‹ Les martyrs (volume 4)Chapitre 51 sur 59 · COLLEGE · texte numérisé non relu

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dont ils ont soin d'enlever les gravures et d'arracher toutes les feuilles de papier blanc.

Cette année 1762,.. en Portugal, des bruits de guerre circulaient partout et jetaient la frayeur dans le peuple. Une agitation extraordinaire régnait autour de nos prisons ; tous les postes étaient augmentés. Le 28 janvier 1762, à sept heures du matin, je vois entrer contre toute attente deux officiers qui m'avertissent de me tenir prêt à partir dans une heure. Depuis les dernières perquisitions faites parmi mes hardes, c'était plus de temps que je n'en avais besoin. Après quelques minutes, j'étais prêt. On me donna six compagnons de voyage, le reste des prisonniers devait nous suivre un peu plus tard et en deux bandes séparées. Nous montâmes à dos de mulets, et nous voilà en route vers l'inconnu. Une escorte de cavaliers nous empêchait de fuir. Les gens se rangeaient sur notre passage et retardaient notre passage dans les villes. Au sortir de la prison, nous apprîmes l'exécution du P. Malagrida ; tout le monde en parlait : « On l'a chargé de bien des crimes sans doute, mais on ne l'en a pas convaincu. » L'opinion publique n'était pas favorable à Pombal ; aussi le ministre, qui avait eu grand soin de répandre dans le peuple la sentence de condamnation, se vit-il obligé de la faire disparaître ; mais quelque diligence qu'on pût faire, on ne retrouva pas tous les exemplaires.

Sortis d'Alméida, nous ignorions notre destination. Le deuxième jour du voyage, j'eus une syncope, ainsi que deux autres pères. On attribua cet accident au brusque changement d'air; car depuis plus de deux ans nous ne respirions qu'un air vicié. Ce même jour on remplaça les mulets par des litières ; il était temps, nous étions rompus de fatigue. Nous passâmes à Coïmbre, où la Compa-

gnie dirigea jadis une fameuse Université, puis à Santarem dans l'Estramadure. Cette ville compte un grand nombre de religieux de différents ordres. En passant devant le couvent des franciscains, j'en remarquai plusieurs qui nous regardaient avec une vive curiosité ; depuis plus de deux ans ils n'avaient pas vu un seul jésuite.

Après quinze jours de voyage, nous arrivâmes à Lisbonne, le 9 février, en pleine nuit. Nous fûmes immédiatementconduits, aupetitfort de Junquiera, àunebonne lieue de la ville. Nous y devions attendre le jour ; mais la prison était encombrée d'une multitude de prisonniers de distinction que Pombal y avait enfermés. La veille même était arrivé le comte de Saint-Lourenço, dont tout le crime consistait à être demeuré fidèle au P. Malagrida, au milieu de ses disgrâces . Après trois heures de halte nous partîmes pour Bélem , située à un quart d'heure de distance. Nous y passâmes le reste de la nuit dans la prison publique, au milieu des voleurs et des brigands. Le lendemain, on nous dirigea de Bélem vers la tour Saint-Julien. Les officiers de l'escorte qui nous accompagnaient depuis Alméidas'étaientpersuadé qu'on voulait nous élargir, aussi leur étonnement fut extrême de nous voir entrer dans ces nouvelles prisons et passer du purgatoire en enfer.

Pour atteindre les cachots de la tour Saint-Julien, on descend d'abord quelques marches'; puis on rencontre un corridor très obscur, le long d'une voûte qui supporte les logements des soldats. Un officier nous précédait avec une lumière pour éclairer notre marche ; bientôt une porte s'ouvrit : l'officier me pria d'entrer ; un instant après, la porte se ferma et je me trouvai dans la nuit la plus complète. C'était mon cachot. Je me traînai à tâtons pour reconnaître un peu le terrain ; pour tout ameublement, je rencontrai quelques planches destinées à me servir à la fois de table et de lit. Je demeurai une heure environ dansces ténèbres ; enfin, on m'apporta une chan-

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délie qui fut bientôt consumée et je retombai dans l'obscurité. Le dessein de Pombal avait été d'abord d'isoler tous les pères étrangers. Mais le nombre des cachots ne suffisant pas, il ne put exécuter ce projet et, le lendemain, on me réunit à un de nos anciens compagnons de captivité d'Alméida. Nous demeurâmes ensemble dans cette espèce de caverne depuis le 10 février jusqu'au 4 mars. Mais dans la nuit du 3 au 4 mars, éclata un épouvantable orage ; la pluie tombait par torrents ; Teau, filtrant à travers les jointures des pierres de la voûte, envahit notre cachot et le transforma en lac. Nos deux voisins partagèrent le même sort. Il devenait impossible de nous y laisser. On nous transféra sur-le-champ dans une prison qui venait d'être bâtie. Je ne saurais dire si nous gagnâmes au change. Les murs de notre nouveau logis étaient si humides que le moindre attouchement de la main y laissait une empreinte. L'intention du gouverneur de Saint- Julien était de nous ramener dans notre cachot aussitôt que les murailles et le sol seraient séchés. En fait, nous n'y rentrâmes jamais et demeurâmes dans notre humide prison, véritable souterrain où l'on descendait par un escalier de 23 marches.

