‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 81 sur 133 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

COMME LES AUTRES CAPTIFS FURENT MENES EN LA PRISON, ET DE LA DÉCLARATION QUE FAIT LE CAPITAINE MARIN.

Peu de temps après que les religieux eurent été tirés hors et menés en la susdite chambre, l'on appela aussi tous les autres captifs demeurés en la salle, tant ecclésiastiques que séculiers, lesquels ne sachant où l'on les menait, et ayant encore espérance d'être délivrés, suivent sans aucune diJBQculté celui qui les mène ; mais avancés et conduits quelque peu avant, ils voient n'être au chemin de sortir, comme ils avaient espéré, ains que l'on les menait en une prison. Ils entrent donc au lieu où ils sont commandés et endurent avec patience le présent accident ; un seulement d'entre eux, fort riche et délicat, comme il se voit mener en prison avec contrainte d'y entrer, montra en cet endroit la faiblesse de son esprit et sa pusillanimité. Il commence à résister fort et ferme des mains et des pieds : qui fut cause que les soldats le poussèrent de force, le traînèrent et battirent tant qu'ils le contraignirent d'entrer en prison. Mais il n'a pas été du nombre de ceux par la mort desquels Dieu devait être clarifié et son Eglise illustrée. Lors l'un du nombre des captifs, prenant la hardiesse d'approcher le capitaine Marin, et l'appelant avec liberté, lui représente que ce qui se faisait contre eux n'était conforme aux accords contractés portant que l'on leur avait promis et juré la vie sauve et liberté. Auquel comme le capitaine Marin eut répondu qu'il confessait l'avoir ainsi promis, et qu'il l'observerait inviolablement : « Mais toutefois (dit l'autre) il est assez manifeste que vous ne tenez pas votre promesse, vu que vous faites emprison-

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ner ceux auxquels yous avez promis par serment la liberté. » A quoi le capitaine Marin répondit : « J'attends quelqu'un qui doit venir de Dordrecht : selon qu'il me rapportera, l'on traitera avec vous. — Attendez-vous encore cela donc ? mais si ce messager que vous attendez rapporte que nous devons être tous pendus ? Vous savez que l'accord est fait avec vous, et non avec autres. La citadelle avec tous ceux qui étaient dedans vous a été rendue et commise à votre foi et, partant, vous devez vous acquitter de votre promesse, et décharger la foi et parole que tant de fois et si saintement vous nous avez engagée. » Quand il se vit ainsi pressé, il répondit : « Je sais et confesse que je vous ai donné ma foi, et s'il m'était loisible de mettre à exécution cette affaire selon mon seul avis, je vous laisserais aussitôt aller en liberté. Mais d'autant que je ne puis faire ce que je veux, vous devez attendre le succès qui en adviendra. »

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