‹ Les martyrsChapitre 135 sur 147 · I. Ces noms dilTèieut dans le syriaque et rarménian · texte numérisé non relu

I. Ces noms dilTèieut dans le syriaque et rarménian

Appendice i65

trait de l'apôtre; mais ils ne le connaissaient pas encore en la cliair ; l'esprit seul le leur avait fait voir, lis j)ri?ont le rlioiniu (le Lvslra, et s'ctant arrêtés pour l'aHendre, ils appliquaienl avec une curiosité inquiète à tous les passants les signes que I ite leur avait donnés. Ils voient en lin s'avancer un petit homme chauve ^ les jambes légèrement courbées, les sourcils joints et le nez aquilin ; c'était Paul. Sa démarche était gracieuse, et si, par intervalle, en lui on reconnaissait l'homme, parfois aussi son visage prenait les traits d'un ange. A la vue d'Onésiphore, Paul eut un bon sourire.

Et Ouésiphore lui dit : « Je te salue, ministre de Celui en qui est toute bénédiction. » Et Paul répondit : « La giàce soit avec loi et avec ta maison. » Démas et Hermogène furent jaloux ; ils redoublèrent d'hypocrisie, et Démas osa dire : « Et nous, ne sommes-nous point à Celui de qui vient toute bénédiction? Pourquoi ne nous as-tu pas salués? » Et Onésiphore* lui répondit : a Je ne vois pas en vous le fruit de la justice; mais si vous êtes aussi les serviteurs du Maître, venez dans ma maison et vous y reposez. » Paul entra dans la maison d'Onésiphore, et ce fut l'occasion d'une grande joie ; on fît la prière à genoux, on rompit le pain ^t on annonça la parole de Dieu ; Paul parla sur la continence^ et la résurrection,

'c Bienheureux, disait-il, ceux qui ont le cœur pur, ils verront Dieu. Bienheureux ceux qui conservent leur chair dans ia chasteté, ils seront les temples de Dieu. Bienheureux ceux qui vivent dans la continence. Dieu leur parlera.

<( Bienheureux ceux qui ont renoncé à ce monde, ils réjouiront le cœur de Dieu. Bienheureux ceux qui ont des épouses et sont comme n'en ayant pas, ils seront faits les anges de Dieu. Bienheureux ceux qui tremblent à la parole de Dieu, ils. seront consolés. Bienheureux ceux qui n'ont pas souillé la pureté de leur baptême, ils trouveront le repos auprès du Père et du Fils, et de l'Esprit-Saint.

u Bienheureux ceux qui ont reçu de Jésus-Christ la sagesse.

1 Ariii : les yeux bleus.

a. Ann. attribue cette réponse à Paul,

3 Ita Syr , arm . la fcl.

ils seront appelés les enfants du Très-Haut. Bienheureux ceux qui gardent la science de Jésus-Christ, ils habiteront dans la lumière. Bienheureux ceux qui, par amour du Christ, fuient les apparences trompeuses de ce monde, ils jugeront les anges : ils seront assis à la droite du Christ, et ne verront pas le jour terrible du jugement.

« Bienheureux le corps et l'âme des vierges. Dieu mettra en elles ses complaisances, et elles ne perdront point la récompense de leur chasteté : car la parole du Père en elles opérera le salut, au jour de son Fils ; et elles jouiront du repos dans les siècles des siècles. »

Ainsi parlait Paul, au milieu de l'Église réunie dans la maison d'Onésiphore. Une vierge nommée Thécla, iille deThéoclia et fiancée à un certain Thamyris, s'était établie à une des lenê très de la maison, et elle y demeurait le jour et la nuit, recueillant avidement les discours de Paul sur Dieu et sur la chasteté, sur la foi au Christ et sur la prière. Hien ne pouvait l'arracher de ce lieu ; elle y restait comme enchaînée par les liens de la foi, dans les ravissements d'une joie ineffable. Elle n'avait plus qu'un désir : ayant remarqué qu'un grand nombre de femmes et de vierges étaient admises en présence de Paul, elle aurait souhaité vivement elle-même l'honneur d'être présentée à lui, de le voir et de l'entendre parler du Christ ; car elle n'avait point encore vu les traits du visage de Paul ; de la fenêtre, elle entendait seulement sa voix.

