Dixième lettre du prieur de Mialet
plus bas, malgré le froid, il demeura en cet état violent pendant quatre heures,
« De la maison du maître d'école, ils sont allés à celle du sieur Carrieu,. .. nouveau converti. Comme il avait entendu qu'on avait enfoncé la porte de la maison du maître d'école, voisine de la sienne, il prit le même chemin que l'autre, et lorsqu'il crut être hors de danger... il tomba dans un corps de garde, où il fut attaché et conduit en cet état au commandant...
(( Il fut mis avec les trois catholiques qu'on avait pris auparavant et conduit devant la grande porte de l'église qu'on avait abattue à coups de hache. Tandis qu'une partie travaillait à briser la porte de l'église, d'autres portèrent une croix de bois qui était au milieu du lieu, et quelques autres, à coups de hache, ont fracassé une belle croix de pierre de taille qui était au devant de l'église sur une belle place. . .
« Quand les portes de l'église furent à bas, ils entrèrent tous dans l'église avec les quatre prisonniers qu'ils avaient faits, et firent apporter la grande croix de bois dedans qu'ils mirent en pièces. Cela fait, à grands coups de hache, ils mirent à bas le grand autel et ceux des deux chapelles, de même que les tableaux et le petit tabernacle que M. le prieur y avait laissé à la place du grand tabernacle qu'il avait tâché de mettre à couvert et dont une partie a péri. La chaire, balustre, confessionnaux, sacristie, bancs, planches, baptismaux, bénitier, etc., ont eu le même sort.
« Quand tout cela a été fait en présence des quatre prisonniers, on a chanté quelques psaumes. Après quoi on a dit à un de leurs prophètes de prophétiser, ce qu'il n'a fait qu'après avoir parlé au commandant qui se faisait appeler le chevalier Roland, de la paroisse de Mialet, qui affectait de n'être pas connu, et qui obligea le prophète de s'adresser à un autre commandant qui se faisait
Quelques victimes des Camisards 41
appeler le prince Eugène. Le prophète sur ce qui lui avait été dit à l'oreille prophétisa qu'il fallait donner la vie à celui qu'on avaitpris en fuyant le long de la rivière, pourvu qu'il rendît les armes qu'il avait, et qu'il fallait que les trois autres mourussent en même temps.
« On donna donc la vie au sieur Carrieu, et les autres furent tués et massacrés de la manière suivante.
« Le nommé Lafon, père, fut tué dans l'église d'un coup de pistolet à la gorge. Après cela, on lui a coupé les deux oreilles et partagé le menton, avec un sabre, en forme de croix. Son fils a été assommé à coups de hache et de sabre ; le troisième a été tué d'un coup de fusil.
« Pendant que La Ramée, qui est l'exécuteur de ces actions tragiques, faisait ce qu'on lui avait commandé, les autres, en chantant des psaumes, mirent le feu à tout ce qu'il y avait de combustible dans l'église K »
Après que les camisards se furent retirés de Mialet, en reprenant le chemin de Saint-Sébastien, par lequel ils étaient venus, ils trouvèrent un ancien catholique de Générargues... qui se réfugiait à Alais avec sa famille, et qu'on a massacré d'une manière extraordinaire. »
Ce catholique s'appelait Dudon.
« Quoique Saint-Christol ne soit éloigné que d'une demi-lieue d' Alais, on a tué et massacré quelques anciens catholiques.
« Hier on a trouvé trois autres morts sur le grand chemin près d' Alais, et un autre aujourd'hui près de Mialet, qui était encore en vie 2.
« Une autre troupe a été vendredi dernier à Saint- Privat-de-Vallongue, dans le diocèse de Mende, et a massacé, dans un village de cette paroisse, le sieur Ver-