lieu du supplice, n'étant à autre intention retourné, que pour repaître leurs yeux et esprits cruels d'un regard et illusion de ces morts, qu'ils avaient tant haïs vifs. Or ils ont employé deux heures de temps à cette exécution. Car Ton avait commencé environ les deux heures après minuit, et dura l'œuvre jusques à quatre. En cette manière donc ces saints personnages ayant constamment souffert le martyre, et s'étant dûment acquittés de leur devoir et publique confession, la nuit d'entre le huitième et neuvième jour de juillet, faisant un échange de cette vie temporelle avec une mort glorieuse, ont rendu leurs âmes à Dieu. Mais les soldats ne peuvent retenir leurs mains sanglantes et meurtrières, sans les souiller par actes barbares et inhumains contre les morts. Car premièrement, ayant dépouillé les corps tout nus, ont usurpéles vêtements. Et non contents de ce, ils ont incontinent commencé à leur couper les oreilles, le nez, les parties honteuses. Ce qui a été fait quasi par tous les corps. L'un disant à

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haute voix : « Il me faut avoir Toreille de ce prêtre » ; l'autre : « Et moi, le nez de ce moine » ; un autre derechef nommant les parties honteuses d'un nom plus éhonté. Par ce moyen un chacun à son plaisir emportait quelque pièce de ces corps morts. Le jeune adolescent Henri a dit et assuré avoir vu commetre ces hontes et vilenies à aucuns corps encore vivants, sitôt qu'ils furent dépouillés nus. Ces mêmes barbares et inhumains, afin de n'omettre aucun de tous les actes d'insolence, attachèrent à leurs chapeaux lesdits membres qu'ils avaient découpés. Dont étant joliment parés sont retournés dans la ville, ornés delà sorte.

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