Théoclia, voyant que rien ne pouvait détacher sa fille d'un lieu qui avait pour elle tant d'attrait, fait mander Thamyris. Celui-ci, joyeux, s'empresse d'arriver, croyant que sa fiancée allait enfin lui être accordée pour épouse. Il dit aussitôt à Théoclia : « Où donc est ma chère Thécla? » Et Théoclia répondit : « J'ai une étrange nouvelle à t'apprendre, Thamyris ; voilà trois jours qu'elle n'a quitté cette fenêtre, pas môme pour manger ou pour boire. Fascinée par de beaux discours, elle demeure suspendue aux lèvres d'un étranger qui sème mille discours trompeurs ; et je ne comprends pas, Thamyris. comment la pudeur d'une vierge a pu si tristement s'égarer. (]et étranger trouble toute la ville d'Iconium, et ta chère Thécla n'a pas résisté. Les femmes et les jeunes gens courent en foule auprès do lui, pour se faire instruire, 11 dit qu'il n'y a qu'un

seul et iiiiiqiu' Dieu (iiie l'on di)iL craindre, et qu'il laut vivii^ chaste Et Thécla. ma lille, semblable à la toile d'araignée fixée à une fenêtre, est enchaînée aux discours de Paul par le plus étrange amour'. Tout entière à ce que débite cet étranger, la pauvre jeune lille est perdue. Mais va toi-mèinc, parlelui; car elle est ta fiancée. »

Thaniyris se hâte; et avec un senlinuMit d'amour mêlé à la crainte religieuse que lui inspira l'extase de la jeune fille, il lui dit : '< Thécla, ma fiancée, que fais-tu là, les yeux ainsi fixés à terre? de quelle stupeur étrange esta frappée'.'* Tourne toi vers Thamyris, et rougis de ta faiblesse. » La mère, arrivée sur ces entrefaites, lui disait à son tour : « Mon enfant, pourquoi demeures-tu les yeux ainsi baissés, sans répondre ".'* Tu semblés frappée de stupeur'.-* )> EX tous pleuraient amèrement, Thamyris Tépouse qu'il perdait, Théoclia sa fille, et les servantes leur maîtresse. Leurs cris de douleur avaient jeté un grand trouble dans la maison. Thécla, qui en était l'objet, ne fit pas un mouvement; elle n'était attentive qu'au discours de Paul. Thamyris alors, violemment agité, s'éloigna d'elle, et, se tenant dans la rue, il observait ceux qui entraient dans la maison où était Paul et ceux qui sortaient, quand tout à coup il vit deux hommes qui se disputaient avec fureur. Il leur dit : « Hommes, qu'avez-vous, dites-moi? Et quel est ce personnage qui est ici avec vous dans cette maison, où il égare les âmes des hommes, des jeunes gens et des vierges, les éloignant du mariafje et leur conseillant de demeurer tous dans l'état où ils sont? Je vous récompenserai, si vous me le faites connaître; je suis le premier magistrat de la cité. » Démas et Hermogène lui répondirent : « Ce qu'il est, nous ne saurions le dire exactement ; mais nous savons qu'il éloigne les jeunes gens des femmes, les jeunes filles des hommes, en disant : Il n'y aura pas pour vous de résurrection glorieuse, si vous ne demeurez chastes et ne gardez votre chair de toute souillure. »

I. Ariu. ajoute quelques phrases : and bas given liersclf up lo longing and lo disa:!itrous Works of dcstruclion ; and Ihe nevers rjises hereyes froin tlie window nor foiack.e!i il, cor dcMis alie eal oi drink, but tbe virgin isl quite abiiurbtid.

Thamyris leur dit : « Venez chez moi ; vous vous y reposerez. » Ils le suivirent. On leur servit un splendide repas. Thamyris les fit asseoir et les fit boire, car il aimait Thécla et voulait l'avoir pour épouse. Il leur dit enfin : « Dites-moi quelle est la doctrine de ce personnage ; je veux la connaître ; car je souffre cruellement au sujet de Thécla, qui aime cet étran ger et qui m'est enlevée. »

Démas et Hermogène répondirent ensemble : « Thamyris, fais-le comparaître devant le gouverneur Castellius, comme excitant des troubles avec la nouvelle doctrine des chrétiens ; et, d'après le décret de César, il le fera périr; toi, tu retrouveras ta fiancée ; et nous, nous enseignerons que la résurrection dont parlait ce discoureur est déjà venue, qu'elle s'est accomplie d'abord par la naissance de nos enfants en qui nous revivons, et qu'ensuite nous sommes nous-mêmes ressuscites en apprenant à connaître Dieu ^ » Thamyris se leva sur-lechamp et se rendit à la maison d'Onésiphore ; des magistrats, un geôlier et une foule nombreuse armée de bâtons l'accompagnaient. Là il dit à Paul : « Tu as jeté la confusion et le trouble dans Iconium et perverti Thécla ma fiancée : suis-nous devant le gouverneur Castellius. » La foule s'écria : « A mort le magicien I il pervertit nos femmes, il séduit tout le monde*. »

