‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 85 sur 133 · DE LA CONSTANTE CONFESSION QUE FAIT SIRE NICOLAS POPPEL · texte numérisé non relu

DE LA CONSTANTE CONFESSION QUE FAIT SIRE NICOLAS POPPEL

Or est-il qu'aucuns citoyens ennemis de TEglise avaient par faux rapports fait entendre que les catholiques avaient transporté en la citadelle grande quantité d'argent. Les Gueux, abreuvés de cette opinion, font tout ce qu'ils peuvent afin d'extorquer des prisonniers et découvrir par force où était la cachette des trésors qui avaient été serrés. Ils commencent donc par Nicolas Poppel, le plus jeune curé de la ville, contre lequel ils étaient plus irrités, parce qu'en ses prédications il avait accoutumé de crier plus âprement que les autres contre les hérétiques. Premièrement ils demandent que l'on leur montre les trésors de l'Eglise. Mais comme la constance du personnage ne s'émeut par menace, ils se préparent à user de force. Ils le mettent devant eux et le tiennent de telle façon en arrêt, qu'il ne se peut mouvoir, ni tourner d'un côté ni d'autre. Ils lui présentent devant la bouche une escopette, vulgairement dite un pistolet, chargée d'une balle et poudre à canon, bandée et amorcée de ce qu'il lui faut, comme s'ils voulaient promptement

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tirer contre lui. Lors donc avec un âpre et cruel reproche, ils lui commandent de dire, s'il ose, ce que plusieurs fois il avait prêché en ses sermons, l'injuriant de ces mots : (( Vois-tu là, prêtre, où est maintenant ta bouche et ta victoire, toi qui tempêtant en la chaire, as tant de fois babillé et crié que tu mourrais volontiers pour ta foi ? Or sus donc, parle clairement, et réponds si tu es prêt à faire preuve maintenant de tes héroïques paroles, et sceller ta doctrine par la mort. » A cela le saint personnage répondit librement : « Je souffrirai volontiers la mort pour la foi catholique et la créance au corps et sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ être vraiment contenus au Saint-Sacrement, sous les espèces de pain et de vin. » Après cette confession, n'attendant plus que de mourir incontinent, il s'écria à haute voix, de telle sorte qu'il était entendu par presque toute la citadelle, disant : « Mon Dieu, mon Seigneur et Maître, je recommande mon esprit en vos mains. » Cependant le soldat n'osa pas lâcher l'escopette qu'il tenait contre la bouche du curé. Dieu retenant la main de ce barbare, afin de réserver iceluy pour témoin de sa vérité à un plus grand sujet de patience et à une plus grande gloire. Mais ces soldats, irrités par cette vertu et ne désespérant pas encore de découvrir les trésors de l'Eglise, essaient de trouver une autre voie pour extorquer une confession de ce qu'ils prétendaient savoir. Après avoir ôté la ceinture de corde à l'un des frères mineurs, ils enserrent avec elle le col au curé Poppel et attachent l'autre partie à la porte de la prison, alors le tirant en haut d'une grande force et violence, et derechef le laissant abaisser, comme ils recommençaient souvent, peu s'en fallait que lui serrant trop fort la corde, ils ne lui étouffassent le passage de la vie. Ils le pressent alors instamment de déclarer où sont les trésors. Mais le voyant persévérer en sa première déclaration, et enfin qu'après beaucoup de tourments il

était défailli et dénué de ses forces naturelles, et presque sans âme, ils le délient, et le poussent arrière d'eux. Il revient peu à peu à soi et reprend son esprit. Mais toutefois le noble confesseur de Jésus-Christ a toujours gardé la marque de la corde autour du col ; on la vit continuellement jusqu'à sa mort.

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