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LE MARTYRE DE SAINT IGNACE

ÉVÊQUE d'aNTIOGHE A ROME, L'AN IO7

Aa débiU; du seeond siècle, l'Égkse d'Antioche avait pour chef un personnage entotti^ du plus profond respect, qu'on nommait Ig^natias, dont la réputation était répandwe dans toutes les Églises, surtout en Asie-Mineure, uans des circonstances que nous ignorons, probablement à la suite de quelque mouvement populaire^ il fut arrêté, condamné à mort et, comme il n'était pas citoyMi romain, désigné pour être conduit à Rome et livré aux bêtes dans l'amphithéâtre. On choisissait d"ordinaire pour ce spectacle de beaux hommes, dignes d'être montrés au peuple romain. Le voyage de ce courageux confesseur d'Antioche à Rome, le long des côtes d'Asie, de Macédoine et de Grèce, fut une sorte de triomphe. Les Églises des villes où il passait s'empressaient autour de lui, lui demandaient des conseils. Lui, de son côté, leur écrivait des épîtres pleines d'enseignement, auxquelles sa position, analogue à celle de saint Paul, prisonnier de Jésus-Christ, donnait la plus haute autorité. A Smyrne, en particulier, Ignace se trouva en rapport avec toutes les Églises de l'Asie. Polycarpe^ évêque de Smyrne, put le voir et garda de lui un profond souvenir. Ignace eut à cet endroit une correspondance étendue ; ses lettres étaient accueillies avec presque autant de respect que des écrits apostoliques. Entouré de courriers d'un caractère sacré qui allaient et venaient, il ressemblait plus à un personnage puissant qu'à un prisonnier. Ce spectacle frappa les yeux des pa'iens euxmêmes. Parmi ces lettres, la plus célèbre «st adressée de Symrne aux Romains. Je la cite en entier, bien qu'elle soU

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dans toutes les mémoires. L'antiquité chrétienne, aucune antiquité sans doute, n'otlVe rien de plus beau. Les défauts de la forme littéraire, obsciuité, longueurs, répétitions, dispaiaissont devant la grandeur incomparable du fond. Nous n'avoiisi pas le récit authentique du martyre d'Ignace ; nous avons mieux que cela. l'image vive, sincère, originale, de l'âme de ce grand chrétien, à la veille du martyre, quand lui apparaissent de loin les lions qui doivent le dévorer, et derrière les lions, la gloire même du Christ, dont les rayons, comme un splendide soleil couchant, l'embrasent et le transfigurent. (E. Reman; p. Allard.;

La littérature presque infinie à laquelle la discussion de Tau- Ihcnlicité des épîlres de saint Ignace a donné naissance ne saurait être indiquée ici. On trouvera une bibliot^^raphic do ce sujet dans RiCHARDsoN, Blhlioijraphic Synopsis., supplément à l'édition américaine de la coUeclion « The Anle-Nicene Faihers » (1887, Buffalo), p. 10 à i5 inclus. Voyez aussi Chevaliek, Répertoire des sources historiques, au mot Ignace ; et les prolégomènes aux éditions des épîtres par Fvnn, Opéra Patram apostolicoram, a* édit. (1887), t. I, p. xui-Lxxxiii. — LiGHTB-ooT, ApostoUc Fathcrs, II (i88j), II, i5-36o; 708-857. — Zahn, dans Palruni apostoUcorum opéra, 111, 11 (1S76), v-xlii. Sur les questions de date, de lieu du martyre et la critique du « Martyrium Ignatii », voyez P. Ax- LARD, Uist des Perséc., I, p. 169 et suiv. — Renan, Origines du Christianisme, t. V, p. 685 et suivantes, et les sources ordinaires, AcTA SS., janvier. — Tillemont, Mem. h. é. (iCxjA), II, 190 213; 57G-83. (Pour la date : 107. Elsèbe, Chroniq., Kossi, Inscript, chr. itrbis Ronxx, p. 6, Ruinart, Act. sine., P. Allard, ouvr. cité.

