‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 41 sur 133 · Actes de S. Philéas · texte numérisé non relu

Actes de S. Philéas

cxiv Les Martyrs

vit son frère dans un rêve. Celui-ci, quoique païen, lui disait entre autres choses : « Dis-moi, vous tous qui méprisez ainsi la mort, recevrez-vous des récompenses égales ou des récompenses différentes ? — Je répondis : Je n'en sais pas assez là-dessus pour te répondre. Tiens, regarde le ciel, vois l'innombrable armée des astres, ont-ils tous le même éclat? Cependant tous sont lumière. — Mon frère insista : Puisqu'il y a des degrés, quels seront donc les préférés de votre Dieu ? — Il 3^ en a deux, répondis-je ; je ne te dis pas leurs noms, que Dieu connaît. — Il en voulut savoir plus. Eh bien, repris-je pour en finir, ce sont ceux dont la victoire est plus difficile et presque sans exemple ; leur couronne est d'autant plus glorieuse qu'elle est plus rare. C'est pour eux qu'il a été écrit : Il est plus facile à un chameau de passer par le chas d'une aiguille qu'à un riche de pénétrer dans le royaume des cieux K » C'était la glose un peu diffuse d'une parole autorisée qui, dès la fin du i^'" siècle, avait formulé le nouvel aspect de la justice distributive, non plus collective, mais individuelle. Saint-Jean avait dit en effet : opéra eoriim sequuntur illos. Il parlait des martyrs. Ceux-ci furent les véritables initiateurs à la croyance en une seconde vie. Ils donnèrent la leçon de choses.

Malheureusement la doctrine allait droit sur unécueil; elle toucha, et si elle ne s'y brisa point elle reçut dans certains esprits de telles avaries que les réparations furent cause d'un long retard. La philosophie matérialiste des païens ne se prêtait pas aisément — grâce à cette teinte qu'elle laissait jusque sur les meilleurs esprits

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