SocRATES, Histoire ecclésiastique,!. II, c. xxxvm
2. NoELDEKE, dans Zeitschrift der deut. morg. Gesells., t. XLIV, p. 530.
3. Editions de ces actes à Bruxelles, pai- Mgr Abbelos (trad. latine) ; à Kiel, par M. Feige (trad, allemande) ; toutes deux en 1890 ; texte dans Bedjan, Acta martijrum, t. II, p. 442.
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sentée par deux épisodes qui vont nous retenir quelques instants. C'est en effet le contre-coup des passions religieuses soulevées par le protestantisme en Europe qui déchaîna au Japon la dernière persécution, en 1637, laquelle anéantit pour plus de deux siècles le christianisme. Les traitants hollandais, cédant à la haine que leur inspirait le catholicisme, dénoncèrentles chrétiens à Yemitsu, qui redoubla de cruauté à leur égard. Les meurtres se succédaient avec une férocité dont le récit fait frémir, et rien ne permettait d'espérer que Shogun-Yemitsu y mît un terme. Dans la seule province d'Arima, les chrétiens étaient assez nombreux pour que, poussés à bout, 37.000 d'entre eux se soulevassent. Ils se saisirent d'un jeune seigneur de la famille de leurs anciens princes catholiques, le mirent à leur tête, prirent les armes et s'emparèrent de la place forte de Shimabara. Shogun envoya contre les catholiques une armée de 80.000 hommes soutenue par l'artillerie de la flotte hollandaise calviniste de Koeckebacker. Malgré la disproportion des forces en présence, la garnison de Shimabara tenait bon, mais elle fut écrasée par les feux des canons hollandais. Après une défense désespérée, pressés par la faim, se sachant vaincus d'avance, les catholiques sortirent de la ville et se firent tuer jusqu'au dernier*. Quelques années plus tard, en 1655, sous Jean Casimir, roi de Pologne, la ville de Czenstokowa, bloquée par les hérétiques suédois, fut défendue et délivrée par une gar-
1. 'Charlevoy, Histoire de l'établissement de VEglise au Japon, 1. XVIII ; Pages, Histoire de la religion chrétienne au Japon depuis 1598, Paris, 1869 ; Transactions of the A siatic Society of Japon, t. VII, p. 189 sq. ; H. Thurston, Japan and Christianity, dans The Month, 1905, no 490, p. 399-401.
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nison composée de moines commandés par leur prieur. Mais c'est sous Henri VIII que nous rencontrons le fait le plus caractéristique. Tandis que chaque jour voyait disparaître les plus illustres comme les plus modestes monastères, il se trouva des religieux qui ne purent se résoudre à voir spolier leur maison. Avant * même la grande révolte du Lincolnshire, les chanoines réguliers de Hexham refusèrent absolument de se laisser expulser par les fonctionnaires du roi. Leur cause était bonne selon toute apparence, car l'archevêque Lee avait demandé qu'on épargnât leur monastère, et sa requête, semble-t-il, avait été accordée : ils reçurent en effet le privilège revêtu du grand sceau et confirmant le maintien du monastère. Leur âme courageuse de Northumbriens ne pouvait se soumettre en silence à des décisions qu'ils devaient regarder comme souverainement injustes et dignes d'un Parlement composé des créatures de Henri VIII. L'histoire de leur résistance heureuse estd'un haut intérêt. Elle se trouve dans un rapport sur « les offenses des religieux de Hexham, comté de Northumberland. Premièrement, est-il dit dans ce précieux document, alors que Lionel Gray, Robert CoUingwood, William Green et James Rokeby, commissaires désignés pour la suppression des monastères en le susdit comté, le 28^ jour du mois de septembre, dans la 28® année du règne de notre souverain seigneur le roi Henri VIII (1536), accompagnés de leur suite habituelle, chevauchaient vers ledit monastère de Hexham, pour y
1. J. Raine, The Priory of Hexham, its chronicles, endowments and annals, dans Surteessoc, 1864, t. XLIX ; A. Gasquet, Henri VHl et les monastères anglais, in-8, Paris, 1894, t. II, p. 34-38.
