‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 74 sur 133 · COMME LES GUEUX ONT SOMMÉ ET ASSAILLI LA CITADELLE DE GORCOM · texte numérisé non relu

COMME LES GUEUX ONT SOMMÉ ET ASSAILLI LA CITADELLE DE GORCOM

Or comme ceux qui étaient en la citadelle virent que pour bien soutenir un siège, il y avait bien peu de provisions, et aucun ouvrier ni chirurgien pour panser les blessés ; que les portes et murailles n'étaient pas garnies de remparts ni de boulevard pour résister aux assauts, ils commencèrent à se défier de leurs affaires et à manquer de courage, n'ayant plus d'espérance dans les moyens humains, sauf le secours que l'on attendait. Cependant les bons catholiques se congratulent et se réjouissent de n'être pas engagés et astreints au serment que leurs concitoyens avaient fait, y préférant la mort avec les prêtres et religieux. Le gouverneur de la citadelle tira un coup de canon au travers de la place du marché public, que les Gueux tenaient, et tira une autre fois, voulant par ce moyen se déclarer leur ennemi. Ils demandèrent incontinent que l'on leur rendît la citadelle, ce qui leur fut aussitôt dénié. Alors ils commencèrent les préparatifs pour l'assiéger. Toutefois Marin, sur le conseil des plus avisés citoyens, pensa qu'il n'était pas bon d'attenter

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par la force contre la citadelle, avant d'avoir écrit au gouverneur pour savoir sa résolution et le sommer de la rendre. Ils donnèrent les lettres à un frère lai de l'Ordre de Saint-François, de ceux qui étaient demeurés en la ville, parce qu'il y avait apparence qu'il aurait plus de créance auprès de ceux qui étaient dans la citadelle, et moins de danger pour l'approcher. Ltant arrivé avec ces lettres, et ayant fait entendre à haute voix de qui et pour quelle cause il était envoyé, Turque, le gouverneur, lui commanda de rapporter qu'il ne recevrait aucune lettre de la part de ceux qui prenaient les armes contre Sa Majesté Catholique. Ayant reçu réponse, le frère lai, afin d'accomplir sa légation (selon qu'il lui semblait pour lors expédient de faire), ouvrit les lettres non cachetées et les lut tout haut à ceux qui étaient à la citadelle, devant la porte la plus proche ; ces lettres promettaient au gouverneur la continuation de son office s'il recevait garnison du prince d'Orange, et à tous en général qui étaient en la citadelle, la vie et les biens saufs, et liberté de sortir en pleine sûreté, s'ils la rendaient aux gens du prince d'Orange. Afin de traiter cette affaire avec plus d'assurance, l'on demandait que le gouverneur descendît en la cour, où le Sénat avec le capitaine des soldats du prince d'Orange traiteraient avec lui. On répondit qu'ils ne devaient s'attendre à la reddition de la citadelle, et que pour sa défense le courage et les forces ne leur manqueraient, et que s'ils voulaient capituler avec le gouverneur, qu'ils vinssent lui parler en la citadelle, dont il avait le gouvernement par le commandement de Sa Majesté. A cette réponse, soit que par les messagers ait été fait rapport avec plus d'aigreur et âpreté que de raison, ou que ce simple frère ait mal à propos fait entendre la réponse, ceux qui s'étaient assemblés en forme de Sénat furent irrités et à l'instant commandèrent en hâte les préparatifs

nécessaires pour assiéger la place ; ce qui étant incontinent préparé, et ayant fait approcher et braquer l'artillerie aux endroits où l'on pouvait faire brèche à la citadelle, vers le soir même on commença avec grande force à la battre. Les assiégés résistent avec non moins de courage, tirant souvent, et des coups terribles. Mais parce qu'ils manquaient d'hommes de guerre (car le gouverneur n'avait pas vingt soldats, et les autres n'étaient aguerris), ils ne purent empêcher que l'ennemi ne gagnât jusqu'à la dernière porte de la citadelle, qu'il brûla. Contraints donc de quitter la plaine close du dernier mur, qui était proche de la ville, et qui était par quelque espace distincte et divisée de la citadelle, ils se retirèrent en la seconde partie de la citadelle, et ils furent contraints avant minuit de quitter ce quartier où ils étaient, et de se retirer au plus fort et principal lieu du château, que l'on appelait Den Blauwentoren, à cause de la couleur de la pierre. Car la disposition de tout le lieu était telle, que l'on ne pouvait parvenir de la ville en cette tour que par trois fossés larges et pleins d'eau : qui assez distants l'un de l'autre, comprenaient les deux quartiers et endroits ci-dessus mentionnés ; l'un joint à la tour, l'autre à la ville, et tous les deux fermés et unis l'un à l'autre par un pont. Quant à la tour bleue et ronde, elle était ronde, ample et spacieuse, étant depuis le pied jusqu'au sommet bâtie de marbre taillé, et d'un bel aspect. Le gouverneur espérait toujours la pouvoir défendre, jusqu'à l'arrivée de son fils avec le secours ; mais comme il tardait tant à venir, et que l'ennemi avait déjà approché de près et fait de grands efforts pour enlever cette place, les soldats de la garnison, désespérant de garder cette citadelle, quittent le gouverneur, jettent leurs armes et déclarent qu'ils ne veulent plus combattre, et plusieurs s'enfuient secrètement vers l'ennemi. Legouverneur dit qu'il combattrait seul et résis-

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terait à l'ennemi jusqu'à la fin, quand même il serait délaissé de tous, ajoutant qu'il ne fallait attendre aucune foi ni clémence de l'ennemi accoutumé aux rapines, saccagements, cruautés et sacrilèges.

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