CHAPITRE XXVI
COMME LES SOLDATS ONT DÉCOUPÉ LA GRAISSE DES CORPS DES MARTYRS POUR LA VENDRE.
Mais puis après la cruauté des soldats contre les morts enflammée de nouveaux flambeaux d'avarice, n'a point cessé. Ils découpent premièrement comme bouchers les corps de presque tous les martyrs ; ils leur ouvrent le ventre ; ils fouillent aux entrailles ; ils cherchent le suif pour l'exposer en vente et en faire leur profit. Car l'opinion est que la graisse du corps humain est plus excellente que des autres animaux, comme fort utile et propre aux médicaments. Or spécialement ils lient et attachent à des échelles le corps du vicaire Hiérôme, qui était gros et gras. Ils l'étendent (comme l'on fait en Hollande les pourceaux tués) et, lui ayant ouvert le ventre et la poitrine, élargissent les côtes, afin de recueillir plus commodément et séparer la graisse d'avec les entrailles, pour en faire leur trafic. Cela fait, ayant recueilli ladite graisse, ils l'apportent
dans la ville et en font montre à tout le monde. Ils en vendent ce qu'ils peuvent, à certain prix, à ces viles personnes qui vont es marchés publics chercher leur aventure, offrir leur art, exerçant le trafic d'onguents, fards, impostures, abus et métier de tromperies. Lesquels en ont porté et exposé en vente en plein marché de la ville de Gorcom, et afin de mieux vendre leur marchandise au peuple, ils disaient impudemment et assuraient que c'était de la graisse d'un tel moine et une autre pièce d'un autre, qu'ils nommaient.