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I. Migue, P. G., loc. fài

Appendice i55

Itrotoinartyre, et coniiuo lollc, on la met à côté do s;iiiit Klicnne; on lui donne uiênie le nom d'aiiôlrc cl on la rapproche de saint PauP.

Les Pères de l'Kglise la célèhront à l'envi. Saint Méthode, vers la fin du 111" siècle, évêque en Lycic, dans la patrie même de saint Thècle, loue son éloquence et sa sagesse; il dit qu'elle possédait la philosophie profane aussi bien que les belles- Icllres, et dans son Banquet des Vierges, c'est à elle qu'il donne la palme de la vicloirc. Saint Grégoire de Nysse, saint Grégoire de Nazianze, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Épiphane, d'autres encore, célèbrent ses vertus ou son martyre^.

Il parait probable que tous ces textes dépendent de nos Actes ou d'actes analogues, car les traits de la vie de sainte Thècle auxquels ils font allusion s'y retrouvent.

Il faut donc, en dernière analyse, revenir à ce document et en apprécier la valeur historique.

Le lecteur qui nous a suivis jusqu'ici comprendra sans peine que nous ne pouvons l'admettre dans son intégrité. L'esprit le plus étranger à toute critique historique aura été choqué des invraisemblances, des incidents bizarres qui se rencontrent dans ce récit, des erreurs historiques ou théologiques que nous avons h peine indiquées dans notre analyse et qui sont plus accentuées encore dans le texte original. Mais faut-il aller, avec certains critiques, Ittigiuset M. Renan entre autres, jusqu'à n'y voir qu'une sorte de petit roman, assez touchant peut-être, mais, en somme, inventé de toutes pièces? La personnalité de Thècle elle-même serait fictive ^ Cette conclusion paraît excessive à bien des critiques, qui se sont efforcés de démontrer au contraire que ces Actes contiennent des traits antiques et dignes de foi. Nous les suivrons dans cette partie de notre travail. Cette étude ne sera peut-être pas inutile, en dehors de l'intérêt du

I. Sur le culte de sainte Thècle, les édifices bâtis en son honneur, et ses reliques, cf. surtout la notice des Bollandistes au tome Yl de septembre, p. 557.

a. Pour ces témoignages des Pères, cf. les Bollandistes déjà cités, ou Tillemont, Mémoires, II, 60, et Schlau, Die Aclen des Paulus u. der Thecla.

3. Ittigius, de Bibliothecis et catenis Palrum, p. 700 et seq. — Renan, Saint Paul. p. ào; cf. aussi Key, Elude sur les Acla Paali el Theclae, Paris, 1890, qui est du mèuie avis.

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document même qui est eu question, elle initiera certains lecteurs à des recherches qui paraissent au premier aspect minutieuses et stériles, mais qui au fond sont grosses de conséquences. C'est par ces applications de la critique, devenue entre des mains habiles et patientes un instrument de précision, que l'on a battu en brèche l'authenticité de tant de documents anciens, et tandis que l'aspect de certaines périodes historiques se transformait complètement, on démontrait par la même méthode l'inébranlable solidité des bases sur lesquelles repose l'histoire vraie.

Grabe, ce savant anglais qui, comme nous l'avons dit, a découvert les Actes de sainte Thècle, ouvre la voie. Par une illusion que l'on comprend facilement et que l'on excuse, il serait porté à donnera ce document une valeur trop grande. Il signale bien dans ces pages une couleur antique que la main d'un contemporain pouvait seule donner à ce tableau ; il indique quelques traits plus caractéristiques, mais snr ce point, sa critique est encore hésitante et manque de pénétration. Schlau, l'auteur d'une dissertation que nous avons citée aussi, est revenu sur le même sujet, mais sans faire encore avancer notablement la question.

Il était réservé k un savant français de porter dans ces études une inéthode plus précise et de leur donner une base plus large. M. Edmond Le Blant s'est fait une spécialité de ces recherches sur les Actes des Martyrs. S'attachant de préférence aux Actes que Dom Ruinart a bannis de sa collection, parce qu'ils ne présentaient pas des caractères d'authenticité suflisante, il a démontré que ces Actes, interpolés, modifiés par des copistes peu scrupuleux, contiennent souvent des traits véridiques et qu'on peut arriver, à force de patience et de tact historique, à retrouver sous cette végétation parasite le sol ferme de l'histoire*.