Comment dire les misères et les souffrances que nous endurâmes dans ce lieu? Jour et nuit nous n'avions que la lueur d'une petite lampe. Je regarde comme un prodige de n'avoir pas perdu la vue dans cette obscurité perpétuelle. Deux régiments logeaient dans le fort. Que de fois les cris des soldats nous réveillaient en pleine nuit. Ajoutez le roulement des tambours, les hurlements des chiens aboyant des heures entières. Ce n'est pas tout. Pendant la première année de notre incarcération, des ouvriers furent continuellement occupés, jour etnuit.à refondre l'artillerie au fort. Chaque coup de marteau retentissait dans nos cachots avec un bruit assourdissant. C'était le frère de Pombal, Paul de

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Mendoça, le grand inquisiteur de la foi, qui présidait à ces travaux.

Je ne dirai rien de l'infection de la prison, ni des chaleurs insupportable de l'été, ni des morsures des insectes, ni des planches humides nous servant de lit. En hiver et les jours de pluie, l'eau dévalait par l'escalier dans notre cachot et y détrempait le sol, en sorte que nous ne savions plus où mettre le pied. La mort nous eût paru un bienfait au milieu de tant de souffrances ; elle ne tarda pas à venir. Sa première visite fut pour le P. Ernest King, anglais, de la province du Portugal. Il fut frappé d'apoplexie le 27 mars pendant le souper et tomba mort dans les bras du compagnon, qui était français.

Jusqu'à ce moment personne n'avait pu deviner les raisons qui avaient décidé Pombal à nous transférer d'Alméida à Saint- Julien. Les événements politiques de 1762 (août) expliquèrent la mesure. C'est que la guerre venait d'éclater entre l'Espagne et le Portugal.

Le 10 août, Alméida fut bombardée et capitula. Le commandant fut emprisonné à Coïmbre, pour manque à son devoir, et plusieurs des officiers, nos sévères geôliers d' Alméida, partagèrent notre captivité à Saint- Julien. Pombal avait tout prévu, et six mois auparavant s'était précautionné pour empêcher que nous ne fussions délivrés par les Espagnols au cas où la ville serait prise. Un officier m'a dit que lorsque nous arrivâmes à Saint-Julien, Pombal dit : « Tant que je vivrai, ces gens-là ne verront pas le soleil. » Dieu lui pardonne.

Le 21 octobre mourait le P. Antoine Torrès, de Coïmbre. Ce père avait été pendant seize années pénitencier du Vatican, à Rome. Revenu dans sa patrie, on lui confia la charge de provincial, puis celle de recteur de la maison professe de Saint-Roch, à Lisbonne. H était très lié avec le nonce du pape, dont il était confesseur. Ce fut la cause des rigueurs de Pombal à son

égard. Le P. Torrès fut dabord banni de Lisbonne et relégué à Bragance, puis jeté à la tour Saint-Julien.

Les captifs n'avaient aucune communication entre eux de prison à prison. Pombal leur avait défendu avec menace d'adresser la parole aux sujets du roi ou de faire passer quelque billet. Cependant, en dépit de tous les obstacles et malgré la vigilance de nos geôliers, nous parvînmes à établir quelques rapports entre nous et à nous envoyer mutuellement des lettres et même quelques livres. Des enfants qui venaient quelquefois nous apporter notre nourriture nous faisaient ces commissions.

L'année 1763 n'apporta aucun adoucissement à nos misères. Le Portugal célébra deux grandes fêtes, d'abord la nouvelle du traité de paix conclu le 26 mars entre la France, l'Angleterre, l'Espagne et le Portugal, puis la naissance du second fils du prince Don Pedro. Mais les prisonniers de Saint-Julien n'étaient plus censés de ce monde. Seul, le père commun des fidèles, Clément XIII, ne nous oubliait pas. Déjà, l'année précédente, il avait écrit deux lettres mémorables en faveur de la Compagnie, l'une aux évêques et au clergé de France, l'autre au roi Louis XV. Cette année 1763, il s'adressa au roi de Pologne, Stanislas Leczinski, et lui recommanda avec les plus vives instances de protéger la Compagnie en butte aux attaques de ses ennemis et de tous ceux de l'Eglise. Vers la fin de l'année, le 30 novembre, nous perdîmes un de nos compagnons, le P. Vincent de Leixas. Il mourut pendant la nuit, sans avoir eu la consolation de recevoir les derniers sacrements ; on n'avait permis de les lui administrer que le lendemain ! Notre plus grande privation, on le comprend, était i'im-

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possibilité de célébrer la sainte messe, et même nos geôliers ne se mettaient pas en peine de nous faire donner la communion pascale. Nous ne pouvions espérer de communier que dans le cas d'une maladie mortelle, et encore, dans ce cas, fallait-il le certificat du médecin.