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exécuter les ordres de dissolution fort redoutés que le roi avait donnés, ils furent informés de manière digne de foi, quand ils furent arrivés à Delston, c'est-à-dire à 3 milles dudit monastère, que les religieux étaient prêts à se battre, qu'ils avaient des fusils et de l'artillerie, avec des gens postés dans la maison pour la défendre et l'occuper de force ». A cette nouvelle, « ils consentirent à ce que les susdits Lionel Gray et Robert Collingwood se rendissent avec plusieurs personnes au monastère, autant pourvoir et examiner le nombre des gens qui gardaient la maison que pour engager le sous-prieur et les moines à recevoir avec gratitude et obéissance et tous les honneurs convenables, les commissaires royaux qui' arrivaient, les suivant de près, pour procéder en ledit monastère aux formalités de la dissolution, selon le très redouté commandement du roi. Les susdits Lionel et Robert entrèrent donc dans ladite ville de Hexham. En chevauchant vers ledit monastère, ils aperçurent quantité d'hommes rassemblés avec des haches d'armes, des hallebardes et autres armes défensives, se tenant dans les rues, comme des gens prêts à défendre une place de guerre . Et quand ils passèrent dans la rue, on sonna la cloche de la ville, et immédiatement après la grosse cloche du monastère se fit aussi entendre, et, à ce bruit, le peuple s'assemble en masse près du monastère dont les susdits Lionel et Robert trouvèrent les barrières et les portes solidement fermées. Il y avait un chanoine qui s'appelait le maître d'Ovingham, appartenant à ladite maison, revêtu d'un harnois avec flèches et arc, accompagné d'autres personnes montées sur les toits, les murs et le clocher. Ce maître d'Ovingham répondit dans les termes suivants : « Nous sommes vingt frères dans cette maison, et nous
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mourrons tous avant de vous la livrer. » — Les susdits Lionel et Robert répondirent par une requête et dirent : « Parlez à vos frères et conseillez bien ; montrez-leur cette requête et commission royale que nous avons, puis répondez-nous définitivement. » — Alors le chanoine disparut dans la maison. Après son départ, cinq ou six des chanoines du monastère, avec diverses autres personnes, vinrent prendre sa place : semblables à des hommes de guerre, ils avaient leurs harnois et des épées au côté, avec des arcs, des flèches et d'autres armes, et ils se tenaient debout au sommet du clocher et sur les plombs, prêts à défendre leur maison, tandis que Lionel et Robert demeuraient toujours au dehors. Autour de ces derniers s'assemblèrent une foule de gens, des hommes armés et beaucoup de femmes, et ils restèrent là longtemps, le susdit maître d'Ovingham leur ayant assuré qu'ils pouvaient attendre sans crainte la réponse et s'éloigner ensuite sans qu'on leur fît aucun mal. — Ledit maître d'Ovingham, vêtu de son harnois, et le sous-prieur en habit de chanoine vinrent trouver lesdits Lionel et Robert, apportant avec eux un écrit scellé du grand sceau royal, et le sous-prieur leur adressa les paroles suivantes : « Nous ne doutons point que vous n'ayez une commission royale à l'égard de notre maison, mais nous vous montrerons la confirmation de notre monastère par Henri VIII, par acte donné sous le grand sceau royal. Dieu sauve Sa Majesté ! Nous pensons qu'il est de l'honneur du roi de ne pas sceller un écrit contraire à celui qui l'a précédé, et avant de nous laisser arracher une parcelle quelconque de nos terres, biens ou maison, nous mourrons tous. Et telle est notre entière réponse. » — Et ainsi les susdits Lionel et Robert s'en
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retournèrent vers les autres commissaires qui approchaient de la ville. Puis, tous ensemble ils se replièrent sur Coleridge, où ils couchèrent cette nuit-là ».
Le jour suivant, on apprit que, « aussitôt après le départ des commissaires, les chanoines revêtus d'armures et accompagnés d'une foule de tenanciers et serviteurs appartenant audit monastère, au nombre de soixante ou plus, sortirent du monastère en ordre de bataille, par groupes de deux, tous couverts d'armures ; puis ils marchèrent jusqu'à un endroit nommé the green (le pré), près duquel s'étaient rencontrés les commissaires, et là, ils restèrent rangés en bataille, les armes à la main, attendant que les commissaires fussent hors de vue. Après quoi ils s'en retournèrent au monastère *. »
La prouesse est jolie et valait d'être rappelée.
Le xvi^ siècle est bien le siècle des grands caractères. Stendhal, qui avait un culte pour Vénergie, estimait qu' (( il n'y a plus d'énergie en Europe depuis le xv^ siècle » ; à cet égard, le xvi^ siècle lui semblait une décadence. Mais encore faudrait-il s'entendre sur ce que Stendhal appelait énergie. C'est le contraire de l'énergie. C'est la violence ; c'est la détente brusque, l'explosion soudaine, aveugle, sans dessein et sans suite, d'une pas-
1. Les chanoines gardèrent leur monastère par la force des armes du 28 septembre jusqu'au 15 octobre. Après cette date, une transaction intervint dont le titre ne fut pas transmis à Henri VIII, en sorte que rien ne fut changé. Le prieur Jay, qui ne paraît pas dans tout ce récit, obtint du roi une pension quand le monastère tomba définitivement aux mains de la couronne, en mars 1537. D'après une ti-adition, recueillie par Canon Raine, le sous-prieur fut pendu à la porte du monastère. Une lettre de Henri VIII, conservée aux Papiers d'Etat, et adressée au duc de Norfolk, parle de Hexham comme d'un des lieux où les moines (( doivent être pendus haut et court» sans délai ni cérémonie )).
sioii qui ne sait ni se réprimer ni se diriger. C'est un moment de folie tragique. Les anciens appelaient cela impotentia suî et croyaient que c'était une faiblesse. C'est là ce que Stendhal prend pour de Ténergie, ce qu'il appelle de ce nom. « L'énergie du moyen âge », les crimes furieux du xv® siècle, la soif délirante de vengeance tout à coup s'épanchant avec ivresse, le sang qui monte au cerveau et qui force à l'action violente avec un accès sauvage de joie folle, voilà ce qu'il adore. A ce compte, l'attitude des hommes du xvi^ siècle doit lui paraître guindée ; mais regardons-y de plus près.
