Coligny à Cecil, 11 avril 1562. State paper Office
3. Archives de Genève, 11 avril 1562, publié dans le Duc d'Aumale, Histoire des princes de Condé, t. I, p. 346.
4. Beaugency fut pris d'assaut par une véritable trahison, puisque la trêve n'était pas dénoncée.
pas plus épargnés que les autres. On revint à Orléans fort en désordre : tous les liens de la belle discipline dont on était si fiers étaient rompus pour ne plus se renouer * ». Au sud de la Loire, des bandes composées de ces individus anonymes que produit toute révolution et toute guerre civile, roulaient de ville en ville, ravageaient les campagnes, rançonnaient et tuaient sous prétexte de réformation. Les calices, les ornements sacerdotaux, formaient le plus clair du butin des huguenots, qui chargeaient leurs arquebuses avec les hosties consacrées. Partout, prêtres et moines étaient torturés et mis à mort, les nonnes violées ^
« Le récit des impiétés et des insolences qui se commirent, dit Mézeray, ne sçauroit que faire horreur. Partout où les huguenots furent les maîtres, ils abattirent les images, pillèrent les églises, jettèrent les sacrées reliques au vent, profanèrent les autels et les sacrements de la religion catholique avec des indignités exécrables, outragèrent les ecclésiastiques et religieuses avec pareille inhumanité ^. » « Je vouldroie, écrit le duc de Guise ^, qu'il m'en eust cousté de mon sang et qu'eussiez veu la désolation et dérision de notable nombre de nos églises, la ruine qui est en auculne de nos principales villes, la cruauté dont on a usé contre les prebstres : je m'asseure que les grosses larmes vous en tomberoient des yeux . »
1. Duc d'Aumale, Histoire des princes de Condé, 1. 1, p. 147.
2. Lettre de Chantonay, 9 juin 1562, Arch. nat. K, 1498 ; Lettre de Tornabuoni, 29 décembre 1561. Nouvelles de France de 1562. Archiv. de Simancas, 2^ série, t. I, p. 127. (Archiv. du ministère des affaires étrangères à Paris.)
3. Mézeray, t. III, Lettres de Chantonay, 3, 6 juin 1562. Arch. nat. à Paris, fonds de Simancas, K, 1498,
4. Lettre du duc de Guise au duc de Wurtemberg, 22 mai 1562, Arch. de Simancas, 2® série, t. I, p. 17. (Archiv. du ministère des affaires étrangères à Paris.)
Gueux, Huguenots, Puritains 169
C'étaient des soldats qui parlaient ainsi ; un poète ne se montrait pas moins ému, c'était Ronsard, et il faisait remonter jusqu'à Théodore de Bèze la responsabilité des malheurs de la patrie. Il lui demandait comment il osait
prêcher :
Un Christ tout noircy de fumée Portant un morion en teste et dans la main. Un large coutelas rouge de sang humain.
Outre la guerre aux vivants, on déclarait la guerre aux morts. Le tombeau de Louis XI à Cléry, celui de sa fille sainte Jeanne de France à Bourges, les monuments des ancêtres de François P'" à Angoulême, furent violés. Le cœur de François II, déposé dans l'église Sainte-Croix d'Orléans, fut jeté à la Loire sous les yeux de Condé. A la nouvelle du sac de l'église par ses soldats, le prince était accouru. Sa voix fut méconnue. Il avisa un homme grimpé sur le portail pour renverser une des statues qui le décoraient, prit une arquebuse et le coucha en joue. L'homme, sans se départir de sa besogne, lui cria : « Monsieur, ayez patience que j'aie abattu cette idole, et puis que je meure s'il vous plaît ». L'arme tomba des mains du prince, il pensa voir le doigt de Dieu.
Vers ce temps, Coligny écrivait d'Orléans à son frère d'Andelot qu'on venait d'y pendre, sur la place du Martroy, le curé de Saint-Paterne, et il ajoutait : « Nous traictons les papistes autrement que de coustume, et avons bien délibéré de ne les épargner désormais. » Et dans la même lettre, il dit encore : beaucoup de Parisiens <( sont contraires aux huguenots ; ils osent fâcher le petit roi [Charles IX] qui désire les voir châtiés ; on ne saurait croire leurs insolences et leurs cruautés... Je
vous AY ESCRIPT QU'iL FAUT PROPOSER LE SAC DE PaRIS *. ))
1. Lettre de Coligny au seigneur d'Andelot, 3 août 1562, Arch. de Simancas, copie au ministère des afiaires étrangères à Paris.
Et Hotman écrivait de son côté à l'électeur palatin : « Le prince de Condé donnera aux Allemands la ville à piller. Il y a là de quoi en attirer un grand nombre ^. » Pendant ce temps, le même Condé envoyait à Elisabeth le vidame de Chartres, Briquemant et La Haye lui offrir pour prix de son concours le port du Havre d'où on venait d'expulser la garnison royale ^. « Du commencement, dit Mézeray, les huguenots eurent presque tous cette lascheté en horreur ; néanmoins les ministres les prêchèrent avec tant de véhémence qu'ils acceptèrent. » Ce rôle des ministres prêchant la trahison n'est pas indigne de celui de Théodore de Bèze, témoin de la bataille de Dreux (19 décembre 1562), au début de laquelle il demandait que l'on mît à mort tous les chefs du parti catholique dont on pourrait s'emparer. En effet, le maréchal de Saint-André étant tombé au pouvoir des huguenots fut froidement assassiné d'un coup de pistolet ^. Ce même Bèze fut chargé par Coligny de mettre un terme aux hésitations d'un gentilhomme nommé Poltrot de Méré qui, chargé d'assassiner le duc de Guise, s'était senti défaillir. Bèze endoctrina l'adolescent, lui remontra qu'il pouvait agir en sûreté de conscience, que les anges l'assisteraient et que, s'il ne réussissait point, il irait tout droit en paradis *.