Jour de la mort de M. Borie, le père
Le Martyre du Vénérable Pierre Dumoulin- B or ie 491
soyons unis de cœur et d'espérance, vivons et mourons fidèles à Dieu, afin d'avoir un jour le bonheur de nous réunir à tout jamais dans une meilleure vie.
« Encore une fois, je vous embrasse tous dans le Seigneur...
« P. D. BoRiE, miss, apost. »
M. Borie écrivit plusieurs autres lettres pendant les jours suivants, il les adressa à d'autres parents, à ses supérieurs et à ses confrères. Pendant son séjour en prison, il reçut les lettres qui le nommaient titulaire du siège épiscopal d'Acanthe in partibas infidelium, mais sa correspondance ne porte aucune trace de cette nouvelle. Moins d'un mois avant sa mort, M. Borie écrivit à M. Masson la lettre suivante :
<. 25 octobre 1838.
« Encore une fois de vos nouvelles ! Dieu en soit béni ! C'est plus qu'il n'en fallait pour me faire oublier les petites peines qui passent sur moi de temps en temps. La longue absence de ce catéchiste, Châm, me faisait craindre pour vous. Je suis bien sensible au bon souvenir que vous voulez bien avoir de moi, surtout au saint autel. Pour la dernière fois, le 25 juillet, j'ai eu le bonheur d'offrir le saint sacrifice de la messe et de penser à vous dans ce moment précieux. Quant à pensera vous autrement, c'est ce que je fais tous les jours et à toute heure. Mais, hélas ! mes prières sont si peu de chose devant le Seigneur que je n'ose vous en faire mention.
La charité nous a réunis dans une mission ; l'affection, le respect de la reconnaissance m'imposent des devoirs que la mort seule terminera, et à cet instant même, si j'ai le bonheur de trouver grâce devant le Dieu
de miséricorde, comme je l'espère des mérites infinis de notre divin Rédempteur, je penserai encore à vous. On me laisse assez tranquille et je souffre mille fois moins quejenemérite. On me témoigne même assez d'attentions. La sentence portée contre nous part aujourd'hui ou demain pour la ville royale ; il ne nous reste donc plus que dix ou quinze jours à vivre. Puissions-nous être assez heureux pour disposer nos âmes à paraître devant le tribunal du souverain Juge ! J'aurais désiré travailler à la vigne du Seigneur pendant beaucoup d'années, mais le Seigneur en a disposé autrement, que son saint nom soit béni I Mes vœux de douze ans seront accomplis, je l'espère ; j'ai été ordonné prêtre le 21 novembre 1830, et ce sera pour en célébrer l'anniversaire que j'aurai le bonheur de voir terminer mon inutile existence in hac lacrymarum valle i.
<( Adieu, et à Dieu seul, cher confrère. » Le samedi 24 novembre, vers cinq heures du soir, pendant le repas des confesseurs, arriva de Hué la ratification du jugement qui condamnaitM. Borie à la décollation, les pères Khoâ et Diêm à la strangulation, les catéchistes Antoine Nam et Pierre Tû à l'emprisonnement jusqu'à ce qa'il plût au roi de fixer le jour de leur supplice. L'exécution devait avoir lieu immédiatement.
Aussitôt après la réception de Tordre royal, le mandarin, pour se conformer à l'usage, ordonne au sergent de garde de faire cuire une poule pour les trois confesseurs. Ce repas est donné par le roi à ceux qui vont mourir ; mais comme on était un samedi, jour de jeûne pour les trois martyrs, Mgr l'évêque d'Acanthe fit observer qu'ils avaient déjà soupe et que d'ailleurs ils ne mangeraient pas de viande, mais qu'ils accepteraient un verre de vin.