Notre seule consolation était dans l'échange clandestin de quelques lettres ; nous nous aimions tous comme des frères, et un des captifs put chanter en toute vérité :

Lusius, Hispanus, Germanus, et Italus, uno Clauduntur quatuor carcere, corde pares ;

Distinctum genus est illis, disjunctaque tellus ; Unus sed quatuor quam benejunxit amor '.

[Le 21 octobre 17641 (Pombal) nous adjoignit dix-neuf pères appartenant aux différentes provinces de l'Asie. On comptait parmi eux douze Portugais, deux Allemands, autant d'Italiens et de Chinois, et un Français. Sans les fatigues de la traversée, nous aurions eu deux compagnons de plus ; mais deux proscrits, l'un et l'autre français, moururent en chemin ; c'étaient le P. Jean Sylvain de Neuville, de Bordeaux, ancien supérieur de la mission française en Chine, et le P. Gabriel Roussel, parisien, procureur de cette même mission. Ces pères n'étaient point sous la domination du roi de Portugal ; mais, comme ils étaient jésuites et qu'ils avaient habité sous le même toit que les jésuites portugais, on leur fit partager le même sort.

1. Il fallait, pour être exact, ajouter deux Français et un Angk

L'arrivée de ces nouveaux pères amena un changement dans la répartition des prisonniers de Saint- Julien. Nous étions 92 et on n'avait que 28 cachots ; selon leurs dimensions plus ou moins grandes, on y renferma deux, trois, quatre, cinq et même six prisonniers.

La mort nous avait épargnés pendant toute l'année 1764 ; en revanche, elle emporta sept pères dans le courant de 1765. Cinq appartenaient au Portugal, un autre à l'Italie ; et le septième était chinois : François de Cunha, encore scolastique. Il avait servi de guide aux missionnaires dans leurs courses apostoliques, puis d'interprète au dernier ambassadeur de Portugal à la cour de Pékin, et enfin de catéchiste à l'évéque de Nankin. Arrivé plus tard que les autres jésuites de Macao, il parvint à tromper la vigilance de ses gardes, changea d'habit avec un de ses compatriotes et prit la fuite ; mais, reconnu peu de temps après, il fut ramené au collège, où il reprit avec joie l'habit de la Compagnie, pour partager les soufifrances de ses frères . Sa fin offre des circonstances édifiantes recueillies par le P. Koffler, entre les bras duquel il est mort. Je les reproduis ici :

« Aujourd'hui, 27 février, raconte le P. Koffler, vers trois heures et demie, notre très cher frère en Jésus- Christ, François de Cunha, scolastique, a passé de cette vie à une vie meilleure, comme il est permis de le croire. Pendant plus de dix mois, les plus cruelles maladies ont exercé sa patience et purifié son cœur. Vers la mijanvier, son mal prit un caractère d'autant plus alarmant que nous étions entièrement dénués de secours et que l'atmosphère de notre cachotétait malsaine et corrompue. Le F. de Cunha n'ignorait pas la gravité de son état, et

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il commença à se disposer au grand passage de la vie à l'éternitéj comme on pouvait l'attendre d'un véritable enfant de la Compagnie. Sa résignation était admirable ; elle parut surtout dans cette circonstance : le chirurgien venait de lui prescrire une saignée ; mais comme il était extrêmement affaibli, j'essayai de lui faire comprendre que la prudence ne permettait pas qu'il se soumît en cette circonstance à la prescription du chirurgien, et que ce remède, déjà mis en œuvre plusieurs fois, finirait par le tuer. Le F. de Cunha me dit qu'il voulait obéir au chirurgien et se conformer ainsi aux règles de notre bienheureux Père, ajoutant qu'il aimait mieux mourir victime de l'obéissance, que de vivre un grand nombre d'années en écoutant sa propre volonté. Son agonie fut douce et dura à peine quelques minutes ; après avoir poussé un léger soupir, il s'endormit paisiblement dans le Seigneur, au moment où j'adressais les paroles de la recommandation de l'âme. »

Ce manque de remèdes dont parle ici le P. Koffler a causé la mort de la plupart des nôtres. Nous n'avions pas de médecin, mais seulement un chirurgien fort habile à faire des saignées, mais fort ignorant quant au reste. Cet homme habitait la petite ville d'Oeyras, à une demi-lieue environ du fort Saint-Julien. Lui seul était autorisé à voir les prisonniers ; plus d'une fois il laissa passer trois ou quatre jours et même davantage sans nous visiter. Aussi les maladies avaient-elles le temps de s'aggraver et même de devenir sans remède. Après la saignée, le plus ordinaire de ses remèdes était de faire prendre de l'eau froide au malade. En vérité, nous devons regarder comme un bienfait de la Providence que la mort n'ait pas fait plus de ravages au milieu de nous.

