LETTRE DE M. DE SAVIGNAC A SES PAROISSIENS
De ma prison, ce 10 mai 1796, à septembre du matin.
Encore quelques heures, mes chers paroissiens, et je
1. Dans l'ancien cimetière de la Trinité, depuis lors désaffecté.
Martyre de M Martial de Savignac, prêtre 13
n'existerai plus. Mes plus grands regrets sont de me séparer de vous. Nos ennemis communs ont cru qu'en frappant le pasteur ils disperseraient facilement le troupeau ; mais j'espère qu'il n'en sera pas de même. J'espère que les principes de religion, dont vous avez toujours fait profession, resteront gravés dans vos cœurs ; que mon sang qui va être versé, pour mon attachement aux mêmes principes, neserviraqu'à vous affermir. Souvenezvous, mes amis, que c'est dans les derniers moments de la vie, que l'on sent tout le prix de la religion. C'est elle qui nous fait supporter avec résignation les persécutions auxquelles nous pouvons être exposés. Ne vous attristez donc pas sur mon état ; la seule chose que je vous demande, c'est de ne pas m'oublier dans vos prières. Recommandez moi, je vous prie, à ceux qui m'ont témoigné tant d'intérêt, dans ces derniers moments. Cessez de vous alarmer sur mon sort. La religion pour la défense de laquelle je meurs, doit vous fournir tous les moyens de consolation dont vous pourriez avoir besoin. Préparezvous aussi à mon exemple à faire le sacrifice de votre vie, pour le soutien de cette même religion, si les circonstances où vous pourrez vous trouver l'exigent. Quand il s'agit de sa foi, on ne doit jamais la trahir. Souvenezvous que Jésus-Christ nous avertit que ceux qui rougiront de le confesser devant les hommes, il les désavouera devant son père.
Adieu, mes chers paroissiens, ce sont là les dernières paroles que vous recevrez de moi.
DE Savignac, curé de Vaiges *.
1. Cette leUre qui offre quelques incorrections avait été retouchée par les précédents éditeurs ; M Bouiller a rétabli le texlc authentique d'après l'original.