On arriva devant le tribunal. Thamyris debout déposa ainsi : « Proconsul, je ne sais d'où est cet homme qui empêche les jeunes filles de se marier ; somme-le de te dire pourquoi il enseigne une pareille doctrine. » De leur côté, Démas et Hermogène disaient à Thamyris : (( Dénonce-le comme chrétien, et il le fera sur-le-champ mettre à mort. » Mais le gouverneur fit approcher Paul et lui dit : « Qui es-tu ? quelle est ta doctrine? Les accusations contre toi sont graves. » Paul

I. Arm. : a Thou Thamyris, go and inform the judpe about him, and thou shalt say thus : Tiiis inan teaches a new and outlandish doctrine in the name of Christ, aud forthwith when he hears it, it {or he) dcstroys him. Uut Ihou shalt take thy wife, and we teach tee the résurrection of the dead which he teaches. »

a. Arm. « And ail the armed men took charge of Paul. »

répondit d'une voix haiito : « Puisque je dois répondre sut ma doctrine, écoute-moi : Le Dieu jaloux, le Dieu des veu Pfeances, le Dieu puissant et riche qui n'a besoin de personne, mais qui a soif du salut des hommes, m'a envoyé vers eux pour les arracher au vice, à la corruption, aux voluptés et à la mort, afin qu'ils ne pèchent plus. Ce Dieu leur a donné son Fila« Jésus-Christ; et c'est ce Fils de Dieu dont j'annonce l'Evangile et en qui j'apprends aux hommes à placer toute leur espérance; car lui seul a compati aux malheurs du monde qui s'égarait, il a donné à tous le moyen d'échapper au jugement et d'avoir la foi, et avec elle la crainte de Dieu, la connaissance de la sainteté et l'amour de la vérité. Suis-je coupable d'enseigner des vérités révélées de Dieu ? » Le gouverneur ordonna qu'on enchaînât Paul et qu'on le mît en prison, jusqu'à ce qu'il eût le temps de l'écouter plus à loisir. Mais Thécla, se levant pendant la nuit, et détachant ses pendants d'oreilles, les donna au portier de sa maison qui lui ouvrit et la laissa sortir ; puis elle se rendit à la prison, donna au geôlier un miroir d'argent, et fut introduite auprès de Paul, Là, se tenant à ses pieds, elle écoutait les merveilles de Dieu ; et comme Paul ne craignait pas la souffrance et se montrnit plein de confiance dans Je secours de son Dieu, la foi de Thécla se fortifiait encore, et elle baisait les chaînes du prisonnier.

Cependant on la cherchait ; ses parents et Thamyris, la croyant perdue, envoyaient sur toutes les routes, quand un des serviteurs du portier leur apprit qu'elle était sortie pendant la nuit *. Le portier, interrogé à son tour, dit qu'elle était allée trouver l'étranger dans la prison. Ils s'y rendirent et l'y trouvèrent. Us se retirèrent aussitôt, rassemblèrent la multitude et allèrent dénoncer au gouverneur ce qui était arrivé. Le gouverneur se fit amener Paul à son tribunal ; et Thécla,

I. Arm. a But there came a comrade of the door-keeper's, who gave Information about hini and said : a 1 saw Thekla give her bracelet to the doorkeepcr and pass by. » And -when they tortured the door-keeper, he avowed, it ander compulsion, and said : a Yes, she came and said, I am goin;^ to the stranger who i« bound in tlie prison. »

restée seule, se prosterna avec respect à l'endroit où Paul avait été assis pendant qu'il lui parlait. Mais le gouverneur la fit aussi comparaître; elle, joyeuse et se félicitant de son bonheur, s'empressa de venir.