La fin précoce du F. de Cunha et la mort de six autres pères enlevés successivement dans le courant de l'année 1765 nous avaient été bien sensibles et nous attendions quelque relâche. Nos espérances furent déçues. Au mois d'avril, deux autres pères succombèrent aux souffrances de leur fétide prison. L'un était le P. Emmanuel Da Sylva qui, sur les traces glorieuses du P. Malagrida, avait parcouru le Brésil et gagné à Dieu un grand nombre d'âmes. Après dix-huit années de missions, il avait été arrêté avec son compagnon, le 20 mars 1760. Ramené de très loin à Rio-de-Janeiro, il avait été enfermé quelque temps dans un fort voisin de la ville, puis transporté à Lisbonne le 16 mars 1761, et le 5 juin de la même année incarcéré à Saint-Julien. L'autre victime était le P. François Mucci, Napolitain. Quand il fut arrêté, il était recteur au collège dit Chorao et de la maison de troisième probation, près de Goa. Au milieu des loisirs de sa captivité, il avait composé une vie de saint Ignace qui ne serait pas indigne de voir le jour. Le mois d'aoûtetlemois d'octobre furent plus favorables. Les portes de nos cachots s'ouvrirent pour la première fois, et trois captifs remis en liberté retournèrent dans leur patrie. Le premier était le P. Louis-Marie du Gad, de Lyon. Deux mois plus tard, le 21 octobre, il fut suivi par le P. Jacques Delsart, de Flandre, né au Quesnoy, que j'avais très bien connu en 1752, lorsque nous demeurions ensemble dans la maison professe de Saint-Ambroise, à Gênes. Peu après sortit le P. J.-B. du Ranceau, né à San-Rerao, mais d'origine française. Ces trois jésuites avaient protesté à plusieurs reprises, aux Indes et au Brésil, qu'ils étaient Français et n'appartenaient en aucune manière au Portugal.

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Ce triple départ et des morts encore plus multipliées avaient diminué notre nombre ; toutefois nous n'étions pas plus au large dans notre cachot, où nous trouvions à peine la place de nous mouvoir. A cette première cause de souffrance vint bientôt s'en ajouter une autre. Le F. Antoine Fereira, anglais, un de nos compagnons, devint fou. Les accès de son mal étaient si violents, que pendant plusieurs mois on fut obligé de le lier avec des cordes. Nous demandâmes plusieurs fois qu'il fût mis dans une pièce à part, mais inutilement ; il nous fallut endurer ce supplice nuit et jour pendant deux années entières.

Le 12 janvier de cette année, nous fîmes une perte que je ressentis bien vivement. Le P. David Fay, mon compagnon inséparable depuis cinq ans, nous fut enlevé par la mort. Depuis longtemps déjà nous devions nous attendre à ce malheur. Dès l'année précédente, il avait fait une dangereuse maladie, à laquelle il n'avait échappé que par miracle. Après une nouvelle année de souffrances, il alla enfin recevoir au ciel la récompense de ses longs travaux.

Le P. David était né au manoir de Fay, dont il avait pris le nom, dans la Haute-Hongrie. Sa famille était hérétique, et son père, qui occupait le premier rang parmi ses concitoyens, l'avait envoyé étudier en Angleterre, dans l'intention d'en faire un savant d'abord, puis, quand il serait de retour dans sa patrie, un apôtre et un défenseur zélé des nouvelles doctrines. Mais pendant l'absence du fils, la Providence changea le cœur du père. Un petit livre de Bellarmin, celui qui a pour titre: Controversiarum Fidei compendium, tomba entre ses mains et l'ébranla vivement. Il voulut s'instruire

plus à fond, et dans ce dessein, il s'adressa au comte Erdod, évêque d'Eger : celui-ci répondit à ses difficultés, éclaircit ses doutes, et l'ancien hérétique, découvrant la vérité, l'embrassa avec courage et fit son abjuration solennelle entre les mains de l'archevêque de Strigonie. Le fils, à son retour d'Angleterre, n'enseigna point l'erreur, comme on le comprend bien, mais il fut converti par son père et, plus tard, il entra dans la Compagnie de Jésus.