USHER, TlLLEMOKT, CeiLLIER, GaLLANDI, BuSSE, WiESELER,

MoEHi.ER, Fl.hk, R0BERT6 and Schmiot. pour 110. de Goltz. pour 110-117, H.AUNACx.; pour 113, Renan, pour ii^, Borghiîsi, GuRo:iicorf Paschale ; Volxm.ar, Ueuerweg, Kurtz. pour n5-6, Llotd, Pagi, Grabe, Routii, Gieseler. pour 98-117, Lightfoot. pour 116, Pearson). Funx, Die Echtheit der ign. Briefe (i883); RâviLLE, Les origines de Vépiscopat, t. I, (1894). Vor der Goltz[ Ignatius von Antioclien ab Christ und Theologe (189^).— Harwack' Gesch. der altchristlichen Litteratur, t. II, p. 38i.— Bollakùistes! Biblioth. hag. gr., p. 57. — Bulletin critique, t. VU (1887),' p. :a4. — Dictionn. of Christ Biograph. a^rl. S. Ignatius

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Épitre de saint Ignace d'Antioghe aux Romains

Ignace, porte-Dieu, à l'Église qui a reçu la miséricorde de la munificence du Pcre Ïrès-Haut et de Jésus-Christ, son Fils unique ; à l'Église sanctifiée et illuminée par la volonté de Celui qui a créé toutes choses, qui sont selon la foi et l'amour de Jésus-Christ notre Dieu et notre Sauveur ; à l'Église qui siège à Rome même, à la divine, à l'éclatante, à la bienheureuse, à la glorieuse, à la désirable, à la chaste, à celle enfin qui préside à l'universelle assemblée de la charité, qui a le nom du Christ, le nom du Père et qui porte le Saint-Esprit ; celle que je salue au nom dn Dieu tout-puissant et de Jésus-Christ, Fils de ce Père; à ceux qui sont unis à tous ses ordres par la même chair et l'esprit, remplis de la grâce de Dieu et purifiés de toute couleur étrangère, j'adresse mes salutations les plus abondantes et les plus délicates dans le Christ notre Dieu.

A force de prières, j'ai obtenu de voir vos saints visages; j'ai même obtenu plus que je ne demandais; car c'est en qualité de prisonnier de Jésus-Christ que j'espère aller vous saluer, si toutefois Dieu me lait la grâce de demeurer tel jusqu'au bout. L'affaire est bien entamée, pourvu seulement que rien ne m'empêche d'atteindre le lot qui m'est échu. C'est de votre charité, à vrai dire, que je crains quelque dommage. Vous autres, vous ne risquez rien ; mais pour moi il m'est difficile d'atteindre Dieu, si, sous le prétexte d'une amitié charnelle, vous n'avez pas pitié de moi. Je ne veux pas que vous cherchiez à plaire aux hommes, mais que vous continuiez à plaire à Dieu. Jamais je ne retrouverai une pareille occasion, et vous, à condition que vous ayez la charité de rester tranquilles, jamais vous n'aurez contribué à une œuvre meilleure. Si nous ne

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dites rien, en effet, j'appartiendrai à Dieu; si, au contraire, vous m'aimez d'un amour charnel, me voilà de nouveau rejeté dans la lutte. Laissez-moi immoler pendant (pre l'autel est prêt, })Our que, réunis tous en cliœur par la charité, vous chantiez au Père dans le Christ Jésus : a Dieu a daigné envoyer du levant au couchant l'évêque de Syrie ! » 11 est bon, en effet, de se coucher du monde en Dieu pour se lever en lui.

