‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 75 sur 133 · COMME CEUX DE LA CITADELLE ONT PARLEMENTÉ AVEC LES GUEUX · texte numérisé non relu

COMME CEUX DE LA CITADELLE ONT PARLEMENTÉ AVEC LES GUEUX

D'autre part, les femmes qui s'étaient sauvées dans la citadelle étourdissaient le gouverneur de leurs lamentables cris et sanglots, et même sa femme et sa fille, l'embrassant et serrant le col, le prient de rendre la place et de ne permettre que lui et les siens, par une trop courageuse confiance, fussent réduits en un danger extrême de leur vie et honneur ; mais courroucé il les répoussa et rejeta loin de lui. Certains, qui voyaient assez clair le danger où ils étaient, vinrent donner avis au gouverneur de rendre la place à l'ennemi à certaines conditions. Toutefois le gardien ne put jamais trouver bon de la commettre à la foi des hérétiques et fut d'avis de ne les pas croire, quelque grand serment qu'ils fissent, étant bien assuré que ceux qui avaient violé la foi donnée à Dieu ne la garderaient envers les hommes. C'est pourquoi il travaillait à munir et réparer les brèches, et excitait ses compagnons et ses frères à l'imiter, et les pressait encore plus lorsque les soldats mercenaires défaillaient et perdaient courage. Mais enfin, comme l'ennemi ne laissait passer un moment sans faire des progrès et que le danger augmentait d'heure en heure, et aussi que les grandes décharges d'artillerie étonnaient les gens non expérimentés ni accoutumés à telles foudres de batterie si fréquente que la tour semblait en

être ébranlée, et au moment d'être ruinée de fond en comble, et comme située au milieu des flammes paraissait toute ardente, la vertu de peu de personnes qui avaient pris résolution de soutenir toutes extrémités, ne peut avoir la force de les retenir à la fin d'acquiescer à cet avis, de rendre et quitter la place, étant vaincus par les clameurs continuelles, et hauts cris de plusieurs hommes et femmes, qui importunaient sans cesse pour que Ton regardât au salut et conservation de tous. Bien que, non sans grande apparence d'opiniâtreté, le gouverneur résistât toujours à cet avis, il consentit enfin. Et partant l'on vint à capituler avec l'ennemi, auquel on offrit de rendre la citadelle, la vie et les biens saufs ; ce que les Gueux ayant refusé, demandant les biens et vie de tous les assiégés, derechef le cœur leur grandit par le danger où ils se voyaient de tomber es mains des ennemis, ils aimèrent mieux et jugèrent être plus sûr et honnête de se défendre par la force ; ils recommencent à tirer plusieurs coups de canon contre l'ennemi. Il advint alors qu'un caporal, allant vaillamment à l'assaut, fut frappé au front d'une balle de fer, dont il mourut peu après. Quand les Gueux virent que s'il fallait prendre la citadelle de vive force, cette victoire n'adviendrait pas sans grande effusion de sang et qu'il y avait à craindre le secours que l'on attendait, ils commencèrent à traiter plus doucement avec les assiégés de la reddition de la place, leur promettant la vie sauve. Le capitaine Marin jura que tous ceux qui y étaient, tant ecclésiastiques que séculiers, auraient la vie sauve et sortiraient tous librement de la citadelle, pour se rendre où bon leur semblerait. Mais quant aux biens qui s'y trouveraient, on accorda qu'ils seraient abandonnés au pillage, à la volonté du vainqueur. La reddition de cette citadelle fut faite peu après minuit, le vingt-sixième jour de juin.

Les Martyrs de Gorcum 237

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