Paul s'y trouvait déjà, et la foule criait : « C'est un magicien ; enlevez-le. » Le gouverneur au contraire écoutait avec plaisir Paul raconter les œuvres saintes du Christ ; puis, ayant pris conseil, il fit approcher Thécla, et lui dit : « Pourquoi Il 'épouses-tu pas Thamyris, selon la loi d'Iconium ? » Elle se tenait debout, immobile, les yeux attachés sur Paul. Enfin, comme elle ne répondait pas, Théoclia, sa mère, s'écria hors d'elle-même : « La malheureuse, elle viole les lois, elle outrage son fiancé ; brùle-la au milieu du cirque, afin que toutes les femmes déjà séduites par cet étranger apprennent à craindre. » Le gouverneur, péniblement ému de cette scène, fit flageller Paul et le chassa de la ville, Thécla fut condamnée au bûcher. Aussitôt le gouverneur, se levant de son tribunal, se rendit au théâtre , et toute la foule le suivit, pour être témoin du cruel spectacle. Thécla, comme l'agneau qui, égaré au milieu du désert, cherche son pasteur, cherchait Paul des yeux ; ses regards parcouraient la foule avec inquiétude, enfin elle vit le Seigneur Jésus : il était assis et avait pris les traits de Paul. Elle se dit à elle-même : « Parce qu'il craint que ma " patience ne soit ébranlée, Paul vient pour me voir souffrir. » Elle voulut fixer sur lui ses regards; mais lui tout à coup s'éleva au ciel, pendant qu'elle le contemplait.

Cependant les enfants et les jeunes filles apportaient du bois pour brûler Thécla. On fit entrer dans le cirque la vierge dépouillée de ses vêtements. Le gouverneur, en la voyant, laissa échapper des larmes ; il était saisi d'admiration et de pitié, à l'éclat de sa beauté céleste. Quand tout fut prêt, le peuple réclama qu'elle montât sur le bûcher. La vierge fit le signe de la croix et monta. Les licteurs allumèrent le feu, et bientôt les torrents de la flamme eurent envahi tout le vaste bûcher; mais ils ne touchèrent point le corps de Thécla, Dieu eut pitié de sa servante. Tout à coup l'on entendit un sourd grondement prolonger ses échos dans les profondeurs de la terre ; en même temps un gros nuage chargé de grêle et d'eau obscurcit l'air, il s'abattit tout entier, et l'on put croire que la voûte

Appendice 171

lin firuianu'iit allait écraser la torro. Beaucoup de^jens périrent, le bùi lier s'éteignit, et Thécla fut sauvée.

Pemlaiit ce teuips-là, Paul. Oiiésiphore, sa femme et ses enfants jeûnaient ; ils se tenaient cachés dans un nioiuinient, sur la route qui conduit d'Iconium à Daphné. Oi, il y avait déjà plusieurs jours qu'ils persévéraient ainsi dans le jeûne, quand les enfants dirent à Paul : « Père, nous avons faim, et nous n'avons point de quoi nous acheter des pains. » C'est qu'en effet Onésiphore avait abandoiuié tous les biens de ce monde, pour s'attacher à Paul, lui et toute sa famille. Paul se dépouilla de sa tunique et dit à l'enfant : « Va, mon fils ; achète plusieurs pains et apporte-les. » Mais l'enfant, en achetant les pains, reconnut sui' le chemin Thécla sa voisine. Frappé d'étonnement, il lui dit : « Où vas-tu, Thécla? » Elle répondit : « Depuis que j'ai été sauvée des flammes, je cherche Paul. » L'enfant lui dit : <( Viens, je vais te conduire près de lui ; depuis six jours il pleure sur toi, il prie et jeûne. »

Lorsque la vierge arriva au monument, Paul priait à genoux : « Père saint, disait-il. Seigneur Jésus-Christ, que le feu ne touche point Thécla ; daignez au contraire l'assister ; car elle est votre servante. » Maison ce moment Thécla, debout derrière lui, reprit : « Tout-puissant Maître et Seigneur, vous qui ave/ fait le ciel et la terre, vous le Père de votre Fils saint et bienaimé, je vous bénis de m'avoir sauvée des flammes, et de me permettre de voir encore Paul. » Paul, se relevant, vit la vierge et dit: « O Dieu qui sondez les cœurs. Père de Jésus-Christ mon Seigneur, je vous rends grâces ; vous avez exaucé ma demande. »

Alors on tit dans l'intérieur du monument les agapes ; Paul se réjouissait ; Onésiphore et tous les autres partageaient sa joie. Ils avaient cinq pains, des légumes et de l'eau ; et, pour entretenir leur félicité, le récit des œuvres saintes du Christ. Thécla dit à F*aul : (( Père, réjouis-toi ; je te suivrai partout où tu iras '. » Paul lui répondit : « Notre siècle est livré aux honteuses passions et tu es belle. Si une épreuve plus violente que la première venait à te surprendre, puisses-tu, ma fille, ne point

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