Casque
Introduction xlix
voyans un si familier devis d'un si grand seigneur à un si petit malotru, se mirent à pleurer de compassion.
« Puis, ayant dit adieu à tous ses officiers et serviteurs, leur avoir touché en la main, il demanda à boire en ce godet riche où il faisoit ses grands carroux avec les couronnels quand il estoit dans ses bonnes : et de faict voulut boire à la santé de l'empereur son maistre. Fit alors une belle harangue de sa vie et des honneurs qu'il avoit receus de son maistre, rendit le collier de la Toison d'Or au comte d'Aremberg pour le rendre à l'empereur, beut le vin de l'estrier et de la mort soutenu soubs les bras par deux gentilshommes, remercia fort l'empereur, disant, entre autres choses, qu'il n'avoit jamais voulu boire en la bouteille des princes protestans, ny volter face à son maistre, comme de ce faire il avoit esté fort sollicité ; et plusieurs autres belles parolles, dignes d'éternelle mémoire, furent dictes et proférées par ce bon et brave capitaine.
« Finalement, sentant qu'il s'en alloit, il se hasta dédire adieu à Tévesque d'Arras et au comte d'Aremberg, les remerciant duvray office d'amy que tous deux luy avoient faict à l'article de la mort, pour l'avoir assisté en cette dernière catastrophe de sa vie. Il dict adieu de mesme à tous ces braves capitaines et gentilshommes qui là estoient. Puis, tournant la teste appercevant M. Vesalius dernier celuy, l'embrassa et le remercia de son advertissement. Finalement, dict : Portez-moi sur le lict, où il ne fut pas plus tost posé, qu'il mourut entre les bras de ceux qui le couchoient.
« Ainsy, superbement vestu et armé, mourut ce grand cavallier flamand : mort de grand capitaine qui, certes, mérite d'estre posée à la veue des princes, roys et gou-
verneursde provinces, pour leur servir de patron de bravement et royallement mourir. »
Les martyrs de la Réforme ne sont pas moins superbes de force et d'énergie. La mort de la comtesse de Salisbury n'est inférieure à aucune scène delà tragédie antique.
Margaret Pôle était nièce d'Edouard IV et petite-fille du fameux comte de Warwick, le « faiseur de rois ». Mère du cardinal Pôle, elle était demeurée fidèle à l'épouse répudiée de Henri VIIL Celui-ci lui envoya des émissaires chargés de tirer d'elle des aveux compromettants. Ce fut en vain ; alors on l'arrêta et on l'enferma à la Tour de Londres, dans un cachot puant et humide. Elle était âgée de soixante-dix ans et vécut ainsi deux années dans un dénuement complet. Elle était condamnée à mort, mais on craignait d'exécuter la sentence contre une princesse que le peuple aimait. Cependant, le 28 mai 1541, on osa. La vieille femmme était paralysée de tous ses membres, on dut l'asseoir dans un fauteuil et la porter sur l'échafaud. Quand elle fut là, le bourreau lui dit de poser sa tête sur le billot. « Bon pour les traîtres, répondit-elle : je ne suis pas criminelle, je n'ai pas même été jugée ; si tu veux ma tête, prends-la.» D'un effort elle s'était mise debout et tenait la tête haute. Le bourreau taillada le cou, elle ne cessait de hoqueter ces paroles : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. » Quand le col fut haché, la tête tomba. Elle était la dernière de la race des Plantagenets ^.
Telle fut Ténergie et tel fut le patriotisme des martyrs de la Réforme. J'ai voulu montrer ce que ce patriotisme