‹ Les martyrs (volume 4)Chapitre 55 sur 59 · EXTRAIT D'UNE LETTRE · texte numérisé non relu

EXTRAIT D'UNE LETTRE

d'un religieux dominicain espagnol, missionnaire apostolique, ÉCRITE, AU mois DE JANVIER 1777, DE LA VILLE DEFOGAN, DANS LA PROVINCE DE FO-KIEN, A MONSEIGNEUR LE VICAIRE APOSTOLIQUB DE LA MÊME PROVINCE, AU SU- JET d'une femme CHRÉTIENNE MISE A MORT BN HAINE DE LA RELIGION.

[Ce religieux, après avoir déclaré qu'en conséquence des ordres qu'il avait reçus de son évêque, il avait fait toutes les diligences possibles pour s'assurer de la vérité des circonstances de cette mort, les rapporte en la manière suivante] :

La personne en question était âgée de vingt-quatre ans, née d'un père païen et d'une mère chrétienne. Son père l'avait donnée, malgré elle, en mariage à un païen, fils unique d'une veuve, qui avait apostasie depuis bien des années. Le jour de son mariage, qui arriva au commencement de Tannée 1775, fut lépoque du commencement de son supplice. Aussitôt qu'on l'eut conduite, ou plutôt traînée à la maison de son époux, on voulut l'obliger à différentes espèces de superstitions, qui sont usitées parmi les païens, dans la célébration du mariage ; mais elle refusa constamment d'y coopérer en aucune manière, soit en publicen présence des magistrats et d'une grande foule de peuple, soit en particulier. II n'est pas possible de concevoir la haine, la fureur et la rage avec

Martyre d'une Femme chrétienne 359

laquelle son mari, et surtout sa belle-mère, l'ont persécutée, pendant près de deux ans qu'elle a survécu à son mariage. Outrés de ses premiers refus, ils entreprirent de l'obliger, à quelque prix que ce fût, à renoncer à sa religion, à en quitter toutes les marques, à manger de la viande les jours d'abstinence, et à coopérer à leurs superstitions païennes. Ils n'ont cessé de l'accabler de coups, d'injures et de malédictions les plus atroces ; ils lui ont arraché son rosaire et toutes les marques ou instruments de la religion. Mais cela ne l'empêchait point de prier et de réciter son rosaire sur ses doigts. Ils l'ont souvent chassée hors de la maison, même la nuit. Elle la passait alors exposée à toutes les intempéries de l'air, ou, s'ils ne la chassaient pas, ils ne lui permettaient que l'entrée de la cuisine, où elle n'avait qu'un banc pour lui servir de lit. Ils ont porté l'inhumanité jusqu'à la priver de ses habits dans la rigueur de l'hiver et à lui refuser la nourriture nécessaire, ce qui la réduisit à un état d'épuisement et de faiblesse extrêmes. Enfin, au mois d'octobre 1776, après l'avoir obligée de passer une dernière nuit hors de la maison, son mari alla la trouver dès le matin, et, continuant à la maltraiter, lui donna le coup de la mort.

Cette femme était d'un caractère doux et soumis. Sa fidélité à la religion est le seul mécontentement qu'elle ait donné à son mari. Elle a constamment supporté un si long et si pénible martyre avec une patience admirable etvraiment chrétienne. Tous ces faits ont eupour témoins tous les voisins de la maison où ils se sont passés.

RELATION

Page 1