Quelquesjours s'étaient à peine écoulés depuis la mort du P. David Fa}', que nous avions à pleurer une autre perte, celle du P. François Wolf, de la province de Bohême, et longtemps missionnaire au Brésil. 'S^oici un petit fait que raconte à son occasion le P. Joseph Unger, appartenant lui aussi à la province de Bohême, et notre compagnon de captivité à Saint-Julien :

« Pendant vingt ans, dit-il, le P. François Wolf s'est dépensé dans les travaux] de l'apostolat avec un zèle extraordinaire. Quand on l'arrêta de la part de Pombal pour l'emmener captif à Lisbonne, je lui écrivis de la mission du Paraguay où je travaillais alors, et, me souvenant toujours que j'avais eu le bonheur d'être autrefois son disciple, je lui disais : « Maître, où allez-vous sans votre disciple ? — Dans trois jours, me répondit-il, vous me suivrez. » La prédiction se vérifia ; à mon tour, je fus arrêté, non pas, il est vrai, au bout de trois jours, mais au bout de trois années ; je partageai la captivité de mon maître et j'y demeurai quinze années entières. »

Jusqu'alors, la Compagnie avait conservé en Espagne une certaine tranquillité : elle était aimée du peuple et du roi Charles III ; mais là, comme partout ailleurs, elle avait des ennemis acharnés. Longtemps leurs attaques eurent peu de résultat et l'innocence, plus forte que la malice, avait triomphé. Cependant, à bout de ressources, nos ennemis inventèrent la plus odieuse des calomnies,

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et le roi signa l'arrêt de proscription contre tous les Jésuites de ses Etats, A cette nouvelle, le cœur de Clément XIII fut pénétré de douleur ; il écrivit à Charles III la lettre la plus capable d'émouvoir le roi ; il le suppliait, au nom de tout ce qu'il y a de plus sacré, de conserver un ordre si précieux à l'Église et à l'État. Sa voix demeura impuissante : l'injustice était consommée.

Revenons au Portugal. Au mois de mai de cette année 1763, le bruit se répand tout à coup que les jésuites détenus dans l'ancienne maison de campagne des ducs d'Aveiro, ont reçu une lettre du Souverain Pontife. Aussitôt Pombal et tous ses amis sont en émoi ; il faut à tout prix découvrir cette dépêche. Trois officiers royaux, escortés de trente soldats et ayant à leur tête le frère même de Pombal, François Mendoza Furtado, pénètrent à l'improviste dans la prison et réunissent tous les pères ; ils les font ranger sur une seule ligne et se mettent à les fouiller de la manière la plus brutale. Mais nulle trace de lettre ; on scrute tous les coins et recoins de la maison ; toutes les perquisitions sont inutiles. Enfin, de dépit, on fait descendre un enfant, qu'on nous pardonne ce détail, dans les fosses d'aisance et on furette avec une avide curiosité parmi les papiers qu'il en retire.

Cette ignoble recherche n'a pas plus de succès : cependant les officiers ne se tinrent pas pour battus et se mettent en devoir de procéder à une fouille encore plus ignominieuse. Les pères sont amenés un à un dans un appartement séparé, et là, malgré leurs protestations, ils sont dépouillés de tous leurs vêtements et soumis à la recherche la plus rigoureuse. Enfin, la lettre est trouvée. Que renfermait-elle ? une excitation à la révolte, un appel à la conspiration contre la vie du prince ? Non. La simple permission, accordée par le pape aux jésuites.

de conserver le Saint-Sacrement dans la chapelle intérieure du château. Voilà pour quelle dépêche on avait bouleversé toute la maison. Ce ne fut pas tout cependant, car les officiers de la prison furent tous rais aux fers pour avoir laissé passer cette lettre ; plusieurs employés subalternes furent condamnés aux travaux forcés, et neuf ans plus tard, quelques-uns gémissaient encore dans les prisons pour ce crime impardonnable ! Quant à nos pères, ils ne furent pas traités avec plus de clémence. Quelques jours après cette visite, deux d'entre eux étaient saisis et emmenés on ne sait où ; d'autres ne tardèrent pas à les suivre.

A la même époque, deux pères italiens reprenaient en liberté le chemin de leur patrie. Je profitai de cette occasion pour confier au P. Fantini un petit livre que j'avais traduit de l'allemand en latin, pour charmer les ennuis de ma captivité, et que je désirais faire parvenir à Mayence. C'était un opuscule du P. Pinamonti, ayant pour titre : La Croce sollevata.