Vous n'avez jamais fait de mal à personne; vous avez été des maîtres pour tant d'autres. Je veux seulement réduire en pratique ce que vous enseignez, ce que vous prescrivez. Demandez seulement pour moi la force du dedans et du dehors, atîn que je ne fasse pas que parler, mais que je sache vouloir, afin (pic je ne sois pas seulement appelé chrétien, mais que je sois trouvé tel, quand j'aurai disparu du monde. Rien de ce qui est apparent n'est bon. Notre Dieu Jésus-Christ, existant dans son Père, ne paraît plus. Le christianisme n'est pas seulement une œuvre de silence, mais une œuvre d'éclat quand il est haï du monde.

J'écris aux l^glises, je mande à tous que je suis assuré de mourir pour Dieu, si vous ne m'en empêchez. Je vous conjure de ne pas me montrer une tendresse intempestive. Laissez-moi être la nourriture des bêtes, grâce auxquelles il me sera donné de jouir de Dieu. Je suis le froment de Dieu; il faut que je sois moulu par la dent des bêtes pour que je sois trouvé pur pain du Christ. Caressez-les plutôt, afin qu'elles soient mon tombeau, qu'elles ne laissent rien subsister de mon corps, et que mes funérailles ne soient à charge à personne. Alors je serai vraiment disciple du Christ, quand le monde ne verra plus mon corps. Priez le Christ pour niui, afin que par ces membres je devienne un sacrifice à Dieu. Je ne vous commande pas comme eussent fait Pierre ou Paul. Ils étaient apôtres; je suis un condamné. Ils étaient libres; je suis maintenant un esclave. Mais 8i je souft're, je deviendrai affranchi de Jésus-Christ.

et je renaîtrai libre. Aujourd'hui dans les chaînes, j'apprends à ne rien désirer.

Depuis la Syrie jusqu'à Rome, sur terre, sur mer, de jour, de nuit, je combats déjà contre les bêtes, enchaîné que je suis à dix léopards (je veux parler des soldats mes gardiens, qui se montrent d'autant plus méchants qu'on leur fait plus de bien). Grâce à leurs brutalités, je me forme, (( mais je ne suis pas pour cela justifié ». Je gagnerai, je vous l'assure, à me trouver en face des bêtes qui me sont préparées. J'espère les rencontrer dans de bonnes dispositions ; au besoin je les flatterai de la main, pour qu'elles me dévorent sur-le-champ, et qu'elles ne fassent pas comme pour certains qu'elles ont craint de toucher. Si elles y mettent du mauvais vouloir, eh bien, je les forcerai.

Pardonnez-moi, je sais ce qui m'est préférable. C'est maintenant que je commence à être un vrai disciple. Non; aucune puissance, ni visible, ni invisible, ne m'empêchera de jouir de Jésus-Christ. Feu et croix, troupes de bêtes, dislocation des os, mutilation des membres, broiement de tout le corps, que tous les supplices du démon tombent sur moi, pourvu que je jouisse de Jésus-Christ.

Le monde et ses royaumes ne me sont rien. Mieux vaut pour moi mourir pour Jésus-Christ que régner sur toute la terre. Je cherche celui qui est mort pour nous ; je veux celui qui' est ressuscité pour nous. Ma délivrance est proche. De grâce, mes frères, ne me privez pas de la vie ; ne me condamnez pas à mort. Je veux être à Dieu ; ne me livrez pas au' monde, ne m'attirez pas avec la matière Laissez-moi recevoir la pure lumière; c'est quand j'arriverai là que je serai vraiment un homme. Laissez-moi reproduire la passion de mon Dieu. Si quelqu'un le porte en son cœur, il comprendra ce que je veux ; il compatira à ma peine, connaissant ce qui m'entrave.

