Van DEVENTER,Jïcf jaar
6. Lettres du Conseil de Flandre, 7 mai, 1^' juillet 1566. Archiv. de Bruxelles.
7. Lettre du comte d' Egmont, 10 août 1566 ; Correspondance de Phi-
Gueux, Huguenots, Puritains 173
Dans les derniers jours de mai, un prêche a lieu à Bondues, près de Lille. On y comptait 3 à 4.000 auditeurs parmi lesquels des notables et des dames venues de Tournay. Les femmes étaient assises, les hommes debout, leurs armes levées, « qui estoit ung bois de bastons qui surpassoient les têtes des hommes ». D'autres prêches se tinrent près de Valenciennes, d'Armentières et de Warneton. Peu s'en faut qu'il ne s'en tînt aux portes de Bruxelles ^ Les résultats de cette prédication d'un genre nouveau se font vite connaître. De toutes parts, les prêtres sont obligés de fuir, et l'évêque des Pays-Bas écrit à la gouvernante, Marguerite de Parme : « De ceste licence intollérable est jà le peuple stimulé à telle rébellion que nous ne pouvons attendre autre chose que une pillerie et extrême incrédulité des gens desvoyés sur nos corps et biens ^. »
« Dans 3 la riche contrée qui s'étend entre les bords de l'Aa et ceux de la Lys, toute consacrée aux travaux des métiers et de l'agriculture, s'élèvent quelques montagnes entourées de bois épais. C'est là que depuis longtemps se tiennent les prêches ; c'est là aussi que se glissent les sectaires qui ont abordé près de Gravelines et de Dunkerque, et leurs communications avec les huguenots ne sont pas moins faciles qu'avec les Anglais.
« Là se montrent les chefs redoutés des « gueux des
lippe II, t. I, p. 443. A Lille, un prêche de 10 à 12.000 auditeurs. Lettre du seigneur Rasseghem, 12 août 1566, Arch. de Bruxelles.
1. Lettre d'Armenteros, 17 août 1566 ; Correspondance de Philippe II t. I, p. 447.
2. Rapport adressé à la duchesse de Parme. Lettre de l'évêque de Tournay, 2 juin ; Lettre de Maximilien Vilain, 7 juin 1566. Archiv. de Bruxelles.
3. Kervyn de Lettenhove, Les Huguenots et les Gueux, 1883 t I p. 357. ' ' '
bois », dont l'un porte le nom caractéristique de Wilde Cat, le « chat sauvage » ; mais parmi les ministres il n'en est aucun dont l'influence soit plus puissante que celle du moine à la barbe rousse, Pierre Datenus, ancien carme d'un monastère voisin d'Ypres, qui pendant plusieurs années a habité l'Angleterre et y a épousé une religieuse de l'ordre de Sainte-Claire : orateur fougueux, poète élégant, qui, après avoir été le favori de la plèbe, s'élèvera plus haut et remplira un rôle important dans la politique.
« Les ouvriers, les laboureurs, se pressaient à ces prêches. Souvent ils se tenaient la nuit, sous d'épais ombrages, dans quelque lieu solitaire. L'heure, la scène, le péril même, donnaient à ces assemblées le caractère le plus étrange. A de mystérieuses prophéties se mêlaient de retentissantes malédictions. Un langage obscur et rempli d'allusions bibliques confondait Rome et Babylone, le pape et Tantechrist, les gueux et Eléazar. » Les prédicants et l'auditoire s'esquivent à la moindre alerte. Pour les premiers ils tombent souvent sous des accusations de droit commun, et cette situation les invite à la prudence. A Gand, celui qui exerce sur le parti l'influence la plus réelle est le ministre Herman Molet, banni de plusieurs villes, escroc qualifié, toujours accompagné de ses trois épouses ^. Il marche escorté de gens en armes et les bourgeois de Gand se chargent de faire le guet dans les rues à tout événement, sachant que les gueux ont voulu piller l'abbaye de Saint-Pierre. Les consistoires, avertis que la régente ne dispose d'aucun moyen pour réprimer les désordres ^ et comptant que