Deux mois plus tard, le 5 juillet, un décret royal rendait à la liberté trente-sept prisonniers appartenant presque tous à la province de Portugal, et les envoyait en Italie rejoindre leurs frères exilés. Parmi ces Portugais, on distinguait le P. Jean Henriquez, ancien provincial du Portugal, et impliqué, comme on se le rappelle, dans le complot du duc d'Aveiro et du comte de Tavora. Plusieurs personnes ne virent pas sans étonnement la mise en liberté de ce père ; car, s'il était coupable, pourquoi lui faire grâce ; et, s'il était innocent, pourquoi l'avoir puni comme conspirateur ? Deux jésuites allemands partagèrent la bonne fortune des Portugais, et retournèrent dans notre patrie : c'étaient le P. GrafiF, qui mourut plus tard au collège de Trêves, et le F. Jacques Mullcr, de Cologne. Ces trente-sept religieux montèrent à bord d'un vaisseau danois et cinglèrent vers l'Italie,

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où ils arrivèrent sans accident : ce qu'on ne verra pas sans admiration, si Ton songe que le plus grand nombre des voyageurs étaient des vieillards de soixante ou soixante-dix ans, et même davantage.

A Tépoque où nous étions arrivés, nous avions vu sortir des prisons de Saint-Julien des pères appartenant aux différentes provinces du Portugal, de Goa, du Japon, de la Chine et du Brésil ; les seuls jésuites de la province du Maragnon avaient été exceptés de toute grâce.

Disons cependant qu'on ne nous laissa pas tout à fait privés d'espérance ; le gouverneur de la prison nous promit même qu'au bout de trois semaines il ne resterait plus un seul jésuite à Saint- Julien. Mais trois mois, trois années se passèrent, et nous demeurions toujours prisonniers, et c'est à grand'peine si, dix ans plus tard, la disgrâce de Pombal et non pas sa clémence nous tirait enfin des souterrains. En attendant, il continua de nous faire la guerre, comme par le passé. Le 28 août, il obtint un décret du roi, défendant expressément et sous les peines les plus graves, à qui que ce fût, d'introduire dans le royaume aucune bulle émanant de la cour de Rome. Cette voix du Pontife romain était à peu près la seule voix souveraine qui ne s'élevât pas, dans ces temps malheureux, contre la Compagnie. Le Portugal, la France et l'Espagne avaient chassé les jésuites ; l'Italie commença à les imiter.

Le 21 novembre 17(d7, cinq cents jésuites furent, à la . même heure, arrêtés dans le royaume de Naples et conduits à Pouzzoles, petit port sur la Méditerranée, à trois lieues de la capitale. Des vaisseaux les y attendaient, prêts à mettre à la voile, pour les emmener et les disséminer hors du rojaume. Au commencement de l'année suivante, le duc de Parme suivit l'exemple du roi de Naples, et les jésuites, sous le prétexte ordinaire de raison d'Etat, furent chassés de ses domaines.

Toutes ces persécutions remplissaient de joie Tàme de Pombal ; il aimait à voir avec quel zèle ses collaborateurs travaillaient à son œuvre de prédilection. Pour lui, il continuait de leur donner l'exemple. On se souvient de la manière dont il avait fait expier aux jésuites de la prison d'Aveiro la réception d'une lettre du Saint- Père. Deux pères enlevés au mois de mai 1767, quatre au mois de juillet, et enfin deux autres au mois d'octobre de la même année, ne lui parurent pas une expiation suffisante d un si grand crime. Au mois de mai 1768, il ordonna encore à cinq de ceux qui restaient, deux prêtres et trois frères coadjuteurs, d'échanger leur habit religieux contre des vêtements laïques et de monter à bord d'un vaisseau faisant voile pour l'Afrique. Où voulait-on les conduire ? C'est un mystère qui n'a jamais été pénétré ; et maintenant encore, au moment où j'écris ces lignes, on ne sait absolument rien sur leur sort : problablement, on les a abandonnés dans quelque île déserte.

Mais faut-il s'étonner que Pombal ait persécuté avec un tel acharnement les jésuites, qui plusieurs années auparavant avaient refusé les faveurs de la cour et repoussé dédaigneusement la proposition de quitter l'habit de la Compagnie, puisque ceux-là même qui avaient eu la criminelle faiblesse de céder à la peur ou aux promesses, n'échappèrent pas à sa haine ? Il les fit revenir d'Asie et d'Amérique et jeter en prison.

