Phil m
Introduction
Dès ce moment et dans les milieux très mélangés où le christianisme domine, on voit le patriotisme municipal, si vif, si profond, si exubérant chez les païens, s'altérer et disparaître. Qu'on se rappelle Texode de l'Eglise de Jérusalem en l'an 68, au moment où la ville sainte va être investie. Un cas analogue se produit lors du siège de Bruchion : les chrétiens profitent de la bienveillance des assiégeants pour sortir de la ville que les païens s'obstinent à défendre. C'est vers ce temps que nous voyons disparaître sur les épitaphes des fidèles la mention de la patrie et que nous entendons les martyrs ne répondre autre chose à l'interrogatoire, sinon qu'ils sont chrétiens. « Celui qui prononce cette parole, dit saint Chrysostome, a fait connaître sa patrie, sa famille, sa condition, tout enfin à la fois. Le chrétien n'appartient pas à une ville de la terre, mais à la Jérusalem céleste K » Ne croyons pas que cette doctrine ait attendu le iv® siècle pour se produire. Saint Paul l'insinue assez clairement quand il donne le titre de mère à la libre cité de la Jérusalem d'en haut ; v5 ^£ ovw 'ispoyaaXïjfA èlsvSépoL èazb^ yjrtg scttcv jULYjTYîp riiJ/JôV 2. La Lettre à Diognète est plus catégorique ; nous y lisons que, pour les chrétiens, tout pays leur est une patrie et que toute patrie leur est une terre étrangère ; 7râ(7a Çév/j nazpiq èaziv auxcôv, zaî ndaa 7iC(.Tpiq ^évr] ^ ; mais c'est en Afrique que nous trouvons l'expression la plus complète de l'esprit nouveau. Comme on avait exilé à Curube l'évêque Cyprien de Carthage, son compagnon écrivait : « Vivre hors de la cité est une
1. Homilia in S. Lucianum, édition des Bénédictins, t. II, p. 528