I. Pour les dififérents Mémoires de IM. Le Blant disséminés dans plusieur» rocueils voir, la bibliographie très compicle de ses œuvres, qui a paru dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire (Ecole de Rome), avril 1898, p. 197 et suiv. Son œuvre principale, oii ses vues sont exposées, est l'ouvrage intilulo : Les Actes des Martyrs (Mémoires de l'Ac. des fnscr. et Belles-Lettres, t. \X\. iS83, in-'î", Paris). Cf. aussi Persécuteurs et Martyrs aux premiers siècles, Paris, i,Sy3, ln-8*.

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Dans celte œuvre de restitution, les Actes de sainte Thècle lont attiré par leur caractère d'antiquité'. Tout en Taisant comme nous ses réserves sur l'ensemble du récit, il a trouvé certains détails pris sur le vil', qui trahissent une composition de la plus haute antiquité. Les Actes nous disent, par exemple, que. pour pénétrer auprès de saint Paul dans sa prison, Thècle otfrit au geôlier sou miroir d'argent avec d'autres bijoux. M. Le Blanl. s'appuyant sur Pline et sur d'autres auteurs du temps, prouve que les miroirs étaient souvent des objets de prix chez les anciens ; l'emploi de l'argent dans ler.r fabrication peut être tenu en particulier pour la marque d'une époque reculée, jiuisque ce fut du temps du même Pline que l'on trouva le secret de remplacer par un alliage ce métal, d'abord seul employé.

La mention du tombeau dans lequel l'apôtre se réfugia sur la route d'Iconium à Daphné, est conforme aussi à ce qui nous est connu des coutumes de Fantiquité. Les sépulcres étaient souvent placés hors des villes, sur le bord des routes, comme en témoignent tant d'inscriptions, et comme nous pouvons le constater encore sur la voie Appienne, la voie Latine et les anciennes voies romaines. Les chambres sépulcrales, creusées en général sous le sol. en faisaient des cachettes naturelles et, étant données leurs dimensions, il n'est pas invraisemblable qu'une famille tout entière ait pu y trouver un refuge.

Un autre détail attire ensuite l'attention du savant archéologue. Comme Thécla arrivait dans la ville d'Antioche (de Pisidie), le président, rTpœxonoMTT^c;, frappé de sa beauté, veut lui faire violence. Outragée par lui, elle pousse un cri : « Respecte une étrangère. » Puis, saisissant la tunique du président, elle la déchire et lui arrache la couronne qu'il porte. Ce cri spontané, ce rappel au respect dû à l'étranger, sont bien des traits antiques. M. Le Blant nous fait remarquer aussi que dans les villes grecques d'Asie-Mineure, à Smyrne, à Sardes, à Pergame,

I. L'étude sur les Actes de sainte Thècle se trouve dans l'ouvrage cité plus haut, Persécuteurs et Martyrs, rh. u.

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à Lampsaque, nous trouvons la trace de magistrats stéphanophores, ou porte-couronnes ^

Quand la jeune vierge fut exposée aux bêtes dans l'amphi théâtre, on l'attacha à un poteau au-dessus duquel était un écriteau avec ce simple mot : sacrilège. Cet écriteau, qui résume la sentence de condamnation, se retrouve dans les mœurs antiques, sous les règnes d'Auguste, de Galigula, de Domitien, de Marc-Aurèle.

Les actes ajoutent qu'elle fut dépouillée de ses vêtements avant d'être exposée dans l'arène, mais on lui donna un? sorte de ceinture {sabligaculum) ou bià^cofia, dernier vêtement qu'un reste de compassion et de pudeur chez les païens laissait à ces malheureuses femmes. Ce détail, que les biographes postérieurs ont effacé, n'en comprenant pas la portée, est unq allusion à un usage antique confirmé paf l'étude des documents et des monuments que l'antiquité nous a légués.

