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l'avertit de ce qui se passait dans la maison et voulut sortir par une autre porte. Mais, la trouvant investie par un grand nombre de gens armés, il essaya de sauter dans un champ.

« Ayant été découvert, il reçut plusieurs coups de fusil, fut renversé à terre et rejoint par les camisards, qui l'achevèrent en le perçant de coups.

« Plusieurs personnes qui étaient de l'autre côté de la colline le virent lever les bras au ciel et l'entendirent répéter plusieurs fois « Miséricorde ! » jusqu'à ce qu'enfin il expira.

« Le seigneur de la Devèze, son frère aîné, descendit de la tour où il était avec sa mère, pour secourir son cadet. A peine sorti, les assiégeants lui tirèrent deux coups de fusil, et l'ayant manqué, ils se jetèrent sur lui et le poignardèrent.

« Pendant ce temps, sa vieille mère l'exhortait et l'encourageait, jusqu'à ce qu'elle l'eut vu expirer avec une constance héroïque. »

Vint ensuite le tour de demoiselle Thérèse.

« Les camisards la traînèrent d'abord, comme une innocente brebis, dans la cour du château, où madame sa mère l'encouragea vaillamment comme elle avait fait pour son frère aîné.

ft La jeune fille, toute consolée et vivement animée de l'esprit de Jésus-Christ, pria ceux qui la tenaient de lui donner un moment pour faire sa prière ; ce qui lui aj'ant été accordé, elle se prosterna à genoux, etlevant ses yeux et ses mains au ciel : Mon Dieu, dit-elle, je remets mon âme entre vos mains et je vous conjure de me faire miséricorde, par les mérites de Jésus-Christ, votre fils, par l'intercession de sa sainte Mère, la glorieuse Vierge Marie...

« Au seul nom de Marie, ces impies entrèrent dans une si grande fureur contre la sainte fille, qu'un d'entre eux

lui tira un coup de fusil au milieu du front, qui lui emporta le crâne et fit sauter sa cervelle sur le pavé.

« Le seigneur de Grèzes, âgé d'environ quatre-vingts ans, beau-frère de M™* de Lacan, s'étant barricadé dans sa chambre, se mit à la fenêtre pour sonner une cloche, afin d'appeler du secours : ils lui tirèrent plusieurs coups de fusil, jusqu'à ce qu'enfin ils le renversèrent sur le plancher de sa chambre, et il fut enseveli dans l'incendie du château.

« Non contents d'avoir fait mourir M""^ de Lacan autant de fois qu'ils avaient égorgé, en sa présence, des enfants qu'elle chérissait comme une partie d'elle-même, ils voulurent encore qu'elle fût la spectatrice de l'incendie de sa maison.

« Cette femme forte vit d'un œil sec et avec une tranquillité parfaite la ruine de son château, et elle était si unie à Dieu, si recueillie en elle-même, qu'elle semblait ne faire aucune attention à ce qui se passait devant ses yeux.

« Parmi ces scélérats, il y en avait deux à qui elle avait fait plusieurs fois l'aumône. L'un, appelé Jacqueton, avait été nourri par elle, une bonne partie de l'hiver précédent. Cet ingrat, au lieu de témoigner un peu de reconnaissance à sa bienfaitrice, « la prenait parle menton et lui disait mille indignités ». L'autre était le trop fameux Pierre Séguier, que ces illuminés nouveaux appelèrent Esprit Séguier, parce qu'ils le considéraient comme leur prophète. Il fit semblant d'être en effet saisi par l'Esprit en ce moment, et il parut, au milieu de ses contorsions, chercher à découvrir si le Ciel voulait qu'on fît mourir cette dame. L'Esprit prononça un arrêt de mort.

« La pieuse châtelaine, en l'entendant, s'écria : In te, Domine, speravi, non confundar in œternum ^. Ils ne l'en-

1. J'ai espéré en vous, Seigneur, je ne serai point confondue.

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tendirent pas plus tôt prier de la sorte, qu'ils se mirent à lui reprocher d'invoquer le diable. — Vous vous trompez, leur répondit-elle, c'est un seul Dieu en trois personnes que j'invoque. C'est lui seul que je prie et que j'adore en esprit et en vérité. Accordez-moi un moment pour achever ma prière.

« Ce moment passé, ils se jetèrent sur cette généreuse femme comme des loups enragés, lui perçant le sein de plusieurs coups de poignard.

« On connaît assez dans le pays la grande vertu de toute cette famille. Son château, situé dans un pays affreux et au milieu de l'hérésie, était comme la tour de David qui servait de rempatt à tous les catholiques, de retraite à tous les prêtres.

« C'était un hôpital où l'on recevait tous les pauvres, sains et malades, et de fait il y avait un appartement qui leur était destiné. La jeune Thérèse se faisait un plaisir de les servir, même dans les maladies contagieuses.

« S'il m'était permis de sonder les cœurs (c'est le contemporain Rescossier qui parle), je ne craindrais pas de dire que cette jeune fille n'a jamais perdu l'innocence de son baptême. Le confesseur qui a entendu sa confession générale six ou sept mois avant sa mort, a assuré ne lui avoir trouvé d'autres péchés que ceux que l'on commet chaque jour et que l'on peut appeler, avec saint Augustin, les péchés des justes.

« M"^® de Lacan était toujours occupée aux œuvres de charité, surtout à retirer des occasions et à établir les jeunes filles qui couraient risque de se perdre.

« Le caractère de cette famille était d'obliger tout le monde et de ne donner jamais à personne aucun sujet de mécontentement.

« La prière du soir et du matin, la lecture spirituelle, la fréquentation des sacrements, tout s'y faisait aussi régulièrement que dans une maison religieuse. »

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