Après s'être attaqué aux personnes, il s'attaqua aux choses et prétendit réformer tout ce que les jésuites avaient fait et établi pour l'éducation de la jeunesse. Dans cette pensée, il déclare superbement que jusqu'à ce jour les études ont été négligées et qu'il s'agit de les

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restaurer. La réforme commença par l'Université de Coïmbre, si fameuse dans nos annales. Son entrée dans cette ville se fit avec un appareil militaire qui convenait bien mieux à ses goûts de despote qu'à un ami des lettres ; mais il entrait dans les desseins de Pombal de déployer partout l'appareil de la force brutale. Il s'installa au collège des jésuites, appelé le collège royal des arts, et fondé autrefois par Jean III, roi de Portugal. Son premier soin fut de faire effacer le nom de Jésus sculpté au frontispice de l'édifice. Quand il pénétra dans la bibliothèque, l'une des plus belles de la Compagnie, et par le nombre et par le choix des ouvrages, il fit réunir en un même monceau les quelques milliers de volumes écrits par nos pères, y ajouta tous les livres qui traitent de l'institut ou en font l'éloge, et ordonna à ses soldats d'y mettre le feu. Quelques instants sufiirent pour cet auto-da-fé de livres si précieux. On brûla parmi les autres les vingt- trois volumes in-folio du P. Suarez, cette lumière de l'Eglise, qui, pendant vingt ans, avait enseigné dans cette même Université de Coïmbre et y avait acquis cette juste réputation dont il jouit encore dans le monde.

Le plus grand obstacle que Pombal avait rencontré à l'exécution de ses desseins, était assurément la fermeté inébranlable du Souverain Pontife Clément XIII. Sa bonne fortune l'en délivra ; ce saint pape mourut le 2 février 1769, fête de la Purification de la sainte Vierge. Cette mort causa autant de douleur à la Compagnie que de joie à ses ennemis ; les jésuites perdaient leur dernier défenseur, et les méchants saluaient avec espérance l'avènement du nouveau pontife. Pombal ne fut pas le dernier à se réjouir ; mais, comme d'ordinaire, il mani-

festa sa joie par un redoublement de rigueur à notre égard. Trente et un pères restaient encore à la maison de campagne du duc d'Aveiro ; il les en fit tirer le 11 mai et les jeta avec nous dans les cachots de Saint-Julien. Ils laissaient derrière eux vingt-trois morts appartenant aux différentes provinces du Portugal, du Brésil, du Maragnon, de Goa, de Malabar, du Japon et de la Chine. Je remarquai parmi ces nouveaux venus le P. Szentmartonyi, Hongrois. Ce père, habile mathématicien, avait été envoyé en Amérique en 1753, par ordre du roi de Portugal Jean V, pour y fixer les limites entre les possessions portugaises et espagnoles. Avant son départ il avait obtenu du roi la promesse par écrit de pouvoir revenir en Europe, sa mission achevée, aux frais du trésor public. On l'occupa sept années en Amérique, après lesquelles il fut arrêté avec cinq autres pères, ramené en Portugal et jeté dans les cachots de Saint- Julien. Après un an de détention dans la tour, il fut transféré à la prison d'Azéitao, d'où il revint pour la seconde fois à Saint-Julien.

Le Saint-Siège resta vacant trois mois, après la mort de Clément XIII. Le 19 mai, le conclave élut le cardinal Ganganelli, conventuel, qui prit le nom de Clément XIV. Il est d'usage qu'à l'avènement d'un nouveau pape, tous les généraux d'ordre et les premiers supérieurs aillent lui présenter leurs hommages. Le P. Ricci, général de la Compagnie, se rendit avec les autres au palais du Saint-Père. Mais l'accueil de Clément XIV fut froid et glacé, et c'est à peine s'il échangea rapidement quelques syllabes. Cet accueil ne passa pas inaperçu, et bientôt même on en parla dans le public. Un journal de Madrid, le Mercure fit observer à cette occasion que le Souverain Pontife avait ainsi voulu, dès le premier jour, manifester ses intentions peu bienveillantes à l'égard de la Compagnie.

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Pombal était au comble de ses vœux ; mais la joie parfaite ne se rencontre pas sur la terre. Pendant qu'il regardait avec complaisance ses desseins s'acheminer vers une heureuse issue, il fut en peu de temps frappé d'un double coup aussi terrible qu'inattendu. Son frère, François Mendoza Furtado, qui avait autrefois servi ses desseins avec tant de zèle au Maragnon, fut emporté subitement par la mort. Un abcès qu'il avait dans la poitrine ayant crevé tout à coup, il expira en quelques heures. Son cadavre, tombé aussitôt en dissolution, exhalait une telle puanteur, que tous les domestiques s'éloignèrent, et qu'il fallut l'enterrer au plus vite. C'était au mois de novembre 1769,

La tombe de François Mendoza n'était pas encore fermée depuis deux mois, qu'on en creusait unedeuxième pour recevoir le second frère de Pombal, Paul de Carvalho, grand inquisiteur de la foi et auteur de la sentence qui avait condamné à la mort le P. Gabriel Malagrida. Depuis plusieurs mois déjà on prévoyait cette mort ; cloué sur un lit, Paul de Carvalho était dévoré par un mal incurable. Le pus coulait de tous les membres de son corps ; il ressemblait à un cadavre vivant. C'est ainsi qu'au milieu d'une lente agonie^ il rendit son âme à Dieu, le 17 janvier 1770.