Mais notre critique a surtout porté son attention sur un singulier détail de costume mentionné dans les actes. La jeune fille, délivrée des bêtes par un miracle et relâchée par le gouverneur romain, se déguise en homme pour rejoindre saint Paul. « Elle relève dans sa ceinture sa tunique, nous disent les actes, et par une couture lui donne la forme d'un vêtement masculin. »

M. Le Blant a consulté sur ce point un de ses collègues, M. Heusey, qui a fait de toutes ces questions de costume dans l'antiquité une étude approfondie. « Ce passage, dit M. Heusey,

I. Sur ce point cependant, un savant anglais dont nolis aurons à parler tout h l'heure, M. Ramsay, fait observer que le magistrat dont il est question ici n'était pas un siéphanophore,ca.T ces magistrats étaient municipaux ; Vagonothète Alexandi-e portait une couronne comme président des jeux.

Un autre trait est celui que les actes arméniens rapportent ainsi : « And Thekla came and slood before the judge and adjured him and said : ïhis favour grant me, that until they cast me to the beasts I may préserve lu y chastity. » And ihe judge, >vhen he heard thèse words, said le Thekla : « Go, préserve it whero thou wilt. » On retrouve une réclamation identique chez une jeune martyre à Alexandrie (en 3o3), Théodora. Le juge ayant accordé un sursis de trois jours avant de la faire conduire dans une maison de prostitution, la martyre dit : «c Je réclame d'être à l'abri de toute violence jusque après le prononcé de la sentence. » H. L.

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montre de la part de l'auteur une connaissance tr6s exacte et très familière du costume des anciens. Il peut sembler impossible, avec le costume moderne, qu'une femme, par quelques points de couture, et grâce à une lé^^rère modification dans la manière de se ceindre, transforme son vêtement en un liabil d'homme. Rien n'était plus simple et plus facile chez les anciens : par un très faible changement, une tunique ou XiTCûv de femme pouvait devenir un ^:nevbt3TT)c; ou tunique de dessus à l'usage des hommes.

(( Les tuniques des anciens n'avaient aucune coupe ni forme particulière : c'étaient de grands rectangles d'étoffe détachés du métier ; on les pliait sur l'un des côtés, on les cousait généralement de l'autre, puis on les agrafait à la partie supérieure, de manière à laisser trois ouvertures pour la tête et pour les bras. L'application de la ceinture suffisait ensuite pour ajuster cette sorte de fourreau sur le corps et pour lui donner la grâce que l'on remarque dans les monuments antiques. Pour les hommes, la pièce d'étoffe était plus courte; pour les femmes, elle était plus longue et tombait jusqu'aux pieds. Mais lorsque les femmes désiraient avoir plus de liberté dans leurs mouvements, elles n'avaient qu'à tirer la tunique au-dessus de la ceinture pour se retrousser autant qu'elles le voulaient. Il se formait alors à la taille un repli qui retombait jusque sur les hanches et que l'on assujettissait d'ordinaire à l'aide d'une seconde ceinture. La femme ainsi ajustée était dite en latin succinda, en grec àvat^raaajuévTj, ce qui est justement l'expression du texte des actes. C'est l'accoutrement classique des statues de Diane; vous le voyez dans la Diane à la biche ou dans celle de Gables. Seulement le vêtement disposé ainsi trahissait la modification qu'il avait subie. Mais supposez que le repli, au lieu d'être rabattu en dehors, soit cousu en dedans, ce travail sera aisément dissimulé sous la ceinture et transformera la tunique longue en une tunique courte. Voilà pourquoi votre héroïne chrétienne a du recourir à l'aiguille pour parfaire son déguisement, et son costume s'est trouvé ainsi modifié suffisamment pour que la jeune fille ait pu être prise, à la rigueur, pour un jeune garçon. »

Après ces renseignemenfs si savants et si précis, M. Heusey ajoute avec raison :

