Précis historique, p
Les martyrs des Camisards 9
livrée aux flammes et changée bientôt en un morne désert !
On est libre d'apprécier comme on voudra ce système de répression.
Un de ceux qui furent obligés de l'employer pour exécuter l'ordre qui en avait été donné, s'expliqua là-dessus avec une respectueuse liberté. Il s'agit de M. de Julien.
Après avoir livré aux flammes les villages et les maisons isolées des Cévennes, à l'exception de Florac, Barre, Saint- Germain-de-Calberte et Saint-Etienne-de-"Valfrancesque, il écrivait au ministre Chamillart pour lui annoncer qu'il « avait, entièrement terminé la longue et laborieuse besogne qui lui avait été confiée ».
« Mon expédition est finie, ajoutait-il, mais je ne prévois pas que tous ces désordres et ces troubles soient près de l'être.
« Je crains véritablement, Monseigneur, que ce grand châtiment que je viens d'appliquer à un vaste et étendu pays, ne fasse plus de bruit et d'éclat dans le monde qu'il n'apportera d'adoucissement à la révolte et d'utilité au service du roi ' . »
Il est certain que ce procédé si rigoureux eut pour effet immédiat de redoubler la fureur des révoltés. On aurait dit qu'au brûlement de la montagne ils voulaient répondre par une inondation de sang dans la plaine.
Il y eut, en effet, une multitude de massacres et de désordres de toute espèce, pendant ce mois et le suivant, dans les basses Cévennes, dans la Vannage et l'Uzège, c'est-à-dire dans la région moins accidentée de Nîmes, d'Uzès et d'Alais.
1704. — Près de huit mois s'étaient écoulés : le maréchal de Montrevel, peu habitué à la guerre d'escarmouches, et aussi, il faut en convenir, trop inconstant et trop ami du plaisir, n'était pas encore parvenu à se rendre maître de la situation. Plus d'une fois même, les Camisards lui avaient résisté avec un plein succès et lui avaient infligé d'humiliantes défaites. La cour lui donna un remplaçant au mois d'avril. Avant de partir,, il écrasa ses adversaires dans la bataille de Nages, 16 avril