Tatien est hérétique
Les Martijrs
lâchait pied et que de nouveaux prêtres ne descendaient pas en champ clos, ils eussent exterminé tous les survivants. Au lieu décela, ils gardent ces prêtres en prison, sachant que leur mort n'avancerait rien. »
Un mot d'un marin espagnol déchaîna la persécution de 1596, au Japon ; il est révélateur des idées courantes. Un Japonais lui ayant demandé comment s'y prenait le roi d'Espagne pour conquérir tant et de si grands territoires en Afrique, en Asie et en Amérique. « Comment il s'y prend ? Par la religion et par les armes. Nos prêtres convertissent les peuples au christianisme. Ensuite ce n'est plus qu'un jeu pour nous de les soumettre à notre autorité. »
Les conditions faites au catholicisme dans les pays passés à la Réforme étaient des plus précaires. On peut les comparer, à condition dy apporter un peu de largeur, avec les conditions faites au christianisme dans l'empire romain pendant les trois premiers siècles de son existence. Rien de plus dissemblable cependant que la conception et le dispositif de l'attaque dans ces deux états de choses. On peut être surpris avec quelque raison que nous ne possédions pas encore une histoire des entreprises tentées par l'Eglise catholique au xvi^ siècle pour reconquérir ou sauvegarder ses anciennes provinces. Les premières missions chrétiennes s'avancent pas à pas, établissent des bases d'opérations, les évêchés, assurent des lignes de communication entre les Eglises. Le résultat est celui que nous savons. En cent cinquante ans, la prophétie de Jésus s'était accomplie. Le grain de sénevé était devenu un arbre qui commençait à couvrir le monde. En trois siècles, il a envahi le monde romain tout entier. Les missions du xvi^ siècle sont très différentes. Grâce aux
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documents nombreux et détaillés que nous possédons, il serait possible de faire un tracé de la stratégie adoptée. Point d'ensemble, peu de prévoyance. Des missions lancées à Faventure en plein pays ennemi, point soutenues, mal fournies, réduites à l'impuissance ou à l'épuisement. Prodiges de sainteté, prodiges d'héroïsme et prodiges d'adresse sont une matière admirable pour l'historien ; mais on ne crée, on ne fonde rien de durable sans prévoyance et sans suite. Or c'est ce qui manque au plan adopté ; ou bien, pour dire mieux, on n'a adopté aucun plan, on n'a pas de plan du tout. Ici François Xavier, là Gampian se précipitent tête baissée au cœur de l'action. Ces hommes sont les représentants authentiques dubouillant officier Ignace de Loyola ; mais toute leur science, toute leur vaillance passeront comme un météore. Une petite chapelle le long de la côte, à proximité des bateaux qui débarquent les missionnaires, puis une église, puis une autre, puis une autre encore ; ce cheminement sûr et lent, peu impressionnant, mais irrésistible, eût donné d'autres résultats ; mais les hommes de ce temps ne concevaientpas cette marche déposition en position ; uniquement épris des tournois éclatants, des cavalcades triomphales, ils allaient en paladins convertir et braver tout ensemble, jusqu'au jour, peu éloigné, où arrêtés et meurtris, ils marchaient, intrépides, à la mort.
J'ai avancé au début de cette note que les chrétiens sous Dèce et sous Elizabeth n'envisageaient pas le problème de leur existence et de leurs droits de la même manière ; je crois en avoir dit assez pour montrer que les premiers réclamaient la liberté de l'individu et les seconds la tolérance du parti vaincu. Les uns et les autres comptaient bien que cette tactique leur vaudrait tôt ou
tard la conquête du pouvoir, et chacun de son côté et à sa manière, ils s'y efforçaient.