‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 131 sur 133 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

COMME LA SENTENCE DE SA MORT LUI FUT ANNONCÉE, ET COMME IL FUT MENÉ HORS DÉ LA PRISON POUR ÊTRE PENDU.

Le jour suivant, auquel l'on avait résolu de le faire mourir, il se leva longtemps avantle jour, et d'unegrande soumission, tant de corps que d'esprit, se prosternant en terre, il élève ses mains au ciel : il fait, d'une ferveur très ardente, ses prières à Dieu ; il implore son aide contre l'extrême et très griève tentation qui le pressait, et derechef pour nettoyer sa conscience, si par quelque infirmité ou passion humaine elle avait été tachée, il fait derechef sa confession devant le R. P. son compagnon. Sur les 8 heures, un centcnier des Gueux, nommé Marliant, accourut avec quelque mandement, et s'adressant à celui qui avait la garde des deux prisonniers, lui dit : « Où est le moine, prédicateur papiste ? » Le garde ayant ouvert la chambre où il était, lui montre au doigt la victime de Jésus-Christ, disant : « Le voilà. » Lors le centenier lui dit: « Prépare-toi, moine, car tu seras maintenant pendu. » Sitôt que le frère Guillaume eut entendu cette sentence de mort, il se met à l'instant à deux genoux, et reconnaissant humblement la grâce que Dieu lui faisait, répondit, à l'exemple du bienheureux saint CyprJen : « J'en rends grâces à Dieu. » Et lors il fait sa prière â haute voix : « Mon Sauveur Jésus-Christ, qui pour l'amour de moi avez enduré une très douloureuse mort, je vous supplie très humblement de me conforter à cette heure, et me donner une persévérance en la foi catholique, afin que pareillement je meure pour vous et votre service. Je vous supplie, assistez-moi en cet extrême combat. » Il redoublait aussi souvent ces mots

Le martyre de Guillaume de Gaude 365

d'une grande aJBfection : « Confortez-moi, Seigneur, confortez-moi. » Peu après vint à lui un sergent envoyé de la part du juge criminel et, s'adressant au martyr, lui dit : « Moine, baille tes mains. » Lesquelles à cette demande il présente promptement et baille à lier, en remerciant Dieu derechef, et le priant en cette sorte : « Mon Sauveur Jésus-Christ, qui à mon occasion avez permis que l'on vous ait lié et attaché à une colonne pour y être flagellé, je vous rends grâces de ce que vous avez daigné permettre que devant vos yeux je sois lié et garrotté pour la confession de votre saint nom. Faitesmoi tant de grâce, que je persiste au droit sentier de la foi catholique, et que par nulle crainte de mort, ni par fraude et astuce de l'ennemi, je n'en fléchisse et n'en sois diverti. » Et comme le bourreau lui serrait si fort et si étroitement les mains que le sang en sortait, il lui dit : « Courage, serrez tant fort que vous pourrez ; je suis prêt à souffrir tout ce que l'on voudra, et même la mort pour le saint nom de Jésus-Christ. » Puis après se mettant à deux genoux, il pria Dieu derechet qu'il lui plût l'assister en ce présent assaut. Comme on le menait et qu'il se séparait d'avec son bien-aimé compagnon Vogelsang, lui disant le dernier adieu, il le requit de tout son cœur de prier Dieu pour lui. Ce fait, se retournant vers celui qui le menait, lui dit : « Hâtez-vous, hâtez-vous, car Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'Epoux, m'attend. » Ces paroles indubitablement ne procédaient que d'un ardent et affectionné désir de jouir de la présence de Dieu son maître, tel comme nous lisons de l'apôtre saint Paul et de l'homme apostolique saint Ignace : « De sorte que pour cette cause, le retardement du supplice, par lequel la porte d'une si grande félicité lui devait être ouverte, lui semblait moleste et ennuyeux. »

L'on menait avec lui un soldat du roi catholique, qui restait de la garnison de la ville. Celui-ci, montant après

le bourreau à l'échelle, appela le frère Guillaume et lui dit : « Monsieur, priez Dieu pour moi. » Lors le bon religieux, voyant ce soldat être désireux et soigneux pour son salut, et qu'il voulait mourir comme catholique, il fit premièrement ce dont il l'avait prié et, après lui avoir récité à haute voix le symbole de la foi, il lui fît, selon le loisir qu'il avait, une brève, mais toutefois salutaire exhortation, par laquelle le cœur de ce soldat fut tellement confirmé, qu'ayant patiemment et de bon cœur enduré le supplice de mort pour la très juste cause de Dieu et du roi catholique, il n'a pas été indigne d'être enrôlé en la bande des nouveaux martyrs.

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