Le prince de ce siècle veut me ravir et corrompre ma volonté d'être à Dieu. Qu'aucun de vous ne l'aide ; soyez

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de mon parti, c*est-à-drre, du parti de Dieu. N'ayez poe Jrsus-C.hrist dans la bouche cl le monde dans le cœur. Oue la jalousie n'iiabit-c pas 0*1 vous. Si, quand je serai avec vous, je vous supplie, ne me croyez pas ; croyez plutôt à ce que je \«us écris aujourd'hui. Je vous écris vivant et souhaitant mourir. Mon amour est crucifié, et il n'y a plus en moi d'ardeur pour k\ matière, il n'y a qu'une eau vive, qui murmure au dedans de moi et rae dit : « Viens vers le Père. » Je ne prends plus de plaisir à la nourriture corruptible, ni aux joies de cette vie. Je veux le pain de Dieu, qui est la chair de Jésus-Christ, né de la race de David; et je veux pour breuvage son sang, qui est l'amour incorruptible.

Je ne veux plus vivre comme les autres hommes. Il en adviendra ainsi, si vous le voulez bien. Puisse cela vous plaire, afin que vous-rnémes plaisiez à Dieu. Je vous le demande en peu de mots : croyez- moi. Jésus-Cliri^t vous Sera connaître que je dis vrai. Il est la bouche de véiilé par fpi le Père a vraiment parlé. Demandez que ma demande soit coudjlée. Ce n'est pas selon la chair, mais selon la pensée do Dieu que je vous ai écrit. Si j'ai le bonheur de souflrir, vous l'aurez vouiu ; si je suis rejeté, vous m'aurez traité en ennemi.

Souvenez-vous dans vos prières de l'Église de Syrie, laquelle en mon absence a Dieu pour son pasteur. Que le seul Jésus -Christ et votre charité y remplacent l'évêque absei^t. Je rougis de m'avouer comme étant l'un d'entre eux ; j'en suis indigne, moi le dernier de tous, un simple avorton, mais la miséricopde m'a pénétré, afin de faire de moi quelque chose dans le cas où je serai fidèle à Dieu. Je vous salue en esprit et par moi la charité des Éghses qui m'ont reçu au nom du Christ, et non pas en simple voyageur. En efTet les Églises qui ne se trouvaient pas sur mon chemin, mais (jui vivaient du même esprit, accouraient à moi dans chaque cité.

Je vous écris de Smyrne par l'intermédiaire de quelques Ephésiens fort respectables qui sont du nombre des saints. Parmi mes compagnons en grand nombre se trouve Crocus, le tant aimé. Touchant ceux (jui m'ont précédé de la Syrie jusqu'à Rome pour la gloire de Dieu, je crois que vous les connaissez, annoncez-leur que j'approche. Tous sont dignes, et de vous-mêmes, vous devez les réconforter en toutes choses.

Je vous ai écrit avant le IX des Calendes de septembre.

Que tout aille bien, vaillant jusqu'au bout, soufTrant pour le Christ Jésus

Le christianisme prit d'^s le d^but une extension singulière dans les diverses provinces qui composaient l'Asie-Mineure. Saint Pierre et saint Paul les avaient sillonnées en plusieurs directions et les Eglises étaient aussi prospères qu'elles étaient nombreuses, particulièrement en Phrygic. Les cultes païens avaient partout beaucoup souffert ; dans le Pont, la Galatie, la Bithynie, la (lappadoce, la Pamphylie, la Lydie, la Mysie, « la religion officielle n'avait pour se soutenir que l'appui qu'elle recevait de l'empire. Abandonnée à elle-même par les préfets inditterents, elle était tombée tout à fait bas. En certains endroits, les temples passaient à l'état de ruines. Les associations professioimelles et religieuses, les hétérles, qui étaient si fort dans le goût de l'Asie-Mineure, s'étaient développées à l'infini ; le christianisme, profitant des facilités que lui laissaient les fonctionnaires chargés de l'arrêter, gagnait de toutes parts. Nous avons vu que l'Asie et la Galatie étaient les pays du monde où la religion nouvelle avait trouvé le plus de faveur. De là, elle avait fait des progrès surprenants vers la mer Noire. » (Renan). Sans doute les conversTions en masse avaient quelquefois de tristes revers, mais l'heure des grandes crises passées, les Eglises présentaient un spectacle fort consolant pour les chrétiens, mais fort inquiétant aux yeux de l'empereur Trajan. Car ce fut lui l'auteur véritable de toutes les réformes dont Pline se fit l'exécuteur dans les limites de son gouvernement. On frappa les hé/t^r/es et toutes les corporations. Aussi, chaque jour l(> légat de Bithynie retrouvait-ii dans (]nelque affaire nouvelle la secte des chrétiens. 11 les connaissait peu ; néîuimoins les délations