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« Je pense, mon cher confrère, que ces rapides explications vous convaincront comme moi, que le passage en question de la vie de sainte Thècle appartient à une époque où le costume antique était porté dans sa simplicité première. Les termes employés par Tauteur sont les expressions techniques rigoureuses du costume gréco-romain et ne trahissent encore aucune de ses modifications à l'époque byzantine. Le mot è7ievbuxT\c;, daus le sens de tunique, était commun et même vulgaire à l'époque du grammairien Pollux. Il y a là, d'ailleurs, des détails précis qui ne peuvent s'expliquer que par une expérience encore toute pratique de l'ajustement comme l'entendaient les anciens. »

Nous laissons de côté quelques autres observations que M. Le Blant présente au sujet de la procédure suivie contre notre martyre. Disons seulement que les termes employés ici, le caractère des griefs formulés contre les accusés, et des sentences qui les frappent, nous ramènent à Tune des phases les plus anciennes de la législation établie contre les chrétiens.

Un autre érudit, M. Ramsay, qui pendant des années a poursuivi ses études archéologiques et géographiques en Asie Mineure, dans la patrie même de sainte Thècle, a été frappé comme M. Le Blant par ce caractère d'antiquité que présentent nos actes. Passés au creuset de sa critique, ils laissent un résidu qui doit, selon lui, appartenir à la fin du premier siècle de notre ère. Par ce côté, ce document serait donc le plus ancien de ce genre que possède la littérature chrétienne*.

Au sujet de la princesse Tryphena qui, à Antioche, recueille sainte Thècle, M , Ramsay prouve par l'étude de la numismatique

I. The Church in the Roman empire hefore A. D. 170. Lond. 1893, in-8 ch. XVI; cf. aussi un autre ouvrage du même auteur, The hislorical Geography 0/ Asia Minor, Lond. 1890, in-8. Il faut remarquer de plus que certaines difficultés et certains anachronismes qui subsistent encore dans le texte grec et que M. Ramsay a signalés, disparaissent dans une version arménienne nouvellement découverte et qui sans doute a été faite sur un texte grec plus antique ; cf. Conybeare, The Apology and Acls of Apollonius and olher monuments of early CUrislianily, London, 1894 (voyez l'introduction aux Actes de saint Paul et de sainte Tliècle, p. ^9 et suiv.). M. Ramsay avait déjà remarqué dans son étude que 1m versions syriaque et latine sont supérieures au texte grec actuel.

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des rois de Pont, que tous les détails donnés par les actes sur celte princesse dépossédée et exilée sont parfaitement exacts et ne peuvent avoir été écrits que par un contemporaine

Les connaissances lopograpliiqucs du rédacteur ne sont pas moins remarquables. Il nous raconte, on se le rappelle, qu'Onésiphore allant au-devant de saint Paul qui venait d'Antioche de Pisidie, s'avança sur la route d'Iconium à Lystres. Or. cette dernière ville est tout au sud d'Iconium et nullement dans la direction d'Iconium à Antioche de Pisidie, ce qui faisait croire jusqu'ici à une erreur géographique de l'écrivain. Or, M. Rauisay prouve qu'à une époque très reculée, vers l'an 5o de notre ère, la roule d'Antioche de Pisidie à Iconium faisait un détour pour passer par Lystres; ce qui paraissait une erreur aux critiques dénotait donc au contraire une connaissance très exacte des lieux.

Un autre détail que l'on imputait aussi à l'ignorance du rédacteur, c'est la présence d'un gouverneur romain à Antioche de Pisidie. Cette ville n'avait pas de gouverneur romain au premier siècle. Mais, nous fait remarquer M. Ramsay, au moment où sainte Thècle arrive à Antioche, la ville célèbre des jeux publics, que les Romains appellent Venatio; des animaux féroces paraîtront dans l'arène ; ces jeux sont rares dans une ville qui n'est pas capitale de province; il n'est pas étonnant que le gouverneur romain ait quitté sa résidence pour y assister.

L'arrestation de sainte ïhècle pour avoir arraché la couronne de Yagonothète, le représentant impérial dans l'exercice de ses fonctions, sa comparution devant le gouverneur romain, sa condamnation comme sacrilège, les protestations d'une partie de la foule contre la sentence, tout cet ensemble paraît au savant anglais cadrer aussi exactement avec les coutumes et la législation des petites villes d'Asie Mineure au premier siècle, et ses conclusions, mieux précisées encore que celles de M. Le Blant, assignent la fin du premier siècle comme époque de rédaction d'une partie de nos actes.