Paul de Carvalho était prieur de l'abbaye de Guimaraens, non loin de Bracara, et en retirait des revenus considérables. Ace titre de prieur et à beaucoup d'autres vint s'ajouter, après sa mort, celui de très éminent cardinal. En effet, ayant été créé cardinal in petto par Clément XIV, le 18 décembre 1769, il ne fut proclamé que le 29 janvier de l'année suivante, douze jours après sa mort. En sorte que cette nomination ne servit qu'à nourrir la vanité de son frère le ministre, qui n'eut pas honte, trois

ans plus tard, de faire inscrire le nom du cardinal Paul dans l'annuaire ecclésiastique et de le placer parmi les cardinaux vivants. C'est ce dont on peut s'assurer en lisant dans le calendrier portugais la liste des cardinaux : Lisla dos cardeaes de que se compoem o sacro Collegio.

Dans une des salles du palais d'Oeyras, on voit un groupe qui représente les trois frères Carvalho, tous debout et se donnant la main ; au bas du monument on lit cette inscription : Concordia fratrum. Pombal est au milieu du groupe, princeps fratram, firmamentum geniis, rector fratrum, stabilimentum populi. (Eccli., xlix 17.)

Cette inscription n'a certainement pas le défaut d'être très réservée . Le célèbre marquis savait faire partager l'admiration qu'il se portait et comptait, même en dehors du Portugal, plus d'un panégyriste. Je me souviens d'avoir lu quelques pages écrites à sa louange par un auteur français, qui ne craint pas de l'appeler le premier homme du monde, puis il ajoute : « Ce fut le travail de tant de siècles de produire un tel prodige, qui, exposé à tous les regards, emporte l'admiration de l'univers... Qu'il est beau de pouvoir l'indiquer du doigt, et de dire : Le voici ; c'est lui ! O heureuse notre France, s'il lui était donné de contempler un jour un héros, un demi-dieu, semblable au comte d'Oej-ras ! » Il ne restait plus qu'à ajouter l'épitaphe du docteur de Salamanque, Alphonse Tostat : Hic stupor est mundi^ etc..

Quelques personnes s'étaient imaginé que la mort de deux frères précipités si rapidement dans la tombe ouvrirait les yeux de Pombal, et lui ferait craindre les jugements de Dieu. Il n'en fut rien. La fortune l'avai aveuglé. Il continua donc de vivre, et ce fut pour faire peser non seulement sur nous, mais sur le peuple portugais tout entier, le poids de sa tyrannie.

A l'occasion de l'avènement du nouveau pontife, un iubilè solennel fut accordé à toute l'Eglise. Deux lettres

Les prisons du P. Eckart 275

apostoliques portèrent cette bonne nouvelle dans tous les pays catholiques, et furent adressées, l'une à tous les patriarches, primats et archevêques, l'autre à tous les fidèles chrétiens. Partis de Rome le 12 décembre 1769, deux exemplaires de ces lettres arrivèrent à Lisbonne au commencement de l'année suivante. Le roi ou plutôt son ministre permit aux fidèles portugais de puiser à la source des grâces, de méditer ces lettres apostoliques qui rappelaient les obligations des princes si clairement marquées par saint Paul : Ministri enim Dei sunt in bonum ; nec sine causa gladium portant, vindices in iram ei quimalum agit.

Ils ne manquèrent pas de s'en faire à eux-mêmes la plus favorable application. La mauvaise entente qui régnait depuis dix ans entre les cours de Rome et de Lisbonne s'éteignit enfin sous le successeur de Clément XIIL Innocent de Conti, descendant d'une des plus anciennes et des plus illustres familles de Rome, fut envoyé à Lisbonne en qualité de nonce du Saint-Siège. Il passa le 29 juin 1770 au pied du fort Saint-Julien. Instruit de son arrivée, Pombal envoya à sa rencontre une magnifique voiture attelée de six chevaux pour le recevoir à sa descente du vaisseau. Peut-être voulait-il par ces prévenances et ces honneurs racheter la faute qu'il avait commise dix ans auparavant, en chassant son prédécesseur ; mais peut-être aussi voulait-il capter sa bienveillance et ses bonnes grâces, afin de pouvoir s'en servir dans la suite selon ses desseins.

Pendant ces événements, que se passait-il dans nos cachots ? C'était toujours même uniformité de vie. Au mois d'août, nous apprîmes que le roi Frédéric II, le bienfaiteur de notre Compagnie en Allemagne, venait d'avoir un fils *. Aussitôt, l'un des captifs composa une

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