‹ Les martyrs (volume 5)Chapitre 37 sur 75 · DÉPORTATION DES PRÊTRES ITALIENS · texte numérisé non relu

DÉPORTATION DES PRÊTRES ITALIENS

Les premiers ordres de l'empereur motivèrent entre la Police générale et la Marine d'abord, et le Ministère delà Marine et ses divers a.^ents italiens ensuite, un échange

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de lettres qui montrent la soumission, l'obéissance servile qui accueillait des lors les ordres même inavouables. Pendant plus de trois années, les prêtres sont arrêtés par centaines, sans jugement, jetés sur des navires, déportés uniquement pour avoir laissé percer des opinions différentes de celles de l'empereur en matière de discipline ecclésiastique, ou tout au plus pour avoir refusé de prêter serment aux autorités de Tempire dans des territoires tout récemment envahis; une foule de fonctionnaires militaires et civils sont appelés à prêter les mains à cette exécution sommaire qu'aucune loi n'autorisait, et dans la volumineuse correspondance relative à cet abus de pouvoir on ne trouve pas trace d'un refus de concours, pas trace de l'observation la plus timide, pas trace d'un manque de zèle.

Une lettre de Savary, ministre de la Police générale, datée du 4 janvier 1911, fait connaître au ministre de la marine l'intention de Tempereur» d'éloigner du continent les prêtres turbulents et perturbateurs des départements de Rome et du grand-duché de Toscane et de les envoyer en Corse ».

Le 10 janvier 1810, le ministre de la Marine transmet ses instructions au commandant militaire de la marine Lebas de Sainte-Groix, et au commissaire de marine Stamaly, à Civita-Vecchia... « une ration sera délivrée par lourà chacun des prêtres passagers auxquels je vous autorise à faire payer en outré une somme de 2 francs par jour à compter de celui où ils seront embarqués jusqu'au jour de leur débarquement.

Le 3 février 1811. L'empereur au ministre des Cultes : M. le Comte, donnez ordre au préfet du département du Tare de choisir les 50 prêtres les plus mauvais qui sont à Parme et 50 des plus mauvais de Plaisance... Ces prêtres doivent être embarqués pour la Corse.

Le 4 février 1811. Marion à Police : J'ai oublié, mon

cher collègue, de vous prévenir qu'il sera convenable que vous pourvoyez (sic) à ce qu'il soit embarqué des couvertures et des matelots pour vos 50 voyageurs, et qu'on leur fasse aussi embarquer quelques vivres frais, attendu que quelques mesures que je prenne, je ne pourrai leur procurer que la ration de la mer sur d'aussi petits bâtiments.

Les documents relatifs à cette persécution sont nombreux ; ils constatent les départs successifs de déportés, donnent des noms, des chiffres, des dates, très rarement un incident. C'est une correspondance administrative avec sa précision et sa sécheresse. A partir de la fin de février 1811, la machine fonctionne. Les trois premiers déportés sont Ferdinand Minucci, 30 ans, chanoine à Florence ; J. B. Bastianelli, 48 ans, curé à Regello ; Aug. Pacini, 34 ans, curé à Arrezzo. « Ces prêtres ont été embarqués le 17 février sur le brick le Renard^ qui a mis à la voile le même jour pour Bastia.

Le 22 février 1811, le brick V Adonis met à la voile à Gênes avec 25 prêtres ; il en reste 6 qu'on joindra à un prochain convoi qui se prépare.

Le 23 février, les convois se succèdent et sont embarqués prestement, on fournit des états nominatifs, l'un d'eux mentionne 24 prisonniers d'état, tous curés ou chanoines transportés sur le Janus, puis 24 autres, le même jour, sur la Ligurie, à destination de Bastia.

Le 13 mars, on attend à la Spezzia un nouveau convoi de 100 prêtres et des conscrits réfractaires « qui doivent avoir une semblable destination ».

Le 18 mars débarquent à Bastia, Angelo Torello et l'archevêque Thomas Arezzo, amenés sur la Levrette.

Le 3 mai, le Zèbre emporte 51 nouveaux prêtres déportés.

Le 6 mai, V Adonis en emporte 50 autres.

Le 10 juin. Des maladies contagieuses se sont décla-

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rées abord des navires qui transportaient « de ces individus )),Ia source de ces maladies paraît devoir être attribuée aux exhalaisons de leurs habits portés en prison.

Le 29 août, vingt-sept trappistes du monastère delà Cervara sont transportés dans l'île de Caprara; leur abbé est emmené en Corse, et condamné à 10 ans de bannissement, c'était le P. François de Salles, dans le monde Hugues Burdet, natif d'Anse (Rhône).

Arrivés au lieu de leur destination on obsédait lesprêtres pour leur faire prêter le serment qu'ils avaient refusé étant libres ; les déportations continuent en 1812 et nous arrivons à cette funèbre année 1813.