1. La question numismatique de Tryphena avait déjà été étudiée par Guttcbnnd {Rhein. Museuia, i8G4, t. XIX, die Konigsnamen in denapokrypUen Aposlelgeschichie, p. 176-179).

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Plus tard, vers le milieu du II* siècle, un autre auteur, qui est peut-être ce prêtre dont nous parle Tertullien, jugea bon de broder sur ce canevas et d'ajouter à la légende quelques épisodes de son cru.

Parmi ces derniers, M. Ramsay cite en particulier l'interrogatoire et la condamnation de sainte Thccle à Iconium qui est un anachronisme du commencement à la fin ; l'intervention de la mère de Thccle, Théoclià, qui, bien loin de défendre sa flUe, pousse la férocité jusqu'à exciter les juges contre elle en leur criant : « Brûlez cette misérable, brûlez-la en plein théâtre, alin qu'à ce spectacle toutes les femmes conçoivent une juste crainte î » Ici ce n'est pas avec les lois de l'histoire que l'auteur est en contradiction, c'est avec les sentiments les plus profonds et les plus vrais de la nature humaine ; c'est un anach ronisme moral * .

tin autre épisode controuvé et d'un caractère également étrangle, c'est la fuite d 'Iconium à Antiochc en compagnie de saint Paul, Lorsque Thccle rencontre l'agonothctc Alexandre, saint Paul est avec elle ; celui-ci voyant l'attitude du président s'empresse de se dégager, en s'écriant qu'il ne connaît pas cette femme, et il s'enfuit sans vouloir entendre les cris de Tliècle qui l'appelle à son secours. La scène du tombeau à Iconium, celle du travestissement, le baptême que la vierge s'administre à elle-même dans l'amphithéâtre auraient été ajoutés par le rédacteur du deuxième siècle^.

Débarrassée de ces superfétations postérieures, l'histoire de sainte Thècle se réduit à quelques traits d'un grand intérêt et d'une réelle valeur historique. Evidemment nous serions portés à trouver que c'est trop peu pour notre curiosité et notre piété. INous serions heureux de savoir plus en détail ce qu'ont

i. Il faut remarquer qu'une homélie attribuée quelquefois h saint Jean Chrysostoine (Migue, l'air, gr., t. 49-5o, p. 74O), mais (jui a été prononcée vers l'an 3'5o, probablement à Séleucie, ne dit mol de ce fait barbare et raconte l'incident d'une façon beaucoup plus vraisemblable.

2. Nous avons dit déjà que les dernières années de sainte Thccle à Séleucie trahissent encore une origine postérieure. Certaines rédactions racontent un voyage à Rome où la vierge serait morte.

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Ai} l<\s relations de l'apôtre avec la vierge d'Iconium, nous voudrions mieux coimailre les principales circonstances de sa vie. Mais il ne faut pas se montrer tropdiffîcile; ces quelques traits (jui surnagent dans le naufrage de la légende, c'est encore beaucoup pour le premier siècle. Combien de saints personnages de cette époque, saint Barnabe ou saint Clément, par exemple, sur lesquels nous n'avons guère plus de détails! Au demeurant, savoir de cette jeune vierge d'Iconium qu'elle a pu voir saint Paul, qu'elle a écouté sa parole, que c'est de lui quelle a reçu la lumière de l'Évangile, qu'elle a gardé sa virginité pour l'amour du Christ, qu'elle a été pcrséculéc pour la vérité et qu'elle est morte pour sa foi, quels plus beaux litres de gloire pourrions-nous souhaiter pour une créature humaine ?

