‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 69 sur 133 · LIVRE PREMIER CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER CHAPITRE I

DE l'occasion et COMMENCEMENT DE LA PERSÉCUTION DES ECCLESIAS- TIQUES EN HOLLANDE, ET COMME LE BRUIT d'iCELLE EST PARVENU A CEUX DE GORCOM.

L'an mil cinq cent septante-deux, pendant le règne du défunt roi d'Espagne, Philippe second, et au nom de Sa Majesté le feu duc d'Albe était gouverneur es Pays-Bas. Par toute la Hollande et Zélande, la faction des séditieux et ennemis de Dieu et du roi (qui communément étaient appelés Gueux après les premiers troubles de l'an 1566), par la grâce de Dieu, et par le ministère de la duchesse de Parme (gouvernante pour lors en ces pays pour le roi catholique) et par la prudence d'autres princes et seigneurs avait été heureusement éteinte et assoupie. Derechef, à l'occasion de quelque tribut (dont le prétexte couvrait leur méchanceté) croissaient les Gueux peu à peu en nombre et en force, et même ils avaient déjà réduit sous leur puissance la Brile, Flessingue et l'Ecluse, villes maritimes, très

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commodes et propres à leurs desseins. Ils ont aussi peu de temps après, par une émotion populaire, occupé une des principales villes de Hollande, appelée Dordrecht, distante de six heures de chemin la ville de Gorcum, appelée anciennement Gorincheim, ville capitale du territoire et ressort d'Arckel, ou Herculen, qui n'est pas grande de circuit, mais peuplée, et bien assise pour le trafic, à savoir sur le bord de la Meuse, et en lieu commode pour la navigation . Quand on y vint rapporter que Dordreclît était prise par les Gueux, cette nouvelle étonna merveilleusement les affectionnés catholiques, et principalement ceux qui étaient les plus engagés au ministère de l'Eglise, car ils n'ignoraient pas quel était l'ennemi, dont ils avaient déjà expérimenté la cruauté par plusieurs effets remarquables récemment survenus. Les Gueux, par une astucieuse et cauteleuse iniquité, mêlaient la cause de la religion avec l'intérêt d'Etat, et le gouvernement politique, afin d'entraîner dans la haine de la religion catholique ceux auxquels ils auraient persuadé de ne pas tolérer les impôts et subsides mis sur le peuple, parce que les Espagnols, par qui ils se plaignaient d'être opprimés de diverses charges et tributs insupportables, embrassaient la même religion par-dessus toutes les autres nations et travaillaient par tous moyens à son accroissement, haïssant mortellement toute sorte d'hérétiques et infidèles. Pour ce motif, et non sans cause, cette nation était très chère et agréable à tous bons et affectionnés catholiques, tant ecclésiastiques que séculiers. Il advint ainsi que la haine injustement conçue contre l'Espagnol s'est généralement tournée contre toute sorte de catholiques, et principalement contre les ecclésiastiques, les religieux et tous autres de l'état sacerdotal, comme étant principaux et les plus signalés de l'Église catholique. De là est arrivé pour la prospérité des succès des Gueux et hérétiques, que les catholiques

ont été, non sans cause, extrêmement épouvantés, et en très grande crainte et perplexité, principalement es lieux proches de ceux qui avaient été récemment ruinés. Tel était l'état des affaires au territoire de Gorcom après les tumultes et révoltes de Dordrecht.

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