Passion de S. Pionius
xcvi Les Martyrs
Les martyrs du temps de la Réforme se placent à un point de vue différent. Leur pensée n*est pas d'arriver à un accommodement ; ils veulent — au début du moins — la ruine de l'hérésie et la réoccupation des positions perdues. On ne trouverait, dans toutes les invectives les plus ardentes de l'antiquité chrétienne, rien d'équivalent à la bulle du pape Pie V, datée du 25 février 1570. On y lit ceci :
<( En vertu de la plénitude de la puissance catholique, nous déclarons la nommée Elizabeth hérétique, fautrice des hérétiques, et nous disons qu'elle et ses adhérents ont encouru la sentence d'excommunication et sont retranchés du corps de Jésus-Christ ; qu'elle est même déchue de son prétendu droit à la couronne d'Angleterre, dont nous la privons aussi bien que de tous les autres droits, domaines, privilèges et dignités. Nous absolvons les seigneurs et les communes du roj^aume, ses sujets et tous autres, du serment de fidélité qu'ils peuvent lui avoir prêté, leur défendant d'obéir à ses ordonnances, mandements et édits, sous peine du même anathème dont nous l'avons frappée. »
On a vu, au début de cette Introduction , le peu d'écho qu'un tel acte avait trouvé chez les catholiques anglais ; néanmoins il représentait les illusions des coteries d'exilés et surtout il exprimait bien le rêve de beaucoup d'esprits très rassis et très positifs: renverser Ihérétique et reconquérir le pouvoir.
Nous sommes loin du rêve pacifique des apologistes du Ji® siècle. Ceux-ci, au lieu de songer à rien renverser, à rien détruire, — sauf Tatien, un enfant perdu, — s'épuisent en projets, en combinaisons, moyennant quoi tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les « Apo-
Introduction
logistes » ne sont pas tous des chrétiens *, mais ils représentent plus qu'un groupe; il existe une grande fraction dans rÉglise qui pense comme eux. A toutes les époques il s'est rencontré des hommes en assez grand nombre pour former des partis qui ne souhaitent que l'accommodement à tout prix et quand même. Ces hommes se retrouvent auxvi^ siècle, mais réduits à l'impuissance par suite d'une conflagration si ardente que les timides et les pacifiques ne comptent plus pour rien. Le ton général des idées n'est pas à l'accommodement, on n'en veut à aucun prix. La bulle de Pie V qu'on vient de lire donne la dominante de ce vacarme énorme de revendications, de cris, de menaces. Tout prend un air de guerre. L'apostolat est mené comme une campagne et envisagé'comme un assaut. Ecoutons le cardinal Allen : « Quant aux doutes de quelques individus relativement à la mission d'Angleterre, je ne trouve pas nouveau ni surprenant que tel qui vit dans des lieux où l'Eglise jouit d'une paix profonde, ignore les mesures à prendre là où elle soutient une guerre. Dans ces dernières années nous avons perdu, je ne le nie pas, trente prêtres mis à mort ; mais, à bien voir les choses, ce n'est pas une perte, puisque nous avons gagné plus de cent mille âmes et réduit nos adversaires à désespérer de l'hérésie ou à nous tenir en plus haute estime. Si la crainte nous faisait reculer d'un pouce de terrain, si on pensait apercevoir en nous la plus légère apparence d'épouvante, la religion et nous-mêmes serions perdu. Nos adversaires s'attendaient à nous voir, intimidés par la grandeur du péril et l'horreur des supplices, ralentir notre attaque et notre entreprise. Au moindre espoir qu'on