Gr\be, SpicUegium SS. Pairum et hœrctlcorum, t. (i6(^S). Oxon. in-8, p. gS-iaS; (1700) I, 81-128. — HEAnriB. Thos, dans Append. ad Jonnnis Lelandi aniiquarii coUectanen, parte secimda. VI {Orf. 1715), 67-69, il supplée à une lacune de Grabc, sect. 27, après KaTÉxpivev jusque sect. Sa. xcbv bè XKyovaœv. — JowEs, Canon. N. T. (1726); (1798). II. 353-386. — Tischewdorf, Act. apocr. (i85i), 4o-G3. — Lipsius, Acta Pelri, Acta Paidi, etc. Lipsiae (1891). — Stiltingius, cIhu.s Acta SS. 2S sept., t. VI, p. 546-548. — Galla.ndi, Bibl. Patrum, I, 177 et suiv. — Jiihl. Casin. III Florileg. p. 371-6 gr. Bibl. Casin. III, 246. Il existe une version syriaque : WniGHT, Syr. Engl., 1871, et une arménienne : Conybearb, The Apology and Acts of Apollonius and others Monuments of early Ckrisiianity, London (a* éd. 1896), p. 69. Grabc croyait que les actes qu'il éditait ne différaient pas, du moins en substance, de ceux qu'avait connus TertuiJieii; Tischenrlorf et Schlaii sont du mAme avis, que contredisent Stilting et bipsius. Conybeare a récemment traduit des actes arméniens qu'il tient pour plus voisins de l'original. Edm. Le Blant conclut que « si i'identilicalion proposée ne repose sur aucune preuve solide, il faut du moins reconnaître que récrit publié par Grabe procède, dans son ensemble, des documents antiques cK dès lors selon toute apparence du livre apocryphe dont i)arle Tcrtullien ».

Pour la bibliographie, voyez Hichakdsopi, Bihliographical synopsis, p. loi. — Chevalier, Bépertoirc des sources historiques. Parmi les travaux récents : bciiLAU, Die Aclen des Pauius unddes

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Thccia und clic cliere Thecla- Légende. Ein Beitraeg. Zur clirisll. Lileraturgesclt. Lipsiae (1877), 8°. — Edm. Le Blakt, Les Actes de sainte Thecle, dans Les Persécuteurs cl les Martyrs (1703), chap. II. — Bonnet, Acta Paaliet Theclac, dans Anal. BolL, VIII, (1889), P« 287-31 G. — Lipsius, Die apolcryphen Apostelgeschichte, t. II, p. liuli. — LiGHTFOOT, Ignat. and Polyc, I, p. 6a3, note. — Gu^YKN dans Smitu's, Dict. of Christ. Blogr., t. IV, p. 8S2 suiv. — Zahn in Goetling. Gelehrte Anzeigen{iS']']), p. 1807 suiv. — Mom- MSEN dans Ephemeris epigraphica. 1, p. 270 suiv.. et II, p. aSg suiv. — Von Gutschmid, dans Phein Mus. (i86i), p. 178. — « The gênerai tendency of récent criticism... is io place this document in the lutter part of the second century. » Ramsay, ouvr. cité, p. 376. — F.AMSA.Y, The Christian Church, in the Roman empire from A.-D. 70-170. p. 376. — D. Gabrol a résumé les divers travaux dans La légende de sainte Thecle, publiée dans la Revue Gcths'-mani et le monde (iBgS). C'est son travail qui est reproduit ici.

Pour !a traduction j'ai suivi le texte donné par Grabe, quelques additions empruntées à la version arménienne sont distinguées par les crochets ; plusieurs variantes de cette même version courent en bas des pages.

Le Martyre de sainte Thecle, Vierge.

Paul, fuyant de la ville d'Antioche, vint à Iconium. Il avait avec lui pour compagnons de voyage Démas et Hermogène l'armurier, deux faux frères. Mais Paul, qui ne voyait en tout que la seule bonté de Dieu, loin de rien faire qui pût leur causer de la peine, les aimait au contraire tendrement, à tel point qu'il leur exposait, avec une douceur pleine de suavité, les paroles du Christ et sa doctrine, le récit de sa naissance et de sa résurrection, l'Évangile de son bien-aimé fils (saint Luc), et les formait ainsi è connaître le Christ, tel qu'il avait daigné se révéler à lui.

Un certain Onésiphore, apprenant que Paul venait à Iconium, vint à sa rencontre, avec sa femme Lectra et leiirs deux enfants Simmia et Zenon ^ . Tite leur avait souvent fait le por-

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