Nodari, Vita PU sexti
Captivité et mort de Pie VI 115
Ab occultis meis munda me. Domine.
Te ergo, quaesamus, famulis tais subveni, qaos pretioso sanguine redemisti.
In te. Domine^ speravi, non confandarin œternam.
Dans la matinée de ce jour, Sa Sainteté dicta à M. de Corinthe les dispositions du codicille à son testament. Il était ainsi conçu :
« Au nom de la Très-Saint-Trinité, Père, Fils et Saint- Esprit. Amen.
« Nous soussigné,
« Considérant que notre dernière heure est proche, brisé par la maladie, mais, grâce à Dieu, sain d'esprit ; quoique ayant rédigé notre testament qui se trouvera parmi nos papiers, signé de notre main, désirant, pour autant que les circonstances le permettent, témoigner notre reconnaissance aux personnes qui nous ont suivi dans notre éloignement de Rome, et ont continué à nous servir jusqu'à ce moment, nous avons décidé de faire par le présent codicille les dispositions suivantes :
« En premier lieu, il sera donné à tous ceux qui se trouvent à cette heure à notre service et qui sont partis de Rome avec nous, une année de leurs gages ou honoraires, outre les frais de voyage pour retourner dans leurs foyers, et cela sans préjudice des autres legs qui peuvent leur revenir par notre testament auquel nous ne prétendons point déroger par le présent acte.
« Nous laissons notre garde-robe à nos deux valets de chambre, BernardinoCaivesi et Andréa Morelli, indépendamment de ce qui peut, d'après l'usage, leur revenir de notre petit héritage. Le reste de notre linge, excepté un service de table que nous avons reçu de Monsignor Erskine, lorsque nous résidions à Sienne, sera réparti entre les autres personnes de notre service, suivant le rang et l'ancienneté, par l'exécuteur nommé aux présentes dispositions.
« Nous laissons au Père Giovanni Pio de Plaisance, mineur réformé, aujourd'hui notre chapelain, et au Père Girolamo Fantini, qui nous ont servi avec tant de fidélité, trois cents onces d'argent à chacun, une fois payées, non compris les frais de leur retour.
« Nous voulons que tous les objets d'argent et autres choses précieuses, qui se trouvent maintenant à notre usage, mais qui ne sont pas notre propriété, et qui portent le timbre de nos prédécesseurs ou le nôtre, soient restitués au plus tôt à notre successeur. Le surplus qui nous appartient sera remis à nos héritiers.
«Nous confions l'exécution de ce codicille à Monseigneur Tarchevêque deCorinthe qui a eu la charge de le rédiger. Nous lui recommandons particulièrement de prendre soin que les suffrages que nous avons réclamés dans notre testament pour le repos de notre âme, soient acquittés sans délai et de faire toutes les démarches nécessaires pour que notre cadavre soit transporté à Rome et déposé dans la basilique de Saint-Pierre, ainsi qu'il est dit dans notre testament,
« Tel est notre codicille que nous entendons avoir son plein et entier effet, sans que nos héritiers puissent y apporter aucune exception ni modification.
« Nous le voulons et ordonnons ainsi.
« Fait à Valence, en Dauphiné, le 27 août 1799.
«Plus, p. p. VI. »
Le Père Fantini ayant demandé à Sa Sainteté s'il ne voulait pas faire quelques legs : « Je suis reconnaissant envers tous les miens, répondit le Saint-Père, mais dans rétatdepauvretéoù je me trouve, je ne puis rien pour eux. » Les dons en argent prévus par son codicille devaient être réalisés au moyen de quelques sommes laissées en Italie et que l'on n'avait pu emporter avec soi en exil.
Captivité et mort de Pie VI 117
Le 28 août, la faiblesse devint plus grande, les médecins jugèrent qu'il ne fallaitpas différer rExtrême-Onction. M. de Corinthe avait apporté les saintes huiles de Florence ; il commença la cérémonie. Sa Sainteté trouvant que M. de Corinthe se hâtait trop à son gré lui fit signe de la main d'aller lentement, afin de lui donner le temps de suivre les prières et d'y répondre. Elle récita le Con- /i/eor avec le Père Fantini.
Vers minuit, le médecin Duchadoz avertit les prélats de la fin prochaine. Ils vinrent avec toute la suite et s'agenouillèrent. Sa Sainteté essaya de parler, elle ne le put. Le confesseur lui demanda si Elle pardonnait à ses ennemis. Sa Sainteté dit : « Domine, ignosce illis S) , puis appelant d'un signe M. de Corinthe, il dit : « Raccomandate al mio successore di perdonare ai Francesi in qaella stessa maniera^ cKio col più profondo del mio cuore loro perdono. » — Recommandez surtout à mon successeur de pardonner aux Français comme je leur pflrdonnej de tout mon cœur ^ !
Sa Sainteté reçut l'absolution, la bénédiction in articulo mortis. Le confesseur commença la recommandation de l'âme. A une heure vingt minutes, le pape souleva sa main droite et bénit trois fois ; le crucifix tomba de sa main gauche, il demeura sans mouvement. A une heure vingt-cinq minutes le visage eut une légère contraction ; à cet instant le Saint-Père mourut. M. de Corinthe et M. l'ambassadeur d'Espagne réclamèrent l'embaumement du corps, ce qui leur fut accordé ; le retour du cadavre à Rome fut refusé .
Les scellés furent apposés sur des boîtes où furent enfermés les vêtements et objets à l'usage du Saint-Père.