Jean, xi
4. Martyre de S. Poly carpe, 9-4. Cf. E. Le Blant, Les persécuteurs et les martyrs, ch. x, Polyeucte et le zèle téméraire.
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rencontre parfois ; c'est la crainte, dont la terreur est le type extrême, et qui nous laisse apercevoir par un contraste éclatant Fopposé de cette fermeté que nous avons exposée par d'illustres exemples. A tous les degrés, la crainte tend à déprimer ; à son diapason le plus élevé elle anéantit. La gamme de la volonté va, dans cet état, depuis l'indécision, le non-agir, jusqu'à l'arrêt volontaire. Sous le coup d'une terreur imprévue et persistante, un homme est incapable de toute réaction volontaire ou réflexe, et cela peut aller jusqu'à la suspension momentanée du mouvement. Nous rencontrons dans les Actes un cas où la terreur, chez une vierge menacée dans sa chasteté, amène la mort par syncope. C'est une jeune fille d'Asie Mineure. Lysias, préfet de Cilicie, dit au bourreau en pleine audience : « Enlève-lui ses vêtements, étendsla nue et frappe de verges tous ses membres. » Archelaûs, le bourreau, s'approche, puis regarde le préfet : a Par ta Sublimité, elle est morte. » Un pareil cas est extrême, mais il n'est pas unique? En 1838, lors de la persécution des basiliennes de Minsk, « les soldats, rapporte l'abbesse, reçurent Tordre de nous chasser de Téglise. Nous étions trente-cinq religieuses, trente-quatre se levèrent,la trente-cinquième était restée morte devant le Saint- Sacrement : soncœur s'étaitouvertde douleur et d'amour. Cette bonne sœur s'appelait Rosalie Lanszecko, religieuse depuis trente ans. « Au-dessous, nous avons tous les degrés possibles de crainte avec tous les degrés correspondants de la dépression ^ » Une terreur brusquement produite amène une sorte de décharge de
1. Th. Ribot, Les maladies de la volonté. Introd., p. 21 et sq.
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poltronnerie, très vite combattue et neutralisée par la vaillance depuis longtemps accumulée et qui, prise au dépourvu, se ressaisit peu après. Saint Epipode, entendant l'arrivée des soldats venus pour le prendre, s'enfuit à cloche-pied, se jette dans un couloir et tombe en plein milieu des estafiers. Dans la suite, il confessa Jésus- Christ et mourut sans trouble ^
Ces quelques exemples nous ont montré les martyrs dans une perspective qui les fait grandement valoir. Cette force tranquille qu'ils montrentà l'heure troublante entre toutes de l'interrogatoire, de la torture et de la mort nous paraît plus humaine que la désinvolture élégante et quelque peu artificielle de Fontenelle. Leur fermeté a paru depuis bien intransigeante et, pour tout dire, bien grossière. Elle est bien loin assurément de cette fine fleur de scepticisme d'Hadrien ou de Marc-Aurèle, si loin qu'elle semble gauche et un peu pédante à ceux qui se sont exercés à la joyeuse plaisanterie de ne rien nier de peur d'affirmer quelque chose, fût-ce leur propre négation. Dans l'universelle illusion, ces pauvres martyrs, avec leur pesante dogmatique, paraissent à quelques-uns trop naïfs. Qu'importe, si on doit finir par reconnaître qu'ils sont très sincères et très purs et qu'ils ont possédé la Vérité.
Après les témoignages de sainte Félicité et de ce martyr qui raconta qu'un ange le soulageait pendant la torture, nous n'avons plus rencontré d'attestations nouvelles jusqu'à l'époque moderne. Mais alors nous trouvons deux autobiographies dans lesquelles des martyrs décrivent les sentiments qui remplirent leurs âmes pen-