A TOURS, LE 24 MARS
Jean-Joseph Glatier, né à Thor, dans le comtat d'Avignon (Vaucluse) . était vicaire à Saint-Martin de Précigné (Sarthe). Dès le commencement du schisme constitutionnel, il manifesta hautement son attachement à l'Eglise ; dénoncé plusieurs fois au district de Sablé et même au directoire du département de la Sarthe comme l'instigateur de la résistance qui animait les habitants de Précigné contre les excès révolutionnaires. Après avoir refusé le serment, il refusa de fuir et de se laisser déporter ; au plus fort de la Terreur il montrait un zèle infatigable : prêchait, administrait les sacrements, formait la jeunesse au chant des cantiques ainsi qu'en pleine paix. On le vit convoquer des assemblées de 2.000 ou 3.000 personnes, célébrer la messe, faire la procession. C'était moins par bravade que par l'effet d'un zèle bien averti des périls qu'il bravait.
Dans le cours de l'hiver, il réunissait, à la ferme du Vert- Galant, les enfants de Précigné, de Notre-Dame du Pé, de Saint- Germain, de Domeray, de Domeré et de Morannes pour les préparer à la première communion. Un déserteur nommé Guillois vint se réfugier dans la ferme qui abritait M. Glatier sur les instances duquel le malheureux fut accueilli et retiré dans la cachette même du prêtre. Le lendemain, cet homme se rendit à Sablé, et dénonça le prêtre, ce qui lui valut la grâce pour son crime de désertion. Le 7 janvier 1798 (18 nivôse an Vï) une colonne mobile de Sablé cerna la ferme de Montplaisir sur la route de Sablé à Morannes, et, conduite par Guillois, s'empara du prêtre. Celui-ci fut conduit de Sablé à La Flèche, puis à Tours où il comparut le 23 mars devant la commission militaire. Là, dédaignant les accusations infamantes, il confessa sa foi, réfuta les chefs d'accusation portés contre lui. Ce jour même il fut condamné et exécuté le lendemain, 4 germinal anVII^ a dix heures du matin, sur la place d'Autuont.
Martijre de Jean-Joseph Glatler, prelre 21
Bibliographie. — Th. Pehuin, les Martyrs du Maine, 2*= édit., t. I. p. 218-220. — P. PiOLiN, l'Eglise du Mans durant la Révolution, t. III, p. 448-451. — V. Px) nRE, les émigrés et les Commissions militaires tlnii» la Revue des Quest. hist., 1884, t. XXXVI, p. 566. — La lettre suivante fut adressée à une personne de Précigné.
Le 15 mars 1798, aa ix^ de la persécution.
Sitôt votre chère lettre reçue et lue, je l'ai déchirée ; niais je conserverai longtemps les sentiments que votre cœur lui a dictés. Qu'il est doux, après une furieuse tempête, de voir le calme se rétablir 1 Telle est la joie que j'ai ressentie en recevant de vos chères nouvelles. Je suis convaincu d'avance que vous n'avez pas été insensible à cette funeste catastrophe, que le Ciel sans doute n'a permis, que pour rendre notre foi plus ferme et plus agissante. C'est à présent que l'on peut connaître si nous aimons cette religion sainte dans laquelle le Ciel nous a fait naître, en souffrant patiemment les tribulations et les angoisses. J'ai été rudement battu par les flots de cette mer orageuse qui est au dedans de nous, depuis notre cruelle séparation. Je ne fais plus que languir, depuis que je ne vois plus ce cher troupeau à qui le Seigneur a prodigué tant de faveurs, et pour qui les pénibles travaux que j'essuyais pour son salut étaient pour moi des charmes et des délices. Ce qui augmente ma douleur, et qui est pour un poids accablant, c'est de voir les progrès funestes que va faire l'ennemi de notre salut dans le cœur de cette jeunesse naissante en qui on voyait germer avec une douce joie les principes consolants de la religion catholique. Soyez auprès d'elle mon interprète, et peignez-lui avec douceur et avec éloquence que la religion bien imprimée dans le cœur peut seule dicter mes larmes et mes regrets. Oui, aimables enfants, portion la plus chère du troupeau de Jésus-Christ, recevez aujourd'hui ma tendre affection, et n'oubliez jamais
ce pauvre prêlre qui ne perdit jamaisaucune occasion de vous apprendre à aimer et à respecter la religion de vos pères. Oui, votre séparation sera pour moi une agonie continuelle ; et, dans quelque coin de la terre que le Seigneur permette que je sois déporté, toujours vous ferez l'objet continuel de ma sollicitude. Témoignez les mêmes sentiments à ceux qui partagent votre façon de penser, dont les noms seraient trop longs à détailler ; car je les porte tous dans mon cœur. Je n'espère pas rester longtemps au Mans. Bientôt l'exil ou la mort termineront notre cruelle et pénible existence. Si je suis encore digne de votre souvenir, priez le Seigneur qu'il me donne la force et le courage de recevoir ce coup avec cette grandeur d'âme qui ne doit jamais abandonner un prêtre fidèle à son devoir. Jusqu'à présent, quoique rassasié d'injures de la part de nos persécuteurs qui viennent chacun à l'envi pour les prodiguer dans le cachot où nous sommes détenus, je n'ai point senti en moi affaiblir les sentiments que j'ai toujours manifestés. J'ai eu le courage de répondre à mes persécuteurs, entourés de leurs satellites, que j'étais prêtre de Jésus- Christ, et que depuis que j'ai reçu ce caractère sacré, je n'ai jamais cessé un instant d'annoncer ses justices et ses miséricordes ; que jamais je n'avais eu la faiblesse de prononcer aucun serment, ni fait aucune soumission. Ces sentiments sont couchés de cette sorte sur le procèsverbal de mon interrogation. Puissent-ils être couchés dans le livre de vie au jour où nous paraîtrons tous au jugement de Dieu ! Je vous remercie de tous les soins que vous vous êtes donnés pour moi. Ne m'envoyez point d'argent : si quelque dame charitable vous en offre, vous le garderez en dépôt chez vous pour pajer la dépense que je fais tous les jours pour ma nourriture dans le lieu de ma détention. J'éprouve toutes les peines : je suis éloigné de ma patrie, de ma famille, de mei
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proches et de toutes les âmes sensibles. J'ai tout ce qu'il faut pour devenir un prêtre parfait : fasse le ciel que je le devienne I J'ai été vendu, livré dans un pays arrosé de mes larmes et de mes sueurs ; et là, où je ne devais goûter que des jouissances, j'ai été couvert, abîmé de sottises. Car la nuit de mon arrestation fut pour moi un supplice; et je n'eusse jamais cru que parmi les habitants de la ville de Sablé il se fût trouvé de pareils monstres. On m'a dépouillé de tout et je n'ai plus que les habits que j'avais sur le corps, sans pouvoir en obtenir davantage. Faites part de ma lettre à votre chère sœur et à votre bonne amie J. Brèche, à nos anciennes couturières, surtout à la petite Modeste. Jeanne B.. . et au... Que Dieu vous accorde toute sorte de bonheur et de consolation sur la terre, et un jour la palme que Dieu destine à ses élus ! Amen,