étaient si pressantes, si nombreuses, que Plîne ne pouvait, malgré son désir, se dérober aux lois de l'empire. Il ordonna quelques arrestations, décida l'envoi à Rome des inculpés qui jouissaient du titre de citoyens romains, et fit mettre à la question deux diaconesses. Tout cela néclaircit pas la situation. Vers l'automne de l'an iia, les emiwrras étaient devenus inextricables ; le légat impérial se trouvant à Amisus écrivit à l'empereur.

Pline, Epist., X, 97. Une longue controverse a divisé les érudits à ppopos de l'aulheQUcité de celle lettre. Elle a été contestée par B. AojBÉ, Revue contemporaine, 1' série, t. LXVII, p. Aoi. — Histoire des persécutions, p. 219. — De La. Berge, Essai sur le règne de Trajan (1877), p. 209. — Desjardins, Les Antonins d'après l'épigraphie, dans la Revue des Deux Mondes (1" déc, 187/»), p. 067. — Ernest IIavet, Le Christianisme et ses Origines, t. IV (iSSA), p. /i 25-/4.^1. — L'aiHlienticité est universellement reconnue aujourd'hui. Voy. G. Boissïer, dans la Revue archéologique, t. XXXI (187G), p. ii/t-i25. — Renan, Les Evangiles (1877), p. 476, note 3. — Jos. VARiOT,dans Rev. des Quest. lii»ioriques, juillet 1878, p. 8o-i53. — F. Delaunay, dans Revue de France, i" juin 1879, p. 527-533. — LiGHTFOOT, Aposlolic Fathcrs, pais II, I, 5i. — P. A'^LARD, Hist. des Perscc, t. I, p. 1 1 G, 1^2 et suiv. — Harnack, Qesch. der altchr. Litter., I, II, p. 866. « Seine Echtheit ist mit uneureicheuden Griinden bestritten worden. » (Voir Harnack, Texte und Untersuchungen, VHI, /» S., 1 et suiv. — GuHRTON, Ancient Syriac Documents, p. 70 et p. 186. — Ramsat, The Chiirch in the Roman Empire before 170, ch x, p. 196 et suiv. Plmy's report and Trajan's rescript. — Chateaubriand adonné une traduction parmi les éclaircissements au Génie du Christianisme, note a. Je ne sais si elle est de lui. On trouvera l'indication de quelques autres écrits plus anciens et moins importants au cours des dissertations qui viennent d'être énumérées.

Pline a l'Empereur

(Extrait)

Voici la règle que j'ai suivie envers ceux qui m'ont été déférés comme chrétiens.

