‹ Les martyrs (volume 5)Chapitre 2 sur 75 · A LAVAL, LE 10 MAI 179G · texte numérisé non relu

A LAVAL, LE 10 MAI 179G

M. Martial de Savignac *, né vers 1759, au château de Vaux, paroisse de la Jonchère, diocèse de Limoges, avait été pourvu de la cure de Vaiges (ancien diocèse du Mans) quelques année» avant la Révolution. Attaché à ses devoirs, doué d'un caractère franc et cordial, il s'acquit l'estime de tous ses confrères, quoique venu très jeune d'un diocèse éloigné ; il était aimé, au delà de tout ce qu'on peut dire, de ses paroissiens, auxquels il était de son côté vivement attaché. A l'époque de la déportation, il ne put supporter l'idée de se séparer d'eux pour si longtemps ; i!> sortit secrètement de Laval, où il avait été renfermé dans îe couvent des Gordeliers, et se rendit auprès de ses paroissiens. Il resta caché chez eux ', continuant de remplir son ministères, et ne le refusant point aux habitants des paroisses voisines qui le réclamaient. Il eut plusieurs fois occasion de lexercer auprè» des soldats de l'armée royale ; son zèle le porta même à aller administrer les blessés jusque sur le champ de bataille, et or» rapporte notamment qu'il le fit, lors d'une grande rencontre à Bazougers, au commencement de Tannée 1795. Il n'en fallut pas davantage pour le faire considérer par les patriotes comme un vrai chef de chouans, et pour faire dire qu'il portait le» armes avec eux. Le 29 avril 1796, se trouvant au bourg de Bazougers, il alla dans un jardin pour réciter son bréviaire. Des

1. C'est à tort qu'on lui a donné le nom de François dans tous I«» ouvrages qui parlent de lui.

2. Les Martyrs de îa foi et les Martyrs du Maine portent qu'il a"V«ift suivi l'armée de la Vendée, c'est une erreur.

soldats qu'il vit venir de son côté, lui firent juger qu'il était découvert ; il se hâta de pénétrer dans un pré voisin, afin de n'être pas arrêté dans l'habitation des personnes qui l'avaient reçu, et qui se fussent trouvées compromises ; il demandait toujours à Dieu de n'être point cause d'un semblable malheur ; c'était la seule crainte qui tourmentât cette âme forte et intrépide. On était à sa poursuite, il fut bien vite saisi. On le conduisit au bourg de Meslay, où il passa la nuit dans une maison particulière. Il y resta encore toute la journée du 30, et on le mit pendant la nuit suivante dans un toit à porcs. Amené à la prison de Laval, le 1^' mai, il fut aussitôt mis au cachot.

Cette importante capture remplit de joie tous les révolutionnaires exaltés qui semblèrent personnifier dans le curé de Vaiges, le double objet de leur haine, la religion et la cause royale. Persuadés que sa mort porterait un grand coup à la chouannerie, ils ne négligèrent rien pour la rendre inévitable et prompte. En même temps, tous les gens honnêtes, parmi lesquels il faut compter plusieurs patriotes prononcés, étaient dans la douleur ; le prisonnier excitait chez eux l'intérêt au même degré que la fureur chez ses ennemis. Pendant une semaine, l'attention de la ville fut absorbée par cette affaire ; personne n'y était indifférent. Les amis du curé mirent tout en œuvre pour essayer de sauver au moins sa vie ; ils multiplièrent les démarches et les sollicitations ; tout ce qui est possible en pareil cas fut tenté par eux. M . de Savignac était traité en véritable chef de chouans et son procès s'instruisait suivant les formes de la justice militaire. On ne tarda pas à apprendre qu'il serait jugé par une commission militaire composée de dix-huit membres de tous grades, dont l'accusé pouvait récuser la moitié ; on connut leurs noms assez à temps pour pouvoir s'introduire auprès de plusieurs d'entre eux, afin de tâcher de les rendre favorables ; on apprit aussi quels étaient ceux qu'il convenait de récuser ; on avait donc des espérances.

Les débats s'ouvrirent le 7 mai, à deux heures après-midi. Nous savons assez peu ce qui se passa à cette audience, car toutes les personnes qui écrivirent dans le temps des relations de la mort de M. de Savignac, se sont plus occupées du grand caractère qu'il déploya que de la procédure suivie contre lui.

Martyre de M. Martial de Savignac, prêtre 9

Voici cependant ce qu'a rapporté un témoin oculaire ^ Il y avait deux principaux cheis d'accusation contre le curé de Vaiges : 1» de n'avoir pas obéi aux lois sur la déportation ; 2'» d'avoir fait partie des rassemblements de chouans. On s'occupait fort peu du premier, qui, pour le moment, n'eût entraîné d'autre peine que de rester en état d'arrestation, et tout l'intérêt du débat se porta sur le second. Dans son interrogatoire M. de Savignac déclara qu'il ne s'occupait que de son ministère, et non des affaires politiques, et qu'il n'avait jamais porté d'armes sur lui, pas même pour sa délense personnelle. On lui demanda s'il avait eu des entrevues avec les chefs des chouans : « Je ne les ai jamais cherchés, répondit-il. S'ils sont venus quelquefois me trouver dans ma retraite, et si j'ai eu occasion de leur donner des conseils, je n'ai eu d'autre désir que de procurer la paix, et d'arrêter l'effusion du sang, en prêchant le pardon à ceux que vous nommez vos ennemis. » On produisit des témoins et quelques pièces écrites pour établir les relations de M. de Savignac avec les insurgés. La défense fit aussi entendre des témoins à décharge, qui déclarèrent que l'accusé leur avait sauvé la vie, en les arrachant des mains des chouans. Deux défenseurs choisis par ses amis plaidèrent avec beaucoup de zèle et de talent. Enfin, à huit heures du soir le jugement fut rendu ; M. de Savignac était condamné à quinze années de fers. Ses amis furent ravis de ce résultat, qui était tout ce qu'ils pouvaient désirer, car ils ne se flattaient pas d'un acquittement complet Jamais chaînes n'avaient causé tant de joie.

Mais cette joie fut de courte durée. On ne savait pas, ou on avait oublié que les jugements militaires étaient toujours déférés à un conseil de révision, qui avait droit de les casser pour vices de formes et de renvoyer l'affaire à une nouvelle commission. Le matin du 8, on sut que ce conseil était déjà nommé, et qu'il devait prononcer dans les vingt-quatre heures. Il tint, conformément à la loi, sa séance à huis clos, et le soir on apprit qu'il avait cassé le jugement. Dès le lendemain, 9 mai. la nouvelle commission tint son audience publique. On avait connu les démarches faites auprès de la première, on eut

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