On a célébré — avec raison — la force tranquille que montraient devant la mort les héros de la chevalerie, un saint Louis, un Bayard, et ce n'est pas dans les écrits de Brantôme qu'on a jamais songé à découvrir les répliques de ces morts héroïques pour le temps de la Réforme. On aurait grand'peine cependant, croyons-nous, à trouver rien de plus beau, rien qui puisse égaler même les originaux de ce temps.
« Les Flamans et les Bourguignons, raconte Brantôme, ont fort estimé leur M. de Bure, et tenu pour bon capitaine. Aussi nous a-t-il faict la guerre bien fort vers nos frontières de Picardie, qui s'en sont bien ressenties à cause de ses bruslemens, car il a esté un grand brusleur. Il mena un grand secours en Allemaigne à l'Empereur son maître, qui estoient les troupes des vieilles ordonnances de Flandres et Bourgoigne, qui furent trouvées très belles et vindrent très-bien à propos. Aussi, quand elles furent venues, l'Empereur attacqua ses ennemys plus chaudement qu'il n'avoit faict.
« Ce comte de Bure mourut à Bruxelles et fit la plus belle mort de laquelle on ouyt jamais parler au monde.
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Ce cVievalier de la Toison d'Or tomba soudainement mal?ide au lict, fust de quelque effort qu'il eust faict en avpfeant ces grands verres de vin à la mode du pays, carrousant à outrance, fust que les parties de son corps fussent visiées ou autrement. André Vesalius, médecin de l'Empereur Charles, Talla incontinent visiter et luy dict franchement, après luy avoir tasté le pouls, que dans cinq ou six heures, pour le plus tard, il lui falloit mourir, si les règles de son art ne failloient point en luy : par quoy luy conseilla, en amyjuré qu'il lui estoit, de penser à ses affaires ; ce qui advint comme le médecin l'avoit prédict. Tellement que Vesalius fut cause que le comte fit la plus belle mort de laquelle on ayt jamais ouy parler depuis que les rois portent couronnes ; car le comte, sans s'estonner aucunement, fît appeller les deux plus grands amis qu'il eust, à sçavoir l'évesque d'Arras, despuis cardinal Granvelle, qu'il appelloit son frère d'alliance, ensemble le comte d'Arenberg, son frère d'armes, pour leur dire adieu. En ces cinq ou six heures, il fit son testament ; il se confessa et receut le Saint-Sacrement. Puis se voulant lever, fit apporter les plus riches, les plus beaux et les plus somptueux habits qu'il eust, lesquels il vestit ; se fit armer de pied en cap des plus belles et riches armes qu'il eust, jusques aux espérons ; chargea son collier et son grand manteau de l'ordre, avec un riche bonnet à la polacre, qu'il portoit en tête pour l'aymer plus que tout autre sorte de chapeau, l'espée au costé ; et ainsy superbement vestu et armé, se fit porter dans une chaire en la salle de son hostel, où il y avoit plusieurs couronnels de lansquenets, gentilshommes, capitaines et seigneurs flamans et espaignols, qui le vouloient voir avant de mourir, parce que le bruit vola
quant et quant par toute la ville qui, dans si peu de tems, il devoit estre corps sans âme. Porté en sa salle, assis en sa chaire, et devant luy sa salade ^ enrichie de ses panaches et plumes, avec les gantelets, il pria ses deux frères d'alliance de vouloir faire appeler tous ses capitaines et officiers, qu'il vouloit voir pour leur dire adieu à tous, les uns après les autres ; ce qui fut faict. Vindrent maistres d'hostel, pages, valets de chambre, gentilshommes servans, pallefreniers, lacquais, portiers, sommeliers, muletiers et tous autres, auxquels à tous (plorans et se jettans à ses genoux) il parla humainement, recommandant ores cestuy-cy, ores cestuy-là, à M. d'Arras, pour les récompenser selon leurs mérites, donnant à l'un un cheval, à l'autre un mullet, à l'autre un lévrier ou un accoustrement complet des siens ; jusques à un pauvre fauconnier, chassieux, bossu, mal vestu, qui ne sçavoit approcher de son maître pour luy dire adieu, comme les autres delà maison avoient faict, pour estre malenordre, fut aperçeu par le comte, dernier les autres, plorer chaudement le trespas de son bon maistre, fut apelé pour venir à luy ; ce que fit le faulconnier, lequel son maistre consola ; et si l'interrogea particulièrement comme se portoient tels et tels oiseaux qu'il nourrissoit, puis, tournantsafaceversl'évesqued'ArraSjluydict'.Mon frère,je vous recommande ce mien fauconnier ; je vous prie de mettre sur mon testament que j'entends qu'il ayt sa vie enma maison tant qu'il vivra. Hélas I le petit bonhomme m'a bien servy, comme aussy il avoit faict service à feu mon père, et a esté mal recompensé. Tous les assistans,