Je leur ai posé la question s'ils étaient chrétiens ; ceux

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qui l'ont avoué, je les ai interroges une seconde et une troisionie fois, en les menaça lU du supplice ; ceux qui ont persisté, je les ai fait conduire à la mort ; un point est en elïct hors de doute pour moi, c'est que, quelle que fût la nature délictueuse ou non du fait avoué, cet entêtement, cette inflexible obstination méritaient d'être punis. 11 y a eu qucl- (pies autres malheureux atteints de la même folie que, vu leur titre de citoyens romains, j'ai marqués pour être renvoyés à Rome. Puis, dans le courant de la procédure, le crime, comme il arrive d'ordinaire, prenant de grandes ramitications, plusieurs espèces se sont présentées. Un libelle anonyme a été déposé, contenant beaucoup de noms. Ceux qui ont nié qu'ils fussent ou qu'ils eussent été chrélit^ns, j'ai cru devoir les faire relâclier quand ils ont invoqué après moi les dieux, et qu'ils ont supplié par l'encens et le vin votre image, que j'avais pour cela fait apporter avec les statues des divinités, et qu'en outre ils ont maudit Christus, toutes choses auxquelles, dit-on, ne peuvent èlre amenés par la force ceux qui sont vraiment chrétiens. D'autres, nommes par le délateur, ont dit qu'ils étaient chrétiens, et bientôt ils ont nié qu'ils le fussent, avouant qu'ils l'avaient bien été, mais assurant qu'ils avaient cessé de l'être, les uns il y a trois ans, d'autres depuis plus longtemps encore, certains il y a au moins vingt ans. Tous ceuxlà ont aussi vénéré votre image et les statues des dieux, et ont maudit Christus. Or, ilsatfirmaientque toute leur faute ou toute leur erreur s'était bornée à se réunir habituellement à des jours fixés, avant le lever du soleil, pour chanter entre eux alternativement un hymne à Christus comme à un Dieu, et pour s'engager par serment non à tel ou tel crime, mais à ne pas commettre de vols, de brigandages, d'adultères, à ne pas manquer à la foi jurée, à ne pas nier un dépôt réclamé ; que, cela fait, ils avaient coutume de se retirer, puis de se réunir de nouveau pour prendre ensemble un repas, mais un repas ordinaire et parfaitement in-

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noccnt ; que cela môme ils avaient cessé de le faire depuis redit par lequel, conformément à vos ordres, j'avais interdit les hétéries.

Cela m'a fait regarder comme nécessaire de procéder à la recherche de la vérité par la torture sur denx servantes, de celles qu'on appelle diaconesses. Je n'ai rien trouvé qu'une superstition mauvaise, démesurée. Aussi, suspendant l'instruction, j'ai résolu de vous consulter. L'affaire m'a paru le mériter, surtout à cause du nombre de ceux qui sont en péril. Un grand nombre de personnes, en effet, de tout âge, de toute condition, des deux sexes, sont appelées en justice ou le seront ; ce ne sont pas seulement les villes, ce sont les bourgs et les campagnes que la contagion de cette superstition a envahies. Je crois qu'on pourrait l'arrêter et y porter remède. Ainsi il est déjà constaté que les temples, qui étaient à peu près abandonnés, ont recommencé à être fréquentés ; que les fctes solennelles, qui avaient été longtemjis interrompues, sont reprises, et qu'on met en vente la viande des victimes, pour laquelle on ne trouvait que de très rares acheteurs. D'où il est facile de concevoir quelle foule d'hommes pourrait être ramenée, si on laissait de la place au repentir.

l'Empereur a Pliîje

Tu as suivi la marche que tu devais, mon cher Secundus, dans l'examen des causes de ceux qui ont été déférés à ton tiibunal comme chrétiens. En pareille matière, en effet, on ne peut établir une règle fixe pour tous les cas. Il ne faut pas les rechercher ; si on les dénonce et qu'ils soient convaincus, il faut les punir, de façon cependant que celui qui nie être chrclicn et qui prouve son dire par des actes, c'est- À-dire en adressant des supplications à nos dieux, obtienne le pardon comme récompense de sou repentir, quels

Note sur l'èdii rie pcrsétution 6i

(juc soient les soupçons (jni pèsent sur lui pour le passe. (}uant aux dénonciations anonymes, dans qijel<iiic f,Tnrc d'aiTusalion (pie ce soil, il n'en l'aul pas tenir compte; car c'est là \ine chose d'un détestable exempte et qui n'estpluy de noti'C temps

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