‹ Les martyrs (volume 5)Chapitre 55 sur 75 · J'ai expliqué plus haut ce fait · texte numérisé non relu

J'ai expliqué plus haut ce fait

Relation de la persécution à Péking 369

« des bonnes œuvres, etc. Ainsi, quand nous nous divi- « sons pour l'exercer, nous ne sommes pas plus rebelles « que les porteurs d'eau de la ville ».

Je reviens à nos confesseurs. Us avaient eu besoin de secours dans leurs prisons. Les uns étaient pauvres, d'autres, à Taise, avaient des familles à nourrir. Les Tartares, en entrant en prison, perdaient leurs pensions, et n'avaient plus rien. On ne donne ici aux prisonniers que ce qui est nécessaire pour empêcher qu'ils ne meurent. Quand on sait qu'ils ont des parents ou amis riches, on leur interdit toute communication, et on leur fait éprouver toutes sortes de mauvais traitements pour en tirer de l'argent. En payant, on peut voir les prisonniers à volonté, et leur procurer toutes sortes de secours. Nous nous sommes chargés de cette bonne œuvre. Nous leur avons aussi donné un viatique honnête pour leur voyage. Mgr l'évêque, nos, confrères portugais, et quelques familles aisées, ont ensuite partagé avec nous ces dépenses, qui ont monté à la valeur de dix ou douze mille francs. Nos confesseurs ont encore rencontré un secours bien inattendu dans un infortuné Polonais. Il était venu (il y a plus de diz ans) faire le commerce des pelleteries sur les frontières de la Chine. Quelques Chinois, lui en voyant une bonne provision, l'engagèrent à passer la frontière pour les mieux vendre. Ils le dépouillèrent aussitôt qu'il fut entré en Chine, et, pour se mettre à l'abri des réclamations qu'il aurait pu faire, ils le déférèrent aux mandarins chinois, comme étant entré furtivement en Chine. Il ne savait pas un mot de chinois pour se défendre. Selon les traités faits entre les deux empires, il devait être mis à mort. On dit qu'on l'aurait relâché si les Russes avaient voulu le réclamer, mais il est resté dans les prisons jusqu'à présent. Comme il y jouit d'une certaine liberté, il s'en servit pour secourir nos confesseurs. Il les consolait et soignait leurs plaies

avec une charité qu'ils admiraient tous. Il est catholique, et paraît avoir reçu une très bonne éducation.

Enfin ces confesseurs partirent pour l'exil. Leur départ fut un vrai triomphe. En donnant de l'argent à leurs gardes, ils purent passer une nuit dans les faubourg* de la ville. Nous leur avions fait préparer une auberge commode, et un repas honnête pour eux, leurs parents et leurs amis. Cette mère généreuse, qui n'eût plus reconnu son. fils, s'il eût renoncé à la foi, ne manqua pas de s'y rendre pour le féliciter et l'engager à persévérer. Beaucoup de bons chrétiens de l'un et de l'autre sexe, leurs parents, s'y trouvèrent pour la même fin. Nos confesseurs chinois passèrent la nuit à les confesser et à les communier. Tout se passa dans une sainte joie. Ils partirent en deux bandes, et furent traités également. Dans la route, ils se réunirent. Le jour, chargés de chaînes, la nuit, jetés dans des cachots, ils n'en conservaient pas moins toute la liberté de saint Paul. Ils avaient vaincu, et n'avaient plus rien à craindre. Tandis qu'on forçait tous les autres chrétiens à se cacher, ceuxci chantaient publiquement leurs prières, selon l'usage des chrétiens de la Chine, et prêchaient à tous ceux qu'ils rencontraient. Arrivés au lieu de leur exil, ils furent de nouveau pressés à renoncer à la religion, mais inutilement. D'après les lettres que nous avons reçues, ils paraissaient tous fort contents de leur sort.

Outre \es confesseurs exilés et ceux qui portent la cangue, beaucoup d autres, comme je l'ai déjà dit, ont confessé la foi dans les tourments, sans que leur cause ait été poursuivie : un très grand nombre ont renoncé à leur état, et se sont réduits à la dernière misère, pour conserver leur foi : quoiqu'il y ait eu aussi de grands scandales, je ne doute pas que les souffrances de tant de bons chrétiens n'attirent les bénédictions de Dieu sur cette mission. J'attribue à cette cause le changement qu

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s'est opéré dans notre situation. On avait pris des mesures très sévères pour nous empêcher d'exercer notre ministère en aucune manière. Déjà notre imprimerie, nos écoles, notre séminaire, ont repris leur train ordinaire. Nous avons des retraites tous les mois, et deux grandes dans Tannée. A la dernière il y avait une centaine d'exercitants.

Péking le 10 octobre 1807.

Des nouvelles reçues d'Y-ly, après cette relation écrite, annoncent que le prince Raphaél fait sensation dans le pays : il prêche publiquement à tous. On a voulu le faire taire ; on l'a menacé : il a répondu qu'il ne se tairait que lorsqu'il aurait la tête coupée. Ce prince et son frère sont établis pour présider sur ceux qui travaillent aux mines.

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