« Parti pour la Russie à la tête de tout ce que l'Europe occidentale et centrale a pu lui fournir de soldats, Napoléon en est revenu traînant après lui un ramas d'hommes exténués et sans armes, un pêle-mêle d'individus encadrés au hasard des incidents de la déroute. Il s'est dérobé à cette foule qui n'a plus ni la consistance, ni l'aspect d'une armée, et il a couru en poste jusqu'à Paria. Derrière la voiture qui l'emporte en France, l'Europe s'est soulevée. L'empereur vient demander à la France ses derniers soldats. Il serait dès lors naturel de supposer que le despote vaincu, occupé d'objets plus pressants que d'assurer sa domination sur quelques centaines de prêtres italiens, laissera dormir cette question da serment refusé par une partie du clergé des Etats romains.

Une circonstance d'ailleurs va se produire qui devra, semble-t-il, mettre fin aux mesures violentes prises contre les partisans du pape. Enjanvier 1813, en effet, îa réconciliation s'opère, officiellement, entre Pie VII et Napoléon. Un nouveau concordat est signé ; par une clause, l'empereur s'engage « à rendre sa faveur aux cardinaux, évêques, prêtres et laïques, qui avaient encouru sa disgrâce depuis quelques années ».

« Or, rien de tel n'arriva, et Pie VII, que l'espoir de tirer de prison ses adhérents avait finalement décidé à accepter un concordat dont les bases principales lui répugnaient, en fut pour sa signature. Deux mois après la conclusion de ce contrat, le pape écrivit à l'empereur pour lui déclarer solennellement qu'il retirait l'approbation donnée précédemment au nouveau concordat ; mais ce dernier, tenant la rétractation du pape pour non avenue, se hâta de publier le concordat du mois de janvier, et de lui donner force de loi. M. d'Haussonville, qui dans son livre suit pas à pas les incidents de cette longue lutte de l'empire et de la papauté, dit qu'à l'époque du second concordat quelques « cardinaux noirs » virent cesser leur exil, mais que pour la plupart des prêtres détenus, la clause du concordat qui promettait leur mise en liberté resta illusoire. L'assertion, sur ce point, de M. d'Haussonville me paraît d'autant plus exacte, que les pièces suivantes la justifient amplement. Non seulement à partir de 1813 les déportations de prêtres reprennent avec la même intensité que pendant les années précédentes, mais encore on pourrait penser qu'elles n'ont pas été interrompues, sauf peut-être du 25 janvier au 24 mars 1813, c'est-à-dire pendant les deux mois qui s'écoulèrent entre la signature du concordat de Fontainebleau et la rétractation du pape. C'est du moins ce que l'on sera amené à déduire des lettres qui nous conduisent au mois de juin 1813, mais qui parlent de la déportation en Corse comme d'un objet en quelque sorte f courant ».

Le 11 juin 1813 un état mentionne des « prêtres ou autres individus déportés 17 ».

Le 9 août rEndymion met sous voile pour Bastia ayant à bord 14 prêtres.

Le 17 septembre, la goélette la Torche embarque 6 prêtres.

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Le 18 septembre, la goélette la Levrette emmène 2 prêtres.

Le 3 décembre, Savary donne ordre de déporter en Corse 150 prêtres romains détenus à Alexandrie.

Le 18 décembre, la Torche transporte de Civita- Vecchia en Corse 6 prêtres.

Le 20 décembre, Savary presse la déportation de tous les prêtres romains relégués à Bologne et dans le département du Reno.

1814. Le 20 janvier l'empereur fait écrire au pape qu'il est disposé à traiter avec lui sur les bases d'une restitution des Etats pontificaux. Refus du pape. Le 22 janvier on a vu les Cosaques rôder dans les environs de Montereau ; Napoléon craint que l'ennemi ne lui enlève son prisonnier, le pape est mis en voiture, et le commandant Lagorse reçoit l'ordre, en feignant de le reconduire dans ses états, de le ramener à Savone à très petites étapes, et en évitant la route directe. Cependant les événements se précipitent ; le 10 mars, alors qu'il n'est plus en son pouvoir de faire marcher sur Rome un caporal et quatre hommes, Napoléon signe un décret rétablissant le pouvoir temporel du pape. Le 17 mars, Pie VII est libre.

Et pendant ces mois d'invasion, on passe le temps à déporter des prêtres italiens, c'est-à-dire qu'on se borne maintenant à évacuer les prisonniers d'Etat des départements envahis sur ceux qui ne le sont pas encore.

Le 17 janvier 1814, la goélette la Torche part de Civita- Vecchia avec 3 prêtres.

Le 17 janvier, le brick VAlacrity transporte de Gênes à Bastia 50 prêtres. Il reste 25 prêtres.

Le 15 février, V Adonis embarque 30 prisonniers d'Etat à destination de Toulon.

Ces documents ne sont pas les seuls que doivent contenir les archives publiques, mais ils suflQsent pour s'as-

surer que la déportation en Corse porte sur plus de cinq cents personnes, prêtres pour la plupart ; si l'on ajoute à ce chiffre les nombreuses arrestations faites dans le clergé français, arrestations qui ne sont encore connues qu'en partie, on arrive à un total qui s'écarte assez de l'impudente affirmation attribuée à Napoléon. « Il n'y a jamais eu plus de cinquante-trois prêtres retenus par suite des discussions avec Rome. Ils l'ont été légitimement. » Les archives réservent ces démentis donnés à ceux dont elles furent les confidents.

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