‹ Les martyrs (volume 3)Chapitre 88 sur 133 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

RÉFUTATION DE QUELQUES RECITS NON VÉRITABLES, TOUCHANT CE QUI EST ADVENU AUX PRISONNIERS.

Or avant que je retourne à la suite du discours que j'ai entrepris, je vous avertirai cependant, mon ami lecteur, que plusieurs faux bruits, ou bien douteux, sur les tourments faits en ces temps-là à nos martyrs, ont par le rapport d'aucuns été semés parmi le commun peuple, que nous avons estimé ne devoir être insérés en ce présent discours. Car les martyrs de vérité n'ont besoin de fausses et douteuses louanges. L'on disait que la première nuit ils furent dépouillés tout nus, mis en pièces et cruellement déchirés à coups de verges. Mais le contraire est assez notoire et véritable : combien qu'il soit vraisemblable que les Gueux l'aient ordonné d'être fait : d'autant qu'ils avaient à cette heure-là des verges prêtes avec l'échelle, destinée pour la torture, et que le jour précédent l'on avait vu porter des faisceaux et poignées de verges en la citadelle : dont l'on conjectura dès lors qu'ainsi avait été fait. Mais pourquoi il n'a été fait, Dieu le sait, en la main duquel sont les volontés des hommes. Aucuns aussi croient qu'entre autres tourments que nous avons dit ci-dessus avoir été diversement infligés à Nicolas Pic, ils lui ont par ignominie écrit au front et façonné avec un couteau la figure de la croix. Mais nous ne pouvons pas assurer cela, estimant que la cause de l'incertitude et erreur vient de ce que son front heurta dans la chute (quand par la rupture de la corde il tomba en terre) ou que la marque qui y était demeurée provenait de la brûlure de la flamme que l'on lui apposa. Nous avons délibéré mêler en notre histoire,

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non des incertaines conjectures de toutes sortes de personnes, mais les actes seulement que nous savons, ou dont nous avons bons témoignages de personnes dignes de foi. Quant à moi, je suis certain et bien informé de la vérité de l'histoire (afin que personne n'en doute) non seulement par le très fidèle témoignage et récit que m'en a fait mon frère, et qui l'a entendu de la bouche du curé Léonard, lorsqu'il a été pour peu de temps relâché de la prison, et libre de communiquer avec ses amis, mais aussi d'autres qui étaient lors présents en ce lieu, et depuis sont échappés, qui convenaient tous en un même et confiant récit. Desquels aussi l'un nommé Pontus Heuterus, chanoine de Gorcom, homme docte, et qui par ses livres a acquis grand nom de réputation, a décrit la vérité de l'histoire en vers, lequel depuis est trépassé. Mais revenons